posté le 02-09-2014 à 07:11:11

Grasse (114).

 

S'il vous plait, Monsieur le Proviseur, ne m'obligez pas

à retirer tout ça pour entrer dans la salle de classe.

 

 l

Lundi, la pré-rentrée !

C’est juste le début d’une longue année scolaire qui n’a pas encore commencé.

Cette journée est comme un sas, une antichambre de la salle des tortures, une tranchée de la guerre 14-18, un lieu où l’on est encore à l’abri, car demain on va bien y être obligé de sortir du ventre de la terre pour aller combattre nos pires ennemis, sanguinaires comme les vautours de la Pampa : les élèves !

On est faussement enjoués quand on arrive dans la salle des profs en ce premier matin du marathon scolaire. On s’embrasse entre profs mâles et femelles avec un sourire de façade, une sorte de masque joyeux qui dissimule à peine l’angoisse de l’inconnu.

Comme d’habitude j’arrivai le premier dans cette salle si bien rangée le premier jour. Par curiosité je passais en revue les casiers qui placardaient trois murs de cette pièce pentagonale sortie de l’imagination d’un architecte certainement alcoolique, juste pour savoir si de nouveaux profs avaient été nommés dans notre lycée. Apparemment cinq enseignants allaient débarquer dans notre établissement :

 

Lionel Allaru

Patrice Pianot

Michèle Latuire

Emeline Fiton

Pascale Degrège

}

 

 

Ce ne sont pas les vrais noms. 

 

 

La seule bonne nouvelle, c’était l’arrivée de trois femmes qui, je l’espérais, n’étaient pas encore ménopausées (l’espoir fait vivre).  

Par contre le nom de Sandrine, la prof de lettres modernes, avait disparu. Je sentis brutalement comme une dilatation de mon angoisse qui naquit sous mes cheveux pour se propager jusqu’à mes chevilles qui semblèrent gonfler, devenir violacées et douloureuses.

- Ciel, ne ferais-je pas deux phlébites symétriques ? me dis-je en me penchant en avant après avoir soulevé le bas de mon pantalon.

C’est à ce moment-là qu’apparut dans l’encadrement de la porte de la salle des profs une nouvelle prof qui devait être Michèle Latuire née aux alentours de 1960. Immédiatement mon taux de testostérone chuta brutalement et la fierté de mon bas-ventre se recroquevilla comme un macaroni trop cuit.

Elle voulut me faire la bise. Je n’étais pas dans une tenue très académique : figé comme j’étais, j’avais oublié de rabaisser le bas de mon pantalon.

Elle embaumait « Shalimar » de Guerlain, ce qui fit remonter sa note de cinq points.

Je sentis sur ma joue une ébauche de moustache, ce qui provoqua chez elle une perte de trois points.

Je recommençais à noter. Je retrouvais ainsi mon instinct sauvage de prof qui s’était un peu ramolli pendant les vacances…

 

A suivre...

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 01-09-2014 à 08:47:58

Grasse (113).

 
Patientez SVP... 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 27-08-2014 à 08:23:23

Grasse (112).

 
Patientez SVP...
 
 
 
 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 12-08-2014 à 07:56:09

Blog endormi.

    Blog endormi.   

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. lapinbleu2  le 18-08-2014 à 06:55:27  (site)

coucou l'ami !!
un ptit passage pour te souhaiter une bonne semaine..
j'espère que tu vas bien depuis le temps..
amicalement.. jean claude..

2. lapinbleu2  le 19-08-2014 à 07:25:21  (site)

coucou l'ami !!
merci pour ta visite et ton +5..
le temps est reparti à la pluie.. il fait un crachin.. je sais pas si on va s'en sortir.. cette année c'est râpé pour l'été.. pfffffffffff..
ceci dit, j'espère que tu vas bien..
je te souhaite une bonne journée de mardi..
amicalement.. jean claude..

3. lapinbleu2  le 20-08-2014 à 07:48:30  (site)

coucou l'ami !!
aujourd'hui il va faire beau je pense.. le ciel est bien beau..
belle journée..
amicalement.. jean claude..

4. lapinbleu2  le 21-08-2014 à 07:11:00  (site)

coucou !!
merci pour ta visite et tes +5..
bonne journée !!
amicalement.. jean claude..

5. lapinbleu2  le 23-08-2014 à 07:30:19  (site)

coucou l'ami !!
j'espère que tu vas bien..
dis moi, une ptite question..
pourquoi tu n'es jamais identifié dans tes coms ?
pourtant tu es de chez VefBlog.. tu devrais être identifié automatiquement.. non ?
bon week end !!
amicalement.. jean claude..

6. lapinbleu2  le 24-08-2014 à 13:19:22  (site)

coucou l'ami !!
c'est bizarre que tu ne puisses pas t'identifier..
tu as posé la question sur le forum vef ?
il faudrait que tu t'inscrives sur leur forum ici
http://forum.vefblog.net/
bon dimanche aprem !!
amicalement.. jean claude..

7. lapinbleu2  le 26-08-2014 à 06:49:39  (site)

coucou !!
merci pour tes +5 !!
bonne journée de mardi..
amicalement.. jean claude..

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 07-08-2014 à 08:41:25

Grasse (111).

Grasse (la vieille ville)... 

 .

La rue, la nuit, ce n’est pas très rassurant. Pourtant grâce à une bande de malfrats qui me connaissaient,  j’avais évité le pire. Ma rue à cette heure de la nuit somnolait comme un ivrogne. J’aimais bien cette obscurité trouée à intervalles réguliers par les halos de lumière qui tombaient presque virtuellement des réverbères, géants métalliques aux pieds rouillés. Là-bas, tout au fond, l’entrée de mon immeuble. C’est à ce moment-là que je ralentissais ma marche comme pour profiter, quelques minutes encore, de l’atmosphère trouble et parfumée de cette ville de Grasse en apparence tranquille. Etrange, ce sentiment de sécurité qui m’envahissait au fur et à mesure que je me rapprochais de la prison. Ma seule crainte c’était de rencontrer mes voisins que j’évitais autant que possible.

Comment réagir au sourire coincé et ambigu de Mademoiselle Belœil, la vieille fille, presque décharnée, qui avait l’habitude de promener son chien psychotique ? Allez savoir pourquoi il confondait le bas de ma jambe avec l’arrière-train d’une femelle en chaleur.

Il y avait aussi Monsieur Ladérovitch, atteint de la maladie d’Alzheimer qui faisait des fugues à répétition et qui semblait rechercher un endroit meilleur.

Que dire de Monsieur Gédebras, le manchot au passé trouble et que je soupçonnais d’appartenir au gang des parfumeurs grassois responsable de l’enlèvement de Lola, ma pute chérie.

Comment oublier le couple Coqualo ? Le mari homosexuel hard qui avait tenté plusieurs fois de me mettre la main aux fesses et sa femme nymphomane acharnée qui semblait tapiner dans le hall de l’immeuble à la recherche de mâles  soucieux de vidanger leurs réservoirs remplis de liquide spermatique. Elle aimait boire, Madame Coqualo, tout avaler, déguster ce nectar à 37°C qui giclait de cet appendice turgescent qu’elle travaillait avec sa bouche de hyène dans le local à poubelles de l’immeuble. Je dois avouer que j’avais parfois cédé à ses avances charnelles, juste pour un plaisir facile et rapide qui me donnait la sensation d’accomplir un acte de charité en acceptant de donner mon sperme comme l’on offrirait son sang  pour guérir des malades.

Le hall était désert, j’en eus une bouffée de bien-être. J’allais jeter un coup d’œil dans le local à vélos où dormait Monsieur Ladérovich en chien de fusil, la tête appuyée sur la roue de la bicyclette de Monsieur Gédebras. Tout était normal.

J’ouvris ma boîte à lettres qui contenait de la pub alimentaire : Carrefour avec ses lasagnes chinoises et ses kiwis du Chili et Marguerita-prestissima qui livrait ses pizzas en moins de trente minutes 24h sur 24 (à vérifier).

L’ascenseur me conduisit à mon étage. Je traversai la longue coursive qui menait à mon appartement tout en lançant un regard sur la cour de la prison située juste en bas. Elle était déserte et j’eus une pensée attendrie pour Paulo qui devait ronfler dans sa cellule, la bouche ouverte. Il était tard, une heure du matin déjà et il fallait que je me lavasse les dents avant de me coucher. Il n’était pas question qu’un petit brin d’herbe de Provence coincé entre deux incisives m’empêchât de dormir.

Le répondeur de mon téléphone était saturé, son compteur indiquait quarante-cinq messages reçus. Ça faisait beaucoup pour quatre heures d’absence !

Je me demandais si j’allais les écouter ou si je repoussais ça à demain…

 

A suivre

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 29-07-2014 à 08:36:12

Grasse (110).

Heureusement qu'il y a Paulo... 

  .

Il était 22h07 quand je quittais l’appartement de Sandrine. La rue avait alors la quiétude  des soirées estivales, parfumées et caressantes avec ce petit vent tiède qui n’était peut-être que des mains de fantômes.

Par réflexe, avant de changer de rue, je levais la tête vers le quatrième étage et je vis comme une ombre, tapie derrière le rideau de lin blanc d’une fenêtre, qui semblait me regarder. Je décrétais que c’était Sandrine qui m’épiait, sans être vraiment sûr que cette fenêtre fît partie de son appartement.

J’aime la nuit et le silence! Marcher dans une rue déserte à une heure tardive me procure des sensations nouvelles, comme si je déambulais sur le sol d’une planète inconnue.

Grasse, la nuit, c’est l’ennui. C’est une ville qui se parfume pour s’endormir.

Moi je traînais sur les trottoirs étroits, bornés par des poubelles qui recelaient, pour certaines bêtes, des trésors inestimables.

Oublier Sandrine au plus vite. Ne plus être hanté par cet ectoplasme* charmant qui agissait sur mes hormones pour provoquer de subites solidifications charnelles. Parfois la peur venait m’accompagner dans les ruelles biscornues de la vieille ville. Une voiture qui ralentissait en passant près de moi et c’était la crainte d’une agression violente.

Et voilà qu’une puissante BMW s’arrêta à cinq mètres devant moi. A travers les vitres de la voiture je distinguais quatre têtes pas très catholiques. J’allais être agressé, de cela j’en étais sûr, frappé, torturé, blessé ou même tué… Une folle toupie commença à tourner dans mes intestins et mon corps se mit à osciller comme un culbuto** poussé par la main d’un enfant  hyperactif. J’avais envie de fuir, mais comment faire avec mes jambes en caramel mou. La portière arrière droite s’ouvrit et une sorte de brute épaisse sortit de la voiture et vint vers moi. A sa démarche je devinai que son Qi devait avoisiner celui d’une huitre décérébrée. Ce n’était certainement pas un collègue prof qui venait à ma rencontre et quel enseignant même super-diplômé aurait pu se payer, avec son salaire de misère, une telle voiture ? Je m’arrêtais, paralysé, sous un réverbère, témoin passif de l’agression que j’allais subir.  

La brute me regarda avec des yeux de sadique et j’étais sûr qu’elle allait choisir un prétexte quelconque pour me frapper.

- Tu as du feu ? me dit cette chose.

C’est à ce moment-là que je regrettai de n’avoir jamais fumé. J’étais bon pour le sacrifice !

L’individu était à cinquante centimètres de moi. Mon Dieu, comme il était laid !

- Et donc méchant ! pensais-je dans un amalgame hasardeux.

 Je répondis avec une voix de bouc castré :

- Désolé, je n’ai ni briquet, ni allumettes…

Ça y est, il l’avait son prétexte pour m’agresser !

Il ferma les poings et moi je fermais les yeux. Autant ne pas assister à mon propre massacre.

La portière-conducteur s’ouvrit brutalement pour libérer un deuxième type effrayant qui courut vers nous.

- Je vais être réduit en bouillie, ça c’est sûr !

Ce mec posa la main sur l’avant-bras de son acolyte pour arrêter son geste.

- Albert, laisse-le tranquille, tu ne vois pas que c’est un ami de Paulo !

Ils s’excusèrent tous les deux et filèrent dans leur puissante BMW en réveillant la moitié de la ville de Grasse.

A distance, Paulo m’avait sauvé la vie !...

 

A suivre

 

Notes :

 

* Ectoplasme : c’est une substance, de nature indéterminée, prenant une forme plus ou moins précise, extériorisée par un médium en état de transe.

** Culbuto : c’est un type de jouet traditionnel pour enfants. Il s'agit d'un petit personnage dont la base arrondie est lestée de sorte que, même si le jouet est frappé ou renversé, il se redresse toujours et revient à la verticale en oscillant.

 

 

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 23-07-2014 à 08:40:51

Grasse (109).

 L'arme fatale...

. 

Après ce baiser au goût de pizza, je n’avais pas avancé d’un micromètre avec Sandrine.

La caresse de sa main sur ma joue ressemblait à un geste de tendresse contredit par sa phrase assassine :

- Considère ça comme une paire de gifles ! …

A ce moment-là, après la minute d’ivresse de ce baiser volé ou peut-être à cause des Martini qui clapotaient dans mon estomac, mon cerveau, déjà malmené par des décharges émotionnelles incontrôlables, n’arrivait plus à saisir la logique féminine.

Je me félicitais quand même de ne pas avoir osé introduire ma langue dans sa bouche, car cela aurait provoqué, à coup sûr, un coup de massue sur ma tête avec la statue en ébène qui représentait un phallus en érection de cinquante-quatre centimètres de haut (soit trois fois la taille du mien) et qui était posé sur le sol à côté de la chaîne Hi-Fi.  

Elle saisit au vol mon regard et déclara :

- J’ai rapporté cette statue de Bamako au Mali lors d’un voyage culturel.

Quelle coïncidence !  

Une vague de nostalgie fit frissonner tous les poils de mon corps qui se dressèrent comme un seul homme. Lola, la pute, qui tapinait à Bamako justement, s’invita dans mon coffre aux souvenirs. En vrac et dans un tourbillon plutôt désordonné, des images vinrent danser dans ma tête :

- Mon arrivée à Grasse en Septembre,

- La coursive de l’appartement que j’avais loué et qui donnait sur la cour de la prison,

- Lola, la pute, qui faisait le trottoir dans une rue proche de celle de mon immeuble,

- Paulo, son mac, avec un QI de mollusque, incarcéré pour quinze ans encore,  avec qui j’avais noué une amitié improbable et qui attendait avec impatience les paquets de cigarettes que je lui lançais lors de ses sorties dans la cour de la prison,

- Lola qui avait baisé avec presque tous les hommes, les femmes et autres de Grasse et des environs, sauf avec moi,

- Lola, mon amour à moi, qui avait été enlevée par le gang des parfumeurs grassois et qui l’avait transférée dans un bordel de Bamako…

Mais à quel jeu jouait Sandrine avec moi ? Pourquoi s’ingéniait-elle à m’attirer dans ses filets et à me rejeter ensuite ?

Il faisait nuit. Sandrine avait laissé ses volets ouverts et de la rue, la lumière des réverbères tentait de traverser les rideaux blancs en lin certainement, pour peindre des dizaines de taches jaunâtres sur le sol en grès rouge du salon.

Le reste de la pizza était froid.

Le Martini était tiède.

Les tartes se gelaient au frigo.

Je me levais, un peu ankylosé et sans regarder Sandrine je lui dis :

- Il est temps que je parte !

Elle répondit :

- Mais il y a le dessert !

Imaginait-elle un seul instant que le dessert qui j’aurais apprécié par-dessus tout était :

- Des baisers sur sa bouche, avec la langue cette fois,

- La palpation de ses seins qui pointaient sous son tee-shirt,

- L’exploration de son corps nu allongé sur le canapé, dans une pénombre troublée par les spots de lumière colorée que les réverbères distribuaient chichement…

- Non, merci, il se fait tard !

Elle parut étonnée :

- Tu es fâché ?

Il fallait, par politesse, que je répondisse :

- Non !

Elle sentait que je lui échappais et névrotiquement elle me dit :

- Tu penseras un peu à moi cette nuit ?

- Non, à Lola !

 

A suivre

 


 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. La rousse  le 25-07-2014 à 01:34:59

18 cm à peine, c'est rikiki lol

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 17-07-2014 à 07:04:53

Grasse (108).

Sandrine et moi...

 

Je m’en souviendrai longtemps du premier baiser de Sandrine !

Le premier baiser, c’est une aventure, une histoire qui commence. Je dirais que ce premier baiser est plutôt sec, on évite de mélanger nos salives, on ajuste nos lèvres, on essaie de bien viser, on a peur de rater la cible. C’est un baiser « filamenteux », une pression des épidermes labiaux, une caresse intime qui ne relève pas essentiellement du physique. C’est un baiser, que l’on donne avec son cœur ! Et quelle devrait être la durée de ce premier baiser ? Trente secondes, une minute ? Et qui va donner le signal de la fin du contact ?

Toutes ces questions-là, je me les étais posées quand j’avais douze ans et que j’avais réussi à coincer Michelle B....., une voisine de mon âge, qui habitait mon quartier, contre la porte vermoulue de la dernière buanderie*, tout au fond de la cour qui en regroupait une quinzaine. Franchement, embrasser une fille me dégoûtait plutôt, mais il fallait le faire, puisque tous mes copains l’avaient fait, c’est du moins ce qu’ils m’avaient dit avec force de détails gluants. Michelle était blonde avec des cheveux bouclés, pas maigre mais encore sans poitrine. Je l’avais choisie, elle, parce-que, un soir, à la fin d’un jeu où nous avions beaucoup couru, elle me dit :

- Tu ressembles à Alain Delon !

Quel merveilleux compliment ! Et à partir de ce moment-là, je crus qu’elle était amoureuse de moi.

Cela fut le début d’une période angoissante, car je devais agir, je me trouvais dans l’obligation d’embrasser Michelle. C’était comme si je devais partir à la guerre et que je redoutais l’arrivée du jour de mon départ.

- Tu dois aussi, lui tripoter les nichons ! m’avait dit Gérard N......, un voisin qui avait quatre ans de plus que moi.

Les nichons ? Quels nichons ? Apparemment Michèle n’en avait pas ! Et certainement pour se moquer de moi, Gérard avait ajouté :

- Elle va vouloir te malaxer les couilles !

C’était ça l’amour ? Mais c’était pire que la guerre des tranchées !

Alors quand je réussis à plaquer Michelle contre la porte de la buanderie, j’avais dans ma tête tout un plan de bataille élaboré au fil des jours avec des informations disparates et non contrôlées que j’avais glanées dans des livres pas très catholiques et des revues plutôt cochonnes. Je traînais aussi parfois dans une autre buanderie, avec les grands : mes deux frères qui avaient neuf et sept ans de plus que moi et leurs copains. Ils fantasmaient tous sur des filles du quartier ( Claudette C..... et Maryvonne L...... et d'autres), inaccessibles à l’époque ou sur leur mère, dont certaines ( Mme D..... et Mme Mathilde C.......) avaient, paraît-il, la cuisse légère, des cougars   avant la lettre. On disait même que Mme D..... prenait des bains de soleil, nue dans son jardin...

Ce premier baiser ne dura que vingt secondes, beaucoup moins qu’un premier saut en parachute. Ouf, j’avais réussi à donner mon premier coup de baïonnette, sans lui toucher les seins et sans qu’elle me palpât les testicules…

Et là, maintenant j’étais avec Sandrine et c’était pour du lourd !

Elle s’était détachée de moi, m’avait un peu repoussé. Je craignais le pire. Sa main se leva lentement et se dirigea vers mon visage aussi brûlant que le sol de Mercure**.

Sa paume, douce comme un pétale de rose me caressa la joue gauche et elle me dit :

- Considère ça comme une paire de gifles ! …

 

A suivre

 

Notes :

 

* Buanderie : pièce d'une maison ou d'un immeuble réservée à la lessive du linge.

** Mercure : planète la plus proche du Soleil et la moins massive du Système solaire. Sa température de surface est de l’ordre de 427°C.

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 12-07-2014 à 09:01:02

Grasse (107).

Le baiser de tous les dangers... 

 *

 

 Voilà ce que je suis devenu après le baiser de Sandrine...

 *

 *

J’avançais en terrain inconnu !

Mon visage se rapprochait du sien et j’avais l’impression :

- d’effectuer mon premier saut en parachute,

- de tenter mon premier saut à l’élastique,

- d’oser ma première visite dans un bordel de Kaboul…

Sandrine savait ce qui allait se passer, puisqu’elle allait réagir à mon premier baiser. Moi, je naviguais à vue dans une mer pas très claire, parsemée de récifs agressifs.

Lorsque j’arrivais à vingt centimètres de son visage, je stoppais net ma progression comme pour reprendre mon souffle ou m’accorder une dernière chance de renoncer et de rebrousser chemin.

Je me disais :

- Courage Alain, courage !

Je pensais à des phrases chaotiques du genre:

* la gifle qui tue,

* la honte du siècle,

* la débâcle du couard*…

Sandrine me regardait et souriait de travers. Allez comprendre ce qui se passe dans le cerveau d’une fille qui attend, qui redoute ou qui espère un contact intime. Mon nez était entré depuis quelques minutes déjà dans la sphère invisible de son parfum qui l’enveloppait telle une armure impalpable mais terriblement efficace.

Et puis je pénétrais dans sa zone thermique, là où l’on ressent la chaleur dégagée par la peau.

Je ne pouvais plus reculer.

Je devais me lancer à l’abordage !

Plus que vingt millimètres à franchir pour poser mes lèvres sur les siennes. A ce stade de pré-contact labial, je pensais que Sandrine pouvait encore me lancer un signal de refus, un avertissement sans frais. Elle avait la possibilité de tourner la tête pour éviter l’arrimage de ma bouche sur la sienne.

Mais elle ne bougeait pas.

- Oui, j’ai compris, me dis-je dans un délire amoureux, elle a envie de m’humilier, de me donner une paire de gifles pour me guérir de ma forfanterie**.

Mon corps d’athlète (rires) allait franchir la ligne d’arrivée et couper le fil qui la délimitait.

Un dernier coup de nuque…

Et j’alunissais.

J’étais un cosmonaute sans combinaison spatiale protectrice qui posait pour la première fois son pied sur un astre inconnu qui recelait certainement de nombreux dangers.

Mes lèvres étaient posées sur les siennes.

Sa bouche avait un goût de printemps. Elle embaumait de parfums de tomates, d’origan et d’herbes de Provence.

Quelque part en moi s’opérait une métamorphose plutôt gênante : un piton rocheux, que notre civilisation s’entêtait à cacher, prenait de l’importance, croissait, nourri par un engrais sensuel, la bouche de Sandrine.  

Et soudain elle se détacha de moi…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Couard : personne peureuse et sans courage.

** Forfanterie : caractère ou comportement d'une personne qui exagère ses mérites et ses qualités.

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 07-07-2014 à 07:20:14

Grasse (106).

La géométrie de l'amour...

 

Mon rêve: avoir une langue de caméléon pour embrasser Sandrine...

 

 Nous étions assis sur le même canapé, d’accord, mais séparés par cinquante centimètres environ. Et à moins d’avoir une langue télescopique comme certains caméléons africains, je ne vois pas comment j’aurais pu lui fourrer ma langue dans la bouche. Je dois avouer qu’elle se rapprochait insensiblement de moi à raison d’un centimètre par minute, mais à ce rythme il aurait fallu pas loin d’une heure pour que nos lèvres entrassent en contact.

Je devais tenter quelque chose et vite ! Son regard m’étourdissait à moins que ce ne fussent les effluves de son parfum « Shalimar » qui émanaient de sa peau et qui représentaient pour moi un générique du gaz sarin*. Elle portait un simple tee-shirt blanc cent pour cent coton bio qui moulait sa poitrine et qui dessinait le contour de ses seins que je supposais plutôt durs et ovoïdes avec des tétons réactifs qui pointaient fièrement sous le tissu. Ciel, elle n’avait pas de soutien-gorge ! Cette constatation me saoula presqu’autant que le martini rouge qu’elle m’avait servi dans un verre à whisky où pataugeaient en maigrissant des glaçons translucides. Je n’étais pas un TGV, mais un simple tortillard** de banlieue qui hoquetait dans les courbes et les montées. Et à la vitesse à laquelle j’évoluais, je toucherais ses seins dans plus d’une heure.

Quand elle s’était assise sur ce canapé, elle avait placé ses jambes parallèlement aux miennes et tout le monde sait (du moins ceux qui ont appris leur géométrie) que deux droites parallèles ne sont jamais sécantes, c’est-à-dire que jamais elles ne pourront se rencontrer. J’étais mal barré sur ce coup-là !

Un quart d’heure plus tard, Sandrine, par hasard ou par calcul, avait imprimé à ses jambes, une rotation vers moi de quinze degrés environ. Comme un mauvais élève copieur, je fis de même. Ce qui entraîna quand même une rotation totale de trente degrés.

La géométrie appliquée à l’amour ! Pour que nos deux genoux se touchassent il fallait une rotation totale de π/2 c’est-à-dire de quatre-vingt-dix degrés.

Sandrine se leva brusquement en me disant :

- Je vais voir la pizza qui est dans le four.

Pizza maison ou pizza surgelée Picard, allez savoir !

Mais après sa courte absence, quand elle serait revenue s’asseoir, comment allait-elle placer ses jambes ? C’était presqu’une question philosophique !

Quand elle s’installa de nouveau près de moi, ses jambes gardèrent le même angle qu’avant. J’étais à la fois soulagé et déçu.

Je voyais son visage, je devinais ses seins et je me dis que peut-être je verrai le reste de son corps à la fin de l’année scolaire prochaine.

Elle me servit un second Martini.

Mes fragiles neurones commençaient à patauger dans l’alcool. Elle s’absenta encore quelques minutes pour revenir avec la pizza aux quatre fromages placée sur un grand plat de couleur verte. Avec un grand couteau, elle découpa quatre parts, ce qui la fit remonter dans mon estime car je n’aime pas du tout les maigres portions anorexiques.

Sur deux assiettes en porcelaine ( ?) blanche, elle déposa deux portions et elle plaça le tout sur la petite table en verre. Celle-ci étant trop petite, Sandrine fut obligée de se rapprocher de moi pour pouvoir déguster sa pizza. Mon nez  de chimiste s’affola quelque peu à cause du mélange des odeurs d’origan, de tomates et de son parfum Shalimar. La région olfactive de mon cerveau avait tendance à se saturer à cause des diverses senteurs qu’elle était obligée de décoder. Le pire, c’est que de temps en temps, le genou de Sandrine venait toucher involontairement ( ?) le mien.

C’est à ce moment-là, quand j’aperçus un brin d’herbes de Provence coincé entre ses incisives, qu’un coup de folie me fit dire :

- Sandrine, j’ai envie de t’embrasser sur la bouche !

Elle me regarda avec des yeux plus troubles que la Tamise. Elle avala le morceau de pizza qu’elle était en train de mâcher et répondit :

- Tu peux essayer si tu veux, mais tu risques de recevoir une paire de gifles !

Dans mon cerveau, c’est comme si on y jetait un seau d’eau pour éteindre un incendie neuronal.

J’avais un choix à faire. Oser ou renoncer ?

Alors, sans réfléchir, j’approchais mon visage du sien…


A suivre



Notes :

  

 

* Gaz sarin : Le sarin (GB) est une substance inodore, incolore et volatile, de la famille des organophosphorés, un neurotoxique pour l'homme et l'animal. Même à très faible dose (10 parties par milliard) il peut être fatal. On estime qu'il est environ 500 fois plus toxique que le cyanure. Il passe facilement la barrière des poumons et est absorbé par la peau d'où il passe directement dans le sang. Quand il ne tue pas, il laisse de graves séquelles neurologiques.

 

** Tortillard : Train d'intérêt local, au trajet tortueux, desservant de nombreuses localités.


 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 02-07-2014 à 08:42:08

Grasse (105).

 Ce que je deviens lorsqu'elle me frôle.. 

5 

Elle habitait dans un appartement, au dernier étage, sans ascenseur, d’un immeuble ancien situé dans le vieux Grasse. J’avais juste eu le temps de passer dans une pâtisserie pour acheter quelques gâteaux qui franchement n’avaient pas une mine très catholique. Hypochondriaque, je craignais une intoxication alimentaire à cause de cette chaleur de fin Juin qui devait certainement activer le développement de bactéries plus que pathogènes. C’est pour cette raison que j’avais pris des tartes aux fruits, dépourvues de crème.

Le quatrième étage, ça faisait bien haut. Les marches de l’escalier étaient plutôt gondolées, déformées comme le visage d'un boxeur laborieux proche de la retraite. Enfin j’arrivais sur le palier où trois portes de couleur marron avaient l’air de m’attendre. Laquelle choisir ? Aucun nom sur le bois défraîchi, rien. J’étais assez essoufflé. L’émotion ? Mon cœur était-il atteint de délires de tachycardie aigüe ? Ça ressemblait à un test de l’effort passé chez un cardiologue chez qui je n’irai jamais. De la porte de gauche suintait des effluves de soupe aux choux. Ce n’était donc pas celle de Sandrine qui m’avait promis une simple pizza. De l’appartement du milieu parvenaient des miaulements agaçants d’une chatte en chaleur. J’étais presque sûr que Sandrine n’en possédait pas (je pense à l’animal bien sûr). Il ne restait plus que la porte de droite aussi anonyme qu’un facteur à bicyclette. C’est là que j’appliquais trois petits coups discrets avec les phalanges de ma main droite fermée. Rien ! J’eus soudain la tentation de m’enfuir, de dévaler les marches comme un voleur inquiet.

La porte s’ouvrit enfin. Je me retrouvais en face de Sandrine, loin du lycée, dans un lieu inhabituel, émouvant presque, l’entrée de son appartement. Je devais être ridicule avec ma boîte de gâteaux et mon petit sac en plastique qui contenait un flacon d’acide chlorhydrique. Elle m’embrassa sur les deux joues. Je fus déçu. Mes jambes avaient la consistance de caramel mou. Je la suivis en essayant de ne pas reluquer ses fesses. Nous traversâmes un petit hall où seuls un miroir et une crédence en bois cérusé se faisaient face, muets comme un vieux couple presque sourd. On entra dans le salon, assez petit, pas plus de quinze mètres carrés à mon avis. Il y avait là un canapé en cuir noir et un fauteuil assorti et dans le coin une chaîne Hi-Fi avec des baffles mal disposées qui auraient mérité un meilleur emplacement pour donner toute sa profondeur à un son stéréo. Elle s’arrangea pour me faire asseoir sur le canapé et elle s’installa dans le fauteuil. Mauvais signe : elle mettait déjà une certaine distance entre nous.

Mes genoux touchaient presque une petite table basse en verre fumé parallèle au canapé. J’y déposais mon petit sac en plastique, gauche comme un carabinier arthritique. Elle me dit :

- Je vais mettre les gâteaux au frigo !

Et elle disparut pendant cinq minutes.

Vraiment  mal partie cette affaire !

J’eus le temps de réfléchir à la condition humaine en général et à la famine en Afrique, juste pour me dégourdir les neurones.

Quand elle revint, mes narines perçurent un petit cyclone de parfum qui tournait autour d’elle ; c’était Shalimar de Guerlain que j’avais appris à bien connaître. Je commençais à être inquiet quand même ; j’aurais préféré une odeur de pizza riche en origan.

Sandrine savait ce qui allait se passer entre nous, moi pas. J’allais découvrir au fur et à mesure les règles qu’elle avait fixées. Quel est l’imbécile qui a dit que les femmes étaient inférieures aux hommes ?

Elle se tint debout devant moi un long moment, que mon émoi m’empêcha de mesurer. Je me sentis devenir une nanoparticule piégée dans un cyclotron gigantesque.

C’est alors qu’elle déclencha la mise à feu, qu’elle appuya sur le bouton rouge qui allait provoquer une guerre thermo-nucléaire : elle s’assit près de moi !

La bombe d'Hiroshima, un gadget !...

 

A suivre

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 27-06-2014 à 07:31:43

Grasse (104).

 Dans mon cerveau, quand elle me parle...

 

 

Mon envie de Sandrine m’avait un peu fait oublier Lola.

Lola qui était un repère dans la rue voisine de celle de mon immeuble. Elle trônait comme un réverbère, souvent adossée à lui, sur le trottoir en attendant le client. Paulo était son mac, en prison pour quinze ans dans la maison d’arrêt de Grasse. La coursive de mon appartement situé au dernier étage dominait la cour où les détenus prenaient l’air de temps en temps. Pour faire plaisir à Lola, je fournissais à Paulo, en les lançant par-dessus la rambarde rouillée, des paquets de cigarettes et parfois des cartouches entières, qu’il saisissait en vol en me faisant un petit signe de remerciement.

Lola était disponible pour tous les mâles en rut de Grasse et des environs. Pour tous, sauf pour moi ! Plusieurs fois elle avait refusé de m’accorder sa bouche et tout le reste. Allez savoir pourquoi. Et puis un jour, elle disparut, ma jolie pute d’amour. Je soupçonnais Monsieur Gédebras, le manchot, au passé trouble comme du pastis, de l’avoir fait enlever par ses acolytes du gang des parfumeurs grassois dont il était un membre actif. J’avais mené ma petite enquête et je pensais que Lola avait été envoyée à Bamako (Mali) pour tapiner dans un bordel local. La pauvre !

A cause de la perte de ma putain de muse, j’avais reporté toute mon « affection » sur Sandrine, ma collègue, prof de lettres modernes, qui avait, avec moi, un comportement plus mystérieux que la mécanique quantique. Je l’ignorais, elle m’ignorait et pourtant j’aimais bien reluquer ses fesses moulées dans un jeans certainement fabriqué par Belzébuth lui-même. Je ne savais pas comment faire pour la draguer. Devant elle, je perdais tous mes moyens comme un vieux chasseur mâle devant une gazelle.

La fin de l’année scolaire approchait comme un train qui entre en gare. Il ne fallait pas que je le ratasse celui-là. Un soir vers 17h, Sandrine traînait dans la salle des profs. Il faisait chaud, pas loin de 30°C et le soleil pénétrait sans se gêner par la façade Ouest vitrée dont les stores vénitiens avaient rendu l’âme. Je la voyais farfouiller dans son sac à la recherche de monnaie qu’elle ne trouva pas. Alors elle vint vers moi. Immédiatement je revêtis mon armure en acier triple épaisseur, par instinct, sans réfléchir.

- Tu pourrais me prêter deux euros ? me dit-elle, gênée comme une méduse dépressive.

J’étais prêt à tout pour elle.

Mais comme un autiste primaire, je ne répondis pas.

- Et surtout, j’espère que tu ne vas me demander de balayer la salle des profs !

Et elle se mit à rire. Mon armure s’enrichit de deux couches d’acier supplémentaires.

Je lui tendis les deux pièces et c’est là que j’eus l’impression de sombrer dans un coma irréversible. Sa bouche s’était posée sur la mienne pour un baiser peu pédagogique.

Je ne savais plus où l’on se trouvait, ni à quelle époque on vivait, peut-être au Moyen-Age ?

Alors je lui dis :

- Tu as résolu ton problème de calcaire ?

Peu poétique cette phrase !

- Non, mais si tu veux bien m’aider, je t’invite à manger une pizza ce soir chez moi.

Dans ma tête, un combat de gladiateurs, sur une piste sableuse, massacrait mes neurones.

Je dis timidement :

- Oui, bien sûr !

Ouf, j’avais choisis la bonne réplique…

 

A suivre

   

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 22-06-2014 à 07:48:49

Grasse (103).

 On peut toujours rêver...

 

Ces fins d’années scolaires s’étiraient comme du caramel mou abandonné au soleil. Tout devenait collant et on avait l’impression que jamais on n'allait arriver à se dépêtrer de ce lieu qui nous retenait encore. On surveillait les épreuves du Bac et il faisait chaud. De temps en temps, pour éviter l’engourdissement de nos neurones, on abandonnait quelques minutes le collègue réquisitionné avec nous pour filer vers la salle des profs et avaler une boisson fraîche ou se soulager dans les toilettes.  

A midi, quelques élèves inquiets, malgré la fin de l’épreuve, traînaient dans les salles. Il fallait les forcer à rendre leur copie. J’avais faim et je filais vers mon labo où j’avais mis dans le frigo un sandwich tomates-thon dégoulinant d’huile d’olive. Mon maigre repas côtoyait sur la clayette froide des béchers contenant des cuisses de grenouilles et des cœurs de poulets placés là par ma collègue de SVT dont le congélateur avait rendu l’âme. L’odeur était forte. Je mangeais avec inquiétude mon thon qui contenait certainement de fortes doses de métaux lourds (principalement du mercure) et qui provenait de mers ou d’océans malsains.

On frappa à la porte. Je ressentis un néant envahir mon cerveau qui se vidait brutalement comme une chasse d’eau que l’on tire avec nervosité. Que me voulait-on encore ? Je jetais rapidement un œil sur la vitre d’une armoire qui faisait office de miroir de fortune. L’image qu’il me renvoya alors mit mon moral à rude épreuve. J’avais les joues bien rouges et les lèvres luisantes d’huile d’olive. Un vrai clown de pacotille !

Je me dis :

- Pourvu que ce ne soit pas Sandrine !

Et malheureusement c’était Sandrine !

Que me voulait-elle encore celle-là ?

- Tu m’offres un café ? me dit-elle, avec un sourire indécodable.

- Ma cafetière est tout entartrée, elle ne fonctionne plus.

- Mais le tartre, c’est du calcaire non ?

- Oui…

Elle s’approchait de moi dangereusement.

- Et je sais maintenant que l’acide chlorhydrique détruit le calcaire !

Elle avait retenu la leçon et elle louchait sur un flacon placé sur la table et dont l’étiquette portait la formule simplifiée de l’acide chlorhydrique : HCl.

J’essayai de la décourager.

- Cet acide est un poison alimentaire. Après utilisation il est nécessaire d’effectuer de nombreux rinçages à l’eau.

Elle était très proche de moi et je sentais son parfum Shalimar aux effluves orientaux. Moi, je devais dégager une odeur de thon à l’huile d’olive.

Elle murmura :

- En fait, je voulais m’excuser pour l’autre fois. J’ai réagi un peu vivement, comme une féministe bornée. J’ai plusieurs choses à te dire…

- Oui ?

- Tu sais Basile, le prof d’EPS…

- Oui, ton amoureux…

Elle se mit à rire :

- Mais il est homo voyons ! Je dois te transmettre un message, mais j’espère que tu ne vas pas te fâcher…

- Oui ?

- Il a flashé sur toi !

- ???

- Il a l’intention de te draguer !

- Je n’ai rien contre les gays, mais je n’en suis pas un ! Tu lui diras hein ?

- Bon, j’ai vraiment besoin de détartrer mon WC. Alors tu me le donnes cet acide chlorhydrique ? Tu pourras me demander tout ce que tu veux en échange…

Je répondis un peu trop vite :

- C’est d’accord. Alors balaye cette salle !

Plusieurs heures plus tard, je n’avais pas encore compris pourquoi elle s’était enfuie du labo sans rien dire…

 

A suivre

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 17-06-2014 à 08:26:10

Grasse (102).

L'ancêtre du chimiste: l'alchimiste.

 

  Quelqu’un frappa à la porte de mon labo.

Je n’avais envie de voir personne, trop occupé à mettre un peu d’ordre dans le fouillis indescriptible qui régnait dans cette pièce. Un collègue bavard en mal de confidences voulait certainement tuer le temps qui passe en papotant avec moi. Je n’avais pas la tête à ça !

La personne insista.

Je me sentis obligé d’aller ouvrir la porte blindée en tournant la grosse clé de sécurité dans la serrure qui avait bien besoin d’un graissage intime. J’affublais mon visage d’un masque antipathique, peu souriant et virtuel pour décourager le gêneur.

En apercevant mon visiteur, j’eus comme un frisson de l’âme, un froissement de ma volonté qui avait tendance à se replier sur elle-même.

J’avais l’impression d’avoir la berlue. Mes rétines me jouaient des tours certainement. Mais mon odorat qui détecta ces effluves de parfum « Shalimar », valida ma perception.

C’était Sandrine, c’était bien elle !

Que venait-elle faire dans mon labo ?

J’eus juste le temps de revêtir mon armure en acier chromé triple épaisseur anti-amour.

- Oui ? dis-je avec un visage purement inamical.

- Je peux entrer ? dit-elle en me poussant vers l’intérieur.

Elle avait le sourire-coup-de-massue, ravageur comme un nuage de sauterelles affamées qui détruisent les cultures en Afrique.

J’avais envie de crier « grâce » avant de recevoir le premier coup mortel.

Elle avait troqué  son jeans délavé et moulant contre une jupe assez courte, au-dessus des genoux, qui révélait une chair ferme que finalement je n’avais jamais vue.

Avais-je besoin de ça pour être  projeté dans les limbes, comme chaque fois que je la côtoyais à moins de 1m50 de distance ?

Après le papier peint à décoller dans son nouvel appartement et la virée au festival de Cannes, qu’allait-elle encore me demander ?

Elle fit semblant de s’intéresser au matériel de chimie et de physique qui encombrait les paillasses en me posant quelques questions débiles (c’était une prof de lettres modernes après-tout) auxquelles je répondais sans conviction en attendant de connaître le vrai motif de sa visite.

- J’ai un petit problème avec mon WC, me dit-elle soudainement.

Ce n’était pas très romantique tout cela.

- Voilà, la cuvette est recouverte de calcaire que je n’arrive pas à enlever…

Je lui coupais la parole :

- L’acide chlorhydrique* est un remède miracle pour cela !

 - Oui, je sais, me répondit-elle, je l’ai lu sur internet. Pourrais-tu m’en donner un petit peu ?

Voilà, pour elle je ne représentais que le collègue qui rend service et c’est tout.

Je n’allais pas encore succomber au charme empoisonné qu’elle m’envoyait encore une fois pour parvenir à ses fins.

J’eus soudain l’intention de devenir odieux avec elle :

- Oui, je te donnerai un flacon d’acide chlorhydrique si tu fais la vaisselle de toute la verrerie de cette paillasse !

Il y avait trente béchers** sales et une cinquantaine de tubes à essais** qui avaient contenu divers produits chimiques et un goupillon** pour les laver.

   Elle plissa les yeux avec des sourcils en accents circonflexes.

Elle cria presque :

- Mais tu es un sale macho ! Je ne suis pas ta bonniche !

Et elle sortit du labo en claquant la porte. (qui en réalité ne claqua pas car elle était freinée par un ralentisseur***).

 En cette fin d’année scolaire, avais-je perdu définitivement Sandrine ?

 

A suivre

 

Notes :

 

 *Jabir ibn Hayyan : découvreur de l’acide chlorhydrique.

  Jabir ibn Hayyan (également connu sous le nom latin de Geber, 721–815 apr. J.-C. fut un polymathe, philosophe et alchimiste musulman.

 Plus de 3 000 traités ou livres lui sont attribués d'une façon ou d'une autre. Les domaines abordés incluent la cosmologie, la musique, la médecine, la magie, la biologie (notamment la fabrication artificielle d'êtres vivants), la technologie chimique, la géométrie, la métaphysique et la logique

 

 

 

 **

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 ***                                        

 

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. anaflore  le 18-06-2014 à 18:20:08  (site)

bien jouésmiley_id118869!!où je peux trouver ce remède miracle?,smiley_id117076

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 12-06-2014 à 08:35:25

Grasse (101).

 

 

L’oublier, oui, c’était tout ce qu’il me restait à faire !

Oublier Sandrine.

Ne plus penser à elle, éviter de la rencontrer au lycée, la fuir comme la peste du Moyen-Age.

Il y avait bien un lieu ultra-dangereux pour moi : la salle des profs où nous nous retrouvions aux récrés pour souffler un peu, nous reposer et boire un café en parlant de nos soucis.

Après mon escapade ratée au festival de Cannes, de retour chez moi, et cela de 17h à 2h du matin (heure à laquelle je parvins à m’endormir un peu), je ne pouvais m’empêcher de me faire du mal : penser à Sandrine et à Basile, à ce qu’ils avaient certainement fait à Cannes, une ville de perdition, dans des endroits peu confortables à l’abri des regards indiscrets, car le sexe à ses raisons que la raison ne connaît point (tiens ça me rappelle quelque chose ça*).

Ce n’était pas tant la jalousie qui laminait mes neurones, mais plutôt mon orgueil blessé qui maintenait la porte ouverte, la porte de l’oubli, la porte qui grince en plein milieu de la nuit.

Tout le long du trajet entre Grasse et Cannes, Sandrine s’était montrée distante, froide comme une momie enfermée dans un congélateur. Je me disais alors que c’était son caractère réservé qui la faisait agir ainsi.

Parfois, je suis plus idiot que je ne l’imagine !

Il y a la métamorphose de la chenille en papillon bien connue des élèves qui écoutent et qui apprennent leurs leçons, mais moi j’ai assisté à un autre genre de métamorphose, celle de Sandrine lorsqu’elle a rencontré Basile, le prof d’EPS, à la sortie du cinéma. Elle devint subitement chaleureuse et même souriante et excitée comme si elle avait avalé un morceau de Vésuve incandescent. Bref, pour être vulgaire, elle s’était transformée en une chienne en chaleur.

Au lycée, c’était la période d’avant-bac, celle où les élèves sont absents et où l’on pouvait souffler un peu et préparer déjà l’année scolaire suivante. On errait pas mal dans les longs couloirs de l’établissement et on squattait à longueur de temps la salle des profs, avachis sur les fauteuils de couleur bleu-pétrole, à la propreté incertaine. C’était un lieu idéal de rencontres. Moi, assis tout au fond, j’évitais de poser mes yeux sur ELLE, histoire de l’oublier une bonne fois pour toute. Elle m’envoyait parfois un regard incertain comme un lanceur de couteaux qui projette des points d’interrogation. Je ne répondais pas à ses bonjours lancés à la cantonade quand elle entrait dans la salle en remuant sa croupe bien moulée dans son jeans délavé (ciel je replonge !).

Bref, je lui faisais la « gueule » !

Finalement Sandrine ne me connaissait que lorsqu’elle avait besoin de moi, pauvre cloche serviable, comme la fois où elle m’avait demandé de l’aider à décoller la vieille tapisserie de l’appartement qu’elle venait d’acheter dans le vieux Grasse ou quand elle eut la lubie d’assister au festival de Cannes.

Mais c’était fini, j’avais juré de ne plus me laisser avoir.

Pour meubler mon temps libre dû à l’absence de mes chers élèves, je rangeais mon labo qui était dans un désordre indescriptible. Le garçon de laboratoire était en congé de maladie depuis plus de six mois à cause d’un eczéma diplomatique provoqué, d'après-lui,  par les émanations des produits chimiques stockés dans le labo.

Ce jour-à, à quatorze heures trente, quelqu’un frappa à la porte…

 

A suivre

 

Notes :

 

* "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. " est un adage philosophique de Blaise Pascal issu de ses Pensées. Stylistiquement, cette citation est une diaphore puisque les raisons et la raison sont à prendre dans deux sens différents.

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. anaflore  le 12-06-2014 à 09:14:34  (site)

adage est bien employé ..;j'y pensais bon courage

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 07-06-2014 à 09:06:49

Grasse (100).

 * 

Bon, je dois avouer, qu’à la fin du film, je n’avais réalisé aucun de mes fantasmes concernant Sandrine.

Je voyais bien qu’elle m’en voulait de l’avoir privée d’une promenade sur la Croisette. Moi, pendant toute la séance, j’avais bien envie de l’embrasser sur la bouche, mais je n’ai pas osé. Quant à caresser sa cuisse, je craignais une réaction brutale de sa part. Je n’ose même pas invoquer les fantasmes plus « hards » que mon cerveau avait élaborés. Pour les gâteries buccales, je me contenterai dorénavant de celles prodiguées avec générosité par Madame Coqualo dans le local à poubelles de mon immeuble.

Dehors, nous nous dirigeâmes, sans parler, vers ma voiture qui nous attendait sans dommages à une centaine de mètres de là. J’avais conscience de ma nullité et j’allais aimer cette fille en silence, platoniquement, juste pour alimenter ma source de poèmes.  

Il ne me restait plus que le voyage à Bamako pour redorer mon égo qui traînait dans les égouts.  Un voyage dangereux de près de 6000km était-ce bien raisonnable ? D’abord le vol à bord d’un avion peu sûr appartenant à une compagnie qui figurait en bonne place sur la liste noire des plus calamiteuses, ensuite l’état de délabrement politique du Mali, le risque d’être enlevé par des bandes de rebelles et surtout les maladies.

Cannes était située à 18km de Grasse et Bamako à 6000km, cherchez l’erreur !

Bon, nous marchions depuis peu sur le trottoir, quand nous rencontrâmes Basile.

Basile, un des profs d’EPS du lycée, tout le contraire de moi ! Sportif, dragueur et sûr de lui.

Cela me fit mal quand je vis Sandrine se jeter pratiquement dans ses bras avec une lueur dans son œil droit qui ressemblait étrangement à de la concupiscence. Ils échangèrent un regard qui me fit froid dans le dos. Un regard qui en disait long sur leurs relations dans les vestiaires du gymnase du lycée. Comment pouvais-je lutter contre ce « mec décérébré » qui racontait des blagues à deux balles qui faisaient tant rire les filles ?

 Il ne faisait pas très chaud et pourtant Basile portait un simple tee-shirt dégoulinant de muscles.

Sandrine sans façon, lui tâta les biceps :

- Je vois qu’ils sont toujours aussi durs, lui dit-elle en roucoulant.

Il répondit :

- Tu sais bien que tout est dur en moi !

Elle éclata de rire.

Moi, je n’existais plus pour elle.

Je me demandais même si j’avais des biceps.

Lentement je commençais à subir une métamorphose inversée, qui, en passant par le stade de chenille, allait aboutir à une larve molle, aplatie et invertébrée.

Basile me regarda presque avec pitié. Sur le ring de la drague, il allait me battre par KO avant la première minute du premier round.

- Et si on allait boire un verre, dit-il en rigolant.

Il avait le rire facile, moi pas.

Sandrine accepta sans me demander mon avis. Moi je les suivis, comme un chien errant à un mètre  d’eux, sur le trottoir étroit.

Il commanda un whisky, elle aussi et moi une limonade !

Je me justifiais :

- Je dois conduire, je ne peux pas boire d’alcool !

Basile répliqua en riant :

- Moi aussi je conduis, mais je bois ce que je veux !

Elle le regarda comme on admire un héros. Moi j’étais simple soldat de la guerre 14-18, pataugeant dans les tranchées boueuses infestées de rats.

A un certain moment, il se pencha vers son oreille et lui murmura quelque chose. Alors, Sandrine, un peu gênée quand même, me dit :

- Ca ne te fait rien si je retourne à Grasse dans la voiture de Basile ?

J’eus l’impression, qu’à ce moment-là, un nazi ouvrait pour moi la porte d'un four crématoire…  

 

A suivre

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. aiden  le 07-06-2014 à 13:42:39  (site)

bonjour prof j adore ton histoire, si elle est vrai elle est passionante je vais donc lire ton blog aiden

2. anaflore  le 10-06-2014 à 22:09:12  (site)

c'est pas de chance !!!bonne soirée

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 03-06-2014 à 08:44:33

Grasse (99).

 

 

Il faisait beau, ce samedi-là, dans les Alpes-Maritimes.

Entre Grasse et Cannes il y avait une distance de 18 kilomètres. Je fis un rapide calcul mental et je trouvais, qu’en roulant à 90 km/h, le trajet serait couvert en 12 minutes environ.

Pas de quoi fouetter un chat, alors,  pour entretenir une conversation. Pour tous oui, mais pas pour moi !

Je n’aime pas parler !

Je dois avoir une lésion dans la troisième circonvolution frontale de l’hémisphère gauche de mon cerveau. C’est l’aire de la parole ou aire de Broca.

Sandrine, assise à côté de moi, me saoulait avec les effluves de son parfum Shalimar et avec ses cuisses largement découvertes. Elle dut s’en apercevoir, car, en serrant fortement son accoudoir avec sa main droite, elle me dit :

- Sois prudent, tu ne devrais regarder que la route !

Je me sentis devenir cramoisi comme un « cardinal rouge », un oiseau chanteur du Mexique.

 

 

 

 

Pourtant Sandrine ne modifia pas la position de ses jambes pour les cacher un peu.

Les femmes sont des démons !

Elle me dit :

- Tu aimes les randonnées ?

Autant me demander si j’aimais consommer de la mort aux rats !

Finalement, en entendant cette question, je m’interrogeai : « Sandrine est-elle une fille pour moi » ?

Moi, un poète et pas du tout sportif.

- Tout dépend de la longueur de cette randonnée !

Je transpirais rien qu’en imaginant cette longue et interminable marche.

Elle répondit :

- Ho une vingtaine de kilomètres à peine !

Le condamné à mort sur la chaise électrique souffrait-il autant que moi à ce moment-là ?

Nous entrions dans Cannes et les embouteillages s’amplifiaient. Direction la Croisette. Impossible de se garer !

Peu à peu nous nous éloignions du palais des festivals et quelques places improbables apparaissaient. Chaque fois Sandrine me disait :

- Tiens, une place, gare-toi, gare-toi !

J’avoue que je ne suis pas le champion des créneaux et qu’il me faut beaucoup d’espace pour en faire un correctement. Alors je faisais semblant de ne rien voir ni d’entendre.

Finalement nous aboutîmes à la périphérie de Cannes, dans un quartier perdu, où une place de quinze mètres de long me permit de faire un créneau bancal.

La nullité dans toute sa splendeur !

On était très loin de la Croisette. Je proposais à Sandrine de sortir de la voiture pour repérer les lieux.

Le hasard avait fait que nous nous étions garés juste en face d’un cinéma de quartier, l’ « Olympia » qui projetait surtout de vieux films américains et notamment ce jour-là « Coup de foudre à Notting Hill » avec Julia Roberts. Un film que j’avais vu au moins cinq fois déjà.

 

 

 

Sandrine faisait la « gueule », elle pressentait certainement que j’allais lui demander d’aller le voir et elle me soupçonnait peut-être d’avoir organisé ce hasard.

Grandeur et décadence, on était loin du palais des festivals.

Le lieu était désert, la caissière nous regarda comme si nous étions des extra-terrestres. Que faisions-nous dans ce cinéma perdu alors qu’au festival paradaient les plus grandes vedettes françaises et étrangères ?

Nous étions seuls dans la salle et cela fit naître dans mon cerveau toute une série de fantasmes inavouables :

- Dans l’obscurité, je caressais la cuisse de Sandrine,

- Je l’embrassais violemment sur la bouche,

- Je pelotais ses seins (95b),

- Elle  baissait sa tête sur mon bas-ventre pour me faire une « gâterie buccale »,

- Nous allions dans les toilettes pour pratiquer l’activité préférée des singes bonobos*…

 

 

 

 

A la fin du film, je listais dans mon cerveau mes fantasmes réalisés avec elle et…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Les bonobos : Ces petits chimpanzés sont très connus pour leur activité sexuelle intense.  Ils ont en moyenne un contact sexuel toutes les quatre-vingt-dix minutes.  Ils le pratiquent dans n'importe qu'elle position et avec n'importe qui : entre mâles et femelle, entre femelles, entre mâles et entre membres d'une même famille. L'accouplement n'a donc pas uniquement une fonction reproductive chez les bonobos. Chaque moment de leur vie est ponctuée par des actes sexuels. Résoudre un conflit, resserrer les liens du groupe, etc... Tout commence et tout finit par le sexe.

 

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. anaflore  le 04-06-2014 à 06:19:06  (site)

tiens moi c'est l'inverse facile les créneaux nulle en conduite......bon mercredi

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 29-05-2014 à 09:06:25

Grasse (98).

5 

Samedi.

Mais qu’étais-je venu faire dans cette rue qui longeait le lycée ? Un espoir lilliputien avait germé insidieusement dans mon cerveau durant la nuit qui précédait le week-end. Un espoir insensé, du genre recoller, sans laisser de traces, les mille morceaux d’un vase cassé. Oui j’imaginais, que, malgré sa lettre assassine, Sandrine eût pu changer d’avis sur ma personne et sur la virée à Cannes pour le festival. Chacun a son Père-Noël qui disparaît bien avant l’adolescence. Mais le mien, non ! Il s’entêtait à titiller mes neurones quand survenait dans ma vie une situation quasi-désespérée. Et c’était le cas pour mes relations avec Sandrine.

 Mais pourquoi cette femme agent de police, qui avait décidé de me pourrir la journée, avait-elle dit « Je cherche le carrosse de mon prince charmant » ? Encore une folle qui avait dû abuser des substances illicites saisies chez des petits dealers et stockées dans une armoire métallique du commissariat de police. Je me décidais donc à regarder ce « monstre » sans pitié.

Ciel, c’était Sandrine !

Comme quoi il faut toujours croire au Père-Noël.

Elle portait une jupe anthracite assez courte et des chaussures à talons hauts assorties. Bref, elle ressemblait presque à une pute. Tout ce que j’aimais !

Elle m’envoya un nuage de Shalimar, son parfum de chez Guerlain, qui me fit tourner la tête…

Je la regardais sans rien dire comme une vache qui voit passer un train. Ma jugeote* était paralysée. J’avais l’impression que j’allais me faire dévorer par un dragon de Komodo**.

- Je peux monter quand-même dans ta voiture ? me dit-elle, avec un sourire moqueur.

Moi j’étais perdu dans l’île de Komodo !

Je lui ouvris la portière et elle grimpa dans le véhicule avec une prestance de sportive qu’elle était.

Et moi, je me disais :

- Alain, surtout ne regarde pas ses cuisses !

Mais comment faire quand mes yeux avaient envie de se promener sur ses jambes largement découvertes.

Je démarrais tant bien que mal.

Sandrine s’excusa pour le billet assassin qu’elle avait mis dans mon casier.

- Parfois, tu m’énerves ! me dit-elle, mais je regrette bien vite ma saute d’humeur.

Je n’avais pas la tête à l’écouter, je louchais : j’avais un œil sur la route et l’autre sur ses cuisses.

Je me demandais où j’allais me garer à Cannes. Le festival du film embouteillait la ville et il était pratiquement impossible de trouver une place pour une voiture. Nous étions quittes à beaucoup marcher.

Si j’étais seul, il y a longtemps que j’aurais abandonné cette aventure périlleuse, mais il y avait Sandrine et ses belles cuisses…

 

A suivre

 

Notes :

 

*Jugeote : (nom féminin familier] Bon sens, aptitude à distinguer ce qu'il convient de faire et de ne pas faire.

 

** Dragon de Komodo :

 

 

 

 

il se rencontre dans les îles de Komodo en Indonésie centrale. C'est la plus grande espèce vivante de lézard, avec une longueur moyenne de 2 à 3 mètres et une masse d'environ 70 kg. Bien que les Dragons de Komodo mangent surtout des charognes, ils se nourrissent aussi de proies qu'ils chassent, invertébrés, oiseaux ou mammifères et êtres humains.


 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 

1. gegedu28  le 29-05-2014 à 09:14:41  (site)

Bonjour l'écrivain, ou le romancier,
Une belle histoire,
... à suivre.
Gégédu28

2. anaflore  le 30-05-2014 à 14:47:24  (site)

même pas peur!!!mais j'irai jamais le voir ce dragon!!!!bon viaduc

Premier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
 
 
 
posté le 25-05-2014 à 09:16:28

Grasse (97).

 

 

 *

Le Vendredi soir de la semaine dernière, je me sentais un peu soulagé d’avoir échappé, presque sans le vouloir, à la corvée du festival de Cannes. Cela s’était accompagné de la rupture définitive des relations avec Jeanne et Sandrine. Mais enfin j’avais l’esprit tranquille et je pouvais me vautrer dans ma principale activité : la paresse !

En fin d’après-midi, j’étais passé par le CDI pour chercher sur Internet le numéro de téléphone de l’ « Union Cycliste de Bamako » située au Mali. C’était la seule piste que je possédais pour essayer de retrouver Lola, après avoir été abandonné par mes deux collègues, véritables furies, violentes  comme  des rebelles katangais.  

En vérité, pendant toute la nuit qui suivit, mon esprit fut souvent frôlé, de manière éphémère et brutale, par l’image de Sandrine qui arrivait dans mon cerveau comme un flash rempli de regrets. Je sentais que j’avais côtoyé l’amour et que ma maladresse incompréhensible m’avait définitivement éloigné de celle qui me faisait fantasmer. Dix fois je relus son petit mot dans l’espoir d’y trouver une raison de croire encore à un  miracle. Mais enfin, la réaction brutale de Sandrine, signifiait-elle qu’elle voulait que l’on allât à Cannes tous les deux, seuls, en tête à tête ? J’étais à plus de mille lieues de penser qu’elle pouvait avoir des sentiments pour moi.

Le Samedi matin, après une nuit chaotique, je pris la décision de me rendre vers dix heures devant la loge du concierge du lycée ; c’était le lieu prévu pour mon rendez-vous avorté avec Sandrine. Peut-être avait-elle changé d’avis ?

Dans la rue, toutes les places de stationnement étaient occupées, sauf une. Comme un conducteur débutant, je fis un créneau hasardeux pour me garer sur l'emplacement désiré. En ouvrant ma portière pour vérifier la position de ma voiture, je constatais qu’elle était située à plus de cinquante centimètres du trottoir. Comme il n’y avait personne, je me dis qu’il était inutile que je retentasse un créneau qui aurait pu être pire que le précédent.

Il était 9h45 et je me mis à attendre l’impossible venue de Sandrine. Il faisait beau et je commençais à m’assoupir à cause de mes nuits blanches. Je fus brutalement tiré de mon sommeil par le bruit d’un doigt qui frappait sur ma vitre et qui, alternativement, me désignait un panneau planté sur le rebord du trottoir. Ce panneau indiquait que la place occupée par ma voiture  était réservée à une personne handicapée. La tuile ! Je me souvins alors que « mon manque de civisme » m’avait coûté, il y a quelques mois, une amende de cent quarante euros pour un stationnement non autorisé comme celui-ci. Je ne voyais que les mains de cet agent de police. Avec un mouvement circulaire, elles me firent comprendre de baisser la vitre. Pour tout dire, j’avais la haine.

Quand la vitre fut totalement baissée, j’entendis, avec étonnement :

- Je cherche le carrosse de mon prince charmant !...

 

A suivre

        

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 21-05-2014 à 09:09:49

Grasse (96).

 *

J'ai comme l'impression de ressembler à Pinocchio !

 *

Ce Vendredi-là, je touchais les grands fonds.

Non seulement j’avais détruit l’ultime espoir de conquérir Sandrine, mais en plus j’avais proposé aussi à Jeanne, la prof d’anglais, de l’accompagner au festival de Cannes.

Je détestais pourtant ce genre de manifestation.

A la limite, j’aurais pu faire un énorme sacrifice pour Sandrine dont les fesses, moulées dans un jeans, provoquaient, dans ma tête, un feu d’artifice de fantasmes inavouables, mais pas pour Jeanne avec ses yeux globuleux et sa robe de vieille fille presque vierge.

Comment m’échapper de ce guêpier digne des prisons de la Stasi à l’époque de la funeste Allemagne de l’Est ?

Durant le contrôle surprise de 14h à 15h avec une classe de seconde, je pus échafauder, en toute tranquillité, une multitude d’excuses bidons pour annuler la sortie du lendemain au festival de Cannes. A la récré de 15h j’en avais trouvé une, plutôt bancale. Jeanne vint vers moi avec un beau sourire et me dit :

-Alors, en forme pour la sortie de demain ?

Elle n’avait pas la maladie d’Alzheimer, hélas pour moi. Je récitais dans ma tête la phrase-excuse que j’avais élaborée pendant toute la durée du devoir sur table et puis je répondis :

- Désolé Jeanne, j’ai consulté la météo et demain elle prévoit de violents orages sur Cannes et sa région.

Par la baie vitrée s’engouffrait le soleil qui brillait intensément dans un ciel bleu sans aucun nuage. Un léger vent du Nord faisait trémousser les feuilles des figuiers plantés dans la cour du lycée. Bref, les conditions idéales pour un beau temps durable.

Jeanne me regarda avec un air dubitatif qui allait certainement précéder une flopée d’insultes bien méritées.

- Ca m’étonnerait, répondit-elle, regarde comme il fait beau ici !

Elle avait raison hélas, mais j’essayai de la convaincre :

- Mais Grasse est située à 18km de Cannes !

Elle éclata :

- Fuck you* !

  J’étais nul en anglais, mais je crus comprendre, au venin qui sortait de sa bouche, ce qu’elle voulait me dire. Et elle me tourna le dos pour se diriger vers la sortie. Un réflexe me fit regarder ses fesses qui paraissaient bien molles et plutôt avachies…

Ouf, j’avais résolu mon problème !

C’est à ce moment-là que Sandrine entra dans la salle des profs. Les deux filles se parlèrent un instant en me regardant. Je sentis des ondes négatives m’envelopper.

Je me dis, qu’à ce rythme-là, j’allais demeurer célibataire jusqu’à quatre-vingts ans…

Il ne me restait plus que Lola, perdue au Mali. J’avais intérêt à réactiver la filière et à préparer mon voyage à Bamako, cet été, pour essayer de la retrouver…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Vas te faire foutre !

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 16-05-2014 à 07:15:15

Grasse (95).

 
Voilà ce que je suis devenu à cause de Sandrine...
. 
 Connaissez-vous le plus grand débile de la planète ?

Vous êtes en train de lire ses divagations. Le roi des ânes, c’est moi !

L’autre jour, Sandrine, la prof de français, m’avait demandé de l’accompagner en fin de semaine au festival de Cannes. Et j’avais accepté, avec une réticence toute cachée, juste pour essayer de la séduire. Se doutait-elle des idées lubriques qui proliféraient, en secret, dans les circonvolutions de mon cerveau d’attardé mental ? Donc, à la fin de la récré, on s’était donné rendez-vous le samedi vers 10h devant la loge du gardien du lycée. Et au moment de nous séparer, elle m’avait envoyé un sourire-missile, un sourire qui détruit tout et qui ramollit la cervelle des mâles trop sûrs d’eux. Juste à cet instant, le destin fatal, de nouveau, envoya sur mon crâne, sa cape qui rend aveugle. Il y a des hasards, qui n’en sont point ! De ces hasards prémédités par une puissance invisible qui vous veut du mal. Jeanne, la prof d’anglais, aux yeux globuleux et presque vierge, eut la malencontreuse idée de passer près de nous. Et moi tout simplement, une force intérieure me fit dire :

- Jeanne, voudrais-tu venir avec nous, Samedi, au festival de Cannes ?

Mais pourquoi ai-je prononcé ces paroles imbéciles ? Pourquoi ai-je ainsi saboté mon travail de séduction auprès de Sandrine ?

Sandrine ne réagit pas, mais elle me lança un regard de merde, un regard qui vous transforme en gros tas nauséabond et mou et elle alla chercher ses élèves.

Jeanne, bien entendu, accepta ma proposition, avec une joie non dissimulée.

Moi j’étais dans de beaux draps.

Comment expliquer mon délire incontrôlé ?

Peut-être qu’inconsciemment je ne désirais pas rester seul avec Sandrine ? Peut-être que Lola était encore dans mon cœur et que je ne voulais surtout pas la tromper pendant qu’elle tapinait sur les trottoirs de Bamako ? Comment faire cours après ça ? J’avais une classe de seconde qui ne broncha pas quand je lui annonçai un contrôle surprise. Ma tête de vampire déprimé ne les incitait pas à la révolte. Et moi j’avais besoin de tranquillité pour pouvoir rétablir des connexions normales dans mon cerveau qui s’était transformé en omelette baveuse.

A midi, je trouvais dans mon casier une feuille de papier pliée en quatre, sur laquelle je pus lire :

.

 .

 

Quelle violence ! Quelle vulgarité ! C’était étonnant de la part d’une enseignante de français. Mais pourquoi ?

Après Lola la pute, avais-je perdu définitivement Sandrine la prof ?


A suivre.


 

 

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 12-05-2014 à 08:16:33

Grasse (94).

 

 

Bon, c’était décidé, après tout ce que j’avais lu sur internet concernant les multiples dangers de l’Afrique, je n’aimais plus Lola !

Ouf, un poids de moins dans mon cerveau ! Je pouvais ainsi attendre tranquillement la fin de mon année scolaire à Grasse. La seule chose qui me dérangeait, c’était le festival de Cannes qui allait se dérouler du 14 au 25 Mai. Bien que située à 18km de cette ville, Grasse subissait les nuisances de ce festival du cinéma. Inutile d’imaginer un seul instant une promenade sur la Croisette à ce moment de l’année. Je passais donc mon temps à aller au lycée, à humer les parfums qui saturaient toute la ville de Grasse et à contempler la prison depuis la coursive sur laquelle donnait mon appartement. Je tentais souvent d’apercevoir Paulo, le mac de Lola, parmi la faune des taulards qui s’ébrouaient dans la cour de cette maison d’arrêt, sans succès. Après sa tentative de suicide ratée, Paulo était peut-être encore à l’hôpital ou  avait-il été transféré dans une autre ville, je n’en savais rien.

Au lycée, je m’étais fait plusieurs ennemies : Jeanne, la prof d’anglais, Sandrine, la prof de français et la documentaliste Françoise Jétoulu.

J’essayais de rétablir des relations normales avec Sandrine, sans succès. Elle continuait à m’ignorer totalement ; pour elle j’étais un homme invisible* comme dans le titre d’un film sorti en 1933.

Lundi matin, je me dis que je n’aurais pas dû me trouver dans la salle des profs ce jour-là. Sandrine allait et venait dans tous ses états : elle voulait à tout prix aller à Cannes pour le festival et elle cherchait un collègue qui pourrait l’accompagner en voiture là-bas. Tous les profs refusèrent en invoquant diverses raisons. Je n’avais pas senti arriver le boulet de canon qui allait m’écrabouiller. Sandrine me lança un regard intéressé. Moi j’étais assis dans mon coin, triste comme un mois de Novembre, le regard perdu ailleurs que sur ses fesses… Et pour elle, soudain, je ne fus plus « l’homme invisible », hélas pour moi. Elle vint s’asseoir dans le fauteuil voisin du mien avec un sourire enjôleur. Elle était culottée quand même !

- Dis-moi Alain, je suis sûre que tu adores le cinéma ! me dit-elle avec des lèvres prometteuses…

Je la voyais venir avec ses gros sabots !

Il fallait que je me méfiasse de moi-même et que j’évitasse de dire n’importe quoi comme l’autre fois avec « l’affaire de la pizza ». A vrai dire, je n’apprécie que modérément le cinéma et surtout je déteste regarder passer toutes ces pseudos-vedettes qui paradent devant des spectateurs qu’elles méprisent finalement. Mais là, c’était l’affaire du siècle, c’était l’occasion de « renouer » avec Sandrine, même si je la soupçonnais de vouloir seulement m’utiliser. Après une réflexion intense, je ne pus que dire :

- Oui, c’est vrai, j’aime le cinéma !

Je mentais comme un arracheur de dents du marché de Bamako au Mali.

Elle eut un petit sourire de satisfaction, le sourire du pêcheur qui a ferré un poisson.

Elle se jeta à l’eau comme on lance une bouée à un demi-noyé qui gigote dans la mer des Sargasses.

- On pourrait aller ensemble au festival Samedi si tu veux. Ensuite on  se « ferait un restau », pas dans une pizzéria ne n’inquiète pas !

- Oui, répondis-je sans conviction.

Ca y est, j’étais le poisson qu’elle avait attrapé et qui vivait ses derniers instants dans le seau en plastique rouge  rempli d’eau de mer qui se trouvait à ses pieds.

- Samedi à dix heures ça te va ? J’ai hâte de monter dans ton Alfa-Roméo !

Dix-huit kilomètres en tête à tête avec elle dans ma voiture, cela me faisait fantasmer ! J’espérais tout simplement qu’elle portât une jupe courte ce jour-là…

La sonnerie de fin de récré vint interrompre notre dialogue. Elle se leva et m’envoya un sourire de femme…

C’est à ce moment-là qu’un grain de sable vint perturber toute cette belle mécanique de séduction…

 

A suivre…  


Notes :

 

* L’homme invisible (film 1933).

 

 

 

Jack Griffin, un scientifique, a trouvé le moyen de devenir invisible. Soucieux de trouver la formule qui lui permettra un retour à la normale avant d'annoncer sa découverte, il s'enroule le visage de bandeaux et se retire dans l'auberge d'un village isolé. Son aspect étrange ainsi que son comportement attirent la curiosité des gens et l'empêchent de travailler. Agacé, Griffin cherche à effrayer les villageois et se sert de son pouvoir à des fins de plus en plus mal intentionnées...

 


 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 07-05-2014 à 08:37:14

Grasse (93).

 grasse93

 

 

Mais comment les aider?

 

Apparemment, Lola était encore vivante et c’était l’essentiel ! Ce pauvre Paulo avait survécu à sa tentative de suicide et je pensai que je devrais, un de ces jours, lui faire une petite visite dans sa prison. Depuis bien des semaines, je ne lui avais plus fait parvenir les cartouches de ses cigarettes préférées, par paresse, par le fait que le temps dilue les idées, les envies, les promesses…

Pendant mes nuits blanches, lorsque mes neurones semblaient baigner dans une mélasse intellectuelle, une idée farfelue avait germé dans les circonvolutions de mon cerveau ramolli : aller à Bamako, au Mali, pour retrouver Lola et la soustraire aux griffes de la prostitution locale. Mais quand ? Les vacances d’été approchaient et je pensais que c’était la période idéale pour organiser ce périlleux voyage vers l’Afrique. Mais tout me faisait peur : le climat, la misère, les bandes de malfrats politisés qui avaient le rapt facile, l’hygiène, les maladies... Et les vaccins !

Jeudi, pour récolter quelques informations sur le Mali, je m’installais avec mon  notebook à une table d’un Mac-Do de Cannes, histoire de passer incognito. Je le branchais en Wi-Fi et je commandais un big-mac, mais vraiment big, avec une double portion de frites et un demi-litre de Coca-Cola.

 

 

                             

 

Et je commençais à naviguer sur internet. Je recueillais ainsi quelques informations sur le Mali situé à près de 4000km de Nice, un peu loin quand même !

Les maladies d’abord :

Risques liés à l'environnement et au comportement du voyageur.

  • Tétanos

  • Maladies sexuellement transmissibles (infection par le VIH, hépatite virale B...)

  • Ankylostomiase et anguillulose (pieds nus)

  • Bilharziose (bain en eau douce, chaude et stagnante)

  • Histoplasmose (inhalation de spores)

  • Hépatite virale B : par contact sexuel ou utilisation de matériel de soins contaminé.

  • Risques liés aux insectes et aux animaux.

  • Paludisme (moustiques)

  • Arbovirose (syndrome dengue-like, fièvres hémorragiques)

  • Leptospirose

  • Rickettsiose

  • Borreliose (fièvre récurrente à tiques)

  • Rage (chiens, tous animaux sauvages)

  • Hydatidose (contact avec les chiens)

  • Trypanosomiase (mouche Tsé-Tsé)

  • Envenimations (piqûre ou morsure d'animaux venimeux).

    Risques liés aux aliments et aux boissons.

  • Poliomyélite

  • Diarrhée du voyageur

  • Hépatite virale A

  • Hépatite virale E

  • Ascaridiose

  • Giardiase

  • Typhoïde

  • Salmonellose

  • Shigellose

  • Tæniasis

  • Amibiase.

Bon, avec tout ça, comment vouliez-vous que je dégustasse mon succulent big-mac dégoulinant de tout ? Je l’abandonnais sans y avoir touché et il doit y être encore.

Même la gorgée de Coca-Cola que je bus, m’inquiéta. N’avait-il pas été fabriqué au Mali ?

Puis vint le moment de choisir une compagnie aérienne pour me rendre à Bamako. Ce que je trouvais alors me refroidit comme si j’avais passé une nuit dans une grotte de l’ère glaciaire. Il était question d’une liste noire des compagnies aériennes peu sûres et qui possédaient un pourcentage élevé d’incidents plus ou moins graves. Il y en avait plus d’une centaine. J’en indique quelques-unes :

 

Aero Benin (Bénin),   Afric Aviation (Gabon),   Air Baraka (République Démocratique du Congo),  Air Jet (Angola), Alfa Airlines (Soudan),

Guinea Airways (Guinée Equatoriale), Heavylift Cargo (Sierra Léone),  Helimalongo (Angola),   International Air Services (Libéria),  Mauritania Airways (Mauritanie),  Meridian Airways LTD (Ghana),   Nasair Eritrea (Erythrée), Safari Air (Mozambique), Silverback Cargo Freighters (Rwanda), etc… 

 

Source : http://fr.whattheflight.com/compagnies-aeriennes/liste-noire/

 

Autant dire que si j’échappais à un accident d’avion plus que probable, une maladie, un enlèvement, un assassinat pourraient m’achever.

De retour chez moi, je me demandais si j’aimais vraiment Lola…

                                                                                                    

                                                                                                                                                                                          A suivre


  

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 02-05-2014 à 07:25:48

Grasse (92).

 

 *

Bon, les nuits blanches, je connais ça ! Dormir deux heures seulement ne me dérange pas du tout. Mais là, c’était différent.

Brigitte devait m’annoncer une triste nouvelle apparemment, certainement liée à Lola. Hélas pour moi, elle en a été empêchée par l’arrivée d’un fidèle client qui l’a enlevée dans sa puissante voiture. Dans ma tête, elle avait injecté une sorte de virus mortel, celui de l’appréhension d’un malheur arrivé à ma pute chérie, Lola, qui avait toujours refusé de faire l’amour avec moi. Lola disparue depuis des mois, certainement enlevée par le gang des parfumeurs grassois, commandé par Mr. Gédebras, mon voisin, manchot de son état, qui l’avait « transférée »  à Bamako, au Mali, dans un bordel où les françaises blanches devaient avoir beaucoup de succès, hélas. J’imaginais Lola, morte, étranglée par un client schizophrène ou bien la gorge tranchée par un drogué qui en voulait à l’argent de ses nombreuses passes. Comment dormir avec cette idée dans la tête ? Je devais à tout prix revoir Brigitte, pour qu’enfin, elle me dît ce qu’il s’était vraiment passé.

Mon réveil numérique indiquait 0 :05 en gros chiffres lumineux rouges qui maintenaient un semblant de luminosité dans ma chambre. Elle devait en avoir terminé avec son client, Brigitte, et peut-être était-elle déjà de retour dans la rue, sur son trottoir, à tapiner, pour terminer sa nuit. Il suffisait que je la rejoignisse pour me vider la tête (oui la tête !) et retirer de mon cerveau cette vrille en acier qui s’était enfoncée dans mon crâne. L’incertitude, alliée au pessimisme, voilà ce qui mine une vie, qui la ramollit, qui la fait fondre et couler par terre comme un sirop gluant et nauséabond.

Je m’habillais en vitesse, sûr de ne rencontrer personne à cette heure de la nuit. Le hall de l’immeuble était éclairé et dehors la rue semblait sommeiller. Les voitures en stationnement dormaient sans ronfler, les chats menaient leur vie et peut-être les rats aussi. Je marchais, sur le trottoir étroit, le plus vite possible. J’avais quand-même peur de faire de mauvaises rencontres, des bandes de nazes qui sortaient des boîtes, souls et drogués, des boîtes de nuit de Cannes (située à 18km de Grasse) qui attiraient beaucoup de monde.

 *

 

 *

Au bout de la rue, je tournais à droite pour plonger sur une longue avenue mal éclairée. C’est là que tapinait Brigitte, à une centaine de mètres, adossée à un réverbère, plus lamentable qu’elle. Dieu seul sait ce qu’elle avait fait, avec l’autre, le conducteur de l’Alfa-Roméo. Moi, je m’en fichais, je voulais seulement savoir ce qui était arrivé à Lola ! Quand elle me vit, elle commença à se dandiner en avançant vers moi, un réflexe de pute…Quand je sentis son parfum (peut-être Shalimar ?), je sus que la pieuvre allait tenter de m’étouffer. Elle me proposa un petit jeu avec sa bouche pulpeuse, dans sa voiture. Je la suivis comme un âne que j’étais.

- C’est trente euros ! me dit-elle, sans capote.

Moi, je n’étais pas assez fou, pour tremper mon caramel encore mou dans sa bouche qui avait dû en connaître des tornades spermatiques !

Je lui donnais ses trente euros, mais juste pour savoir ce qui était arrivé à Lola, sa copine.

Elle me regarda comme si j’étais un moine défroqué de la paroisse voisine. Apparemment, elle ne savait pas ce que j’attendais d’elle. Elle avait l’air droguée, en plus. A quoi ? Allez savoir !

Elle se mit à rire quand je lui parlais de Lola.

Etait-elle devenue folle ?

Dans un éclair de lucidité, elle comprit ce que je voulais savoir.

- Mais, il s’agit de Paulo, cria-t-elle, ce qui effraya un chat qui passait par là.

Je devins plus hagard qu’elle, perdu dans cette nuit grassoise parfumée à l’essence de lavande.

Elle précisa :

- Paulo, le mac de Lola, a tenté de se suicider dans sa prison en se pendant à un barreau de la fenêtre de sa cellule avec son caleçon long !

Pauvre Paulo !

J’étais quand même rassuré : Lola était vivante et j’avais au moins encore une chance de la baiser !...

 

A suivre

 

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
posté le 27-04-2014 à 09:01:44

Grasse (91).

 

* 

- Quelle mauvaise nouvelle ? répondis-je à Brigitte en pressentant le pire.

Elle me lança un regard apitoyé qui voulait tout dire.

Il faisait nuit et l’air de Grasse avait conservé, quelque peu, les effluves qui s’étaient échappés, pendant toute la journée, des cheminées des usines qui synthétisaient les bases odorantes des parfums.

Elle voulait m’entraîner dans sa voiture, pour parler tranquillement avait-elle dit, mais aussi, certainement, pour me purger, avec sa bouche, d’un trop-plein glandulaire. Je n’avais pas la tête à ça et mon inquiétude avait provoqué une déprime testiculaire.

- Il s’agit de Lola, n’est-ce pas ? murmurais-je, dans cette rue sans nom, perdue dans la ville de Grasse, où tapinaient quelques filles victimes de la crise économique.

Elle ouvrit la bouche pour me répondre, un peu exagérément peut-être, trop habituée à l’utiliser à des fonctions non prévues par la nature.   

J’étais suspendu à ses lèvres, façon de parler…

Enfin décidée à me dire quelque chose, Brigitte cracha sur le trottoir humide, un chewing-gum en fin de vie. Quelques voitures circulaient sur le bitume en ralentissant quand elles passaient à notre niveau. Des futurs clients ?

Une Alfa-Roméo grise métallisée freina et s’arrêta à quelques mètres devant nous.

- C’est un habitué ! me cria Brigitte en courant vers la voiture dont la portière droite s’était mystérieusement ouverte. Elle pénétra dans le véhicule qui démarra en trombe en faisant crisser ses pneus.

- Et merde ! me dis-je, en voyant disparaître mon informatrice à talons aiguilles.

La nuit collait à ma peau comme du sparadrap récalcitrant. Il ne me restait plus qu’à retourner chez moi, l’âme inquiète et le regard perdu dans la perspective imparfaite de cette rue humide et odorante.

Le hall de mon immeuble était éclairé et j’eus le malheur de tomber sur madame Coqualo, l’experte en gâteries linguales. Elle eut un sourire carnassier en arrondissant ses lèvres pulpeuses. J’imaginais ce qu’elle voulait. Moi, pour une fois, je me laissais faire. Elle m’entraîna dans le local à poubelles, bien décidée à me faire cracher…Elle se mit à genoux devant moi et déballa tout mon matériel pédagogique, heu génésique*, je voulais dire.

En quelques mouvements buccaux, elle fit gicler dans sa bouche, l’encre blanchâtre de mon gros stylo, riche en protéines et en animalcules** frétillants.

Elle avala le tout comme si elle dégustait un petit verre de sirop d’orgeat***.

Plus tard, chez moi, plus léger de quelques centigrammes, j’allais commencer un nuit d’insomnie en pensant au sort réservé à la malheureuse Lola…

 

A suivre

 

Notes :

 

  * Génésique : lié à la reproduction.

 ** Animalcules : Animaux microscopiques. (spermatozoïdes ici)

*** Orgeat : sirop fait à partir d'amandes douces broyées, additionnées d'eau et aromatisées à la fleur d'oranger.

 


Commentaires

Dernier commentaire    Commentaires terminés   Fermer les commentaires
 
0 commentaire
 
 
 

Ajouter un commentaire

Pseudo : Réserve ton pseudo ici
Email :
Site :
Commentaire :

Smileys

 
 
 
Rappel article