posté le 24-02-2014 à 07:09:56

Grasse (79).

 

*** 

La boîte blanche en carton enrubannée de rouge était posée sur le bureau d’Edmond déjà passablement encombré d’objets divers. Mais que contenait donc cette boîte ? Elle était destinée à protéger des gâteaux, en principe. Mais les regards de Gaëlle et de Roxane laissaient présager le pire.

- Tu n’ouvres pas la boîte ? dis-je à Edmond avec un air innocent.

Mon vieux collègue parut soudain sombrer dans la mer des Sargasses*. Ses yeux semblaient aussi troubles que les eaux des égouts de Marseille.

- Heu, je n’ai pas faim pour l’instant ! finit-il par murmurer.

J’insistais lourdement. J’étais sûr que cette boîte contenait les petites culottes de Gaëlle et de Roxane.

Les deux filles se trémoussaient de plus en plus, partagées entre le fou-rire et l’inquiétude. Je commençais à me demander si ces deux élèves n’offraient pas plus que des gâteaux à leur professeur de mathématiques. Mon doute fut un peu tempéré par la constatation de l’état de délabrement physique et intellectuel d’Edmond Trianglo. Mais que pouvait-il faire avec elles ? A part regarder et un peu les toucher, je n’imaginais pas que sa virilité pût encore posséder la dureté et la rectitude de la règle en acier qui était posée sur son bureau.

J’insistais.

Il résistait comme il pouvait, ce qui me prouvait bien que j’avais raison. Je tentai brusquement une manœuvre d’intimidation.

- Je vais appeler le proviseur !

Et je saisis mon portable en feignant de composer le numéro du chef d’établissement. Ce n’était pas sympa de ma part, mais je crois que ma fatigue me poussait à des actes irraisonnés.

Edmond semblait aussi perdu que le petit chaperon rouge dans la forêt. Ses mains tremblaient. Il se décida enfin à défaire le nœud du ruban rouge.

Je triomphais.

J’ouvris moi-même la boîte, pressé d’en finir et je découvris, posés au fond, sur un petit napperon en papier blanc, un éclair au chocolat et un baba au rhum.

Gaëlle intervint en riant :

- Le baba c’est de ma part et l’éclair est offert par Roxane !

Franchement je me sentais minable et je quittais la salle 17 sans même m’excuser.

C’est que de 16h à 17h j’avais une seconde de trente-cinq élèves difficilement supportables, paresseux et bavards et à 19h un conseil de classe interminable qui allait m’aplatir comme une crêpe. A la fin des cours, je devais attendre deux heures dans la salle des profs avant la réunion tant redoutée.

A 17h15, je m’installais dans le fauteuil bleu pétrole situé dans le coin de la salle, bien décidé à sommeiller et à faire la « gueule » pour dissuader toute tentative de dialogue avec mes collègues tous atteints de logorrhée** pédagogique.

J’étais prêt à sombrer dans la déprime quand quelqu'un entra dans la salle des profs.

C'était Sandrine !... 

 

A suivre

 

Notes :

 

*  Mer des Sargasses : La mer des Sargasses est une zone de l’océan Atlantique nord.  Contrairement à toutes les autres mers du globe, elle n'a pas de côtes, si l'on excepte celle formée par les îles des Bermudes, proches de sa frontière ouest. Elle a une largeur de 1 100 km, et une longueur de 3 200 km environ. Elle tient son nom des algues dites sargassum qui ont la particularité d'y flotter, et de s'y accumuler en surface.

 

 

 

** Logorrhée : pathologie du langage qui conduit le malade à déverser un flot rapide et ininterrompu de paroles.

 

 


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1. gabycmb  le 24-02-2014 à 16:59:02

Bonjour Prof.
Pauvre Edmond! Mais tel est pris qui croyait prendre.
Dernière ligne droite, plus que quatre jours avant la quille!!
Bonne soirée

2. prof83  le 24-02-2014 à 22:32:25

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
Bonne semaine.

3. anaflore  le 27-02-2014 à 09:06:29  (site)

curiosité!!!bonne journée

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posté le 20-02-2014 à 08:39:57

Grasse (78).

La boîte en carton...
 
 Je soulevai donc le couvercle de la boîte en carton, posée devant moi sur le bureau d’Edmond, un fouillis digne des champs de bataille de la guerre 14-18.

Ce que je découvris alors aurait plongé dans l’extase un fétichiste convaincu de petites culottes et cette boîte aurait représenté, pour lui, la caverne d’Ali-Baba. Il y avait là un tas de strings surtout, de couleurs variées : noires, blanches, chair, dorées même. Chaque exemplaire représentait un 18 sur un devoir de mathématiques de Gaëlle ou de Roxane. Je ne sais pas pourquoi, mais ma main plongea dans cet amoncellement de tissus multicolores, histoire de connaître leur nature: lycra ? coton ? soie ?...Malgré moi, un frisson malsain parcouru mon échine, que je réprimais bien vite ; c’était une question de moralité qui ne devait souffrir d’aucune dérive. Aussitôt je retirai ma main comme mordue par un piranha de la pire espèce. Edmond sembla se réveiller d’une léthargie de pré-sénilité acquise au cours des longues années passées à enseigner dans des conditions pires que celles des rues de Kaboul à la nuit tombée et se méprit sur mon geste. Les Talibans ont des kalachnikovs et les élèves, des armes encore plus destructrices : des Smartphones !

- Oh, ne t’inquiète pas ! Tous ces strings sont propres !

Il me tutoyait de nouveau.

Une panique rétroactive fit vibrer les racines de ma moelle épinière, quand je pensai à la vie de débauche, avec toutes les maladies qui vont avec, que devaient mener Gaëlle et Roxane depuis bien des années…

Je respirais un bon coup pour enrichir en oxygène mon cerveau qui détestait être en apnée. Edmond était déjà ailleurs ou nulle part, projeté dans un monde de fantômes  gélatineux qui le harcelaient. Sa mémoire, par à-coups, remontait à la surface :

- Mais si vous voulez, j’ai une autre boîte qui contient des petites culottes sales !

On atteignait là le paroxysme du scabreux !

Edmond Trianglo, le prof de maths qui portait si bien son nom, se rendait-il compte du marché qu’il me proposait ?

- Non, ça ne m’intéresse pas ! répondis-je sèchement.

En regardant la tête de mon vieux collègue, je me dis que je ne pouvais pas lui infliger ça, avertir le proviseur. J’allais donc abandonner la partie, laisser faire, continuer ainsi jusqu’à la fin de l’année scolaire. De toute façon, dans l’éducation nationale il y avait des mystères jamais éclaircis et un peu plus, un peu moins, cela n’allait pas changer la face du monde.

Je m'apprêtais donc à quitter la salle 17, quand deux coups discrets furent frappés à la porte. Edmond, naturellement, n’entendit rien.

Gaëlle et Roxane entrèrent sans se gêner. Elles parurent un peu surprises en me voyant, sans plus. Elles dirent en chœur :

- On vient pour le cours particulier de mathématiques !

Et en jetant ses yeux dans les miens, Gaëlle ajouta :

- Mais ce serait sympa d’avoir aussi une aide en physique !

Je commençais à avoir des bouffées de chaleur devant l’audace de ces deux filles. Je ne réagis pas quand je vis nos deux élèves aller faire la bise à leur vieux prof de math.

Roxane s’avança vers Edmond en lui tendant une boîte de gâteaux entourée par un ruban rouge :

- C’est pour vous remercier de votre gentillesse, Monsieur Trianglo, comme d’habitude, ce sont vos friandises préférées avec le parfum que vous adorez !...

Et Edmond devint tout rouge.

Et moi je me demandais si cette boîte contenait vraiment des gâteaux…

 

A suivre

 

 


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1. anaflore  le 20-02-2014 à 09:05:43  (site)

le mystère est levé ......à suivre bon jeudi

2. gabycmb  le 20-02-2014 à 13:01:43

Bonjour Prof.
Il s'en passe de belle dans l’éducation nationale!
Bonne journée.

3. prof83  le 20-02-2014 à 14:20:35

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Oui, il y a des mystères dans l'éducation nationale!
Bonne journée.

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posté le 16-02-2014 à 08:13:21

Grasse (77).

 

  

Edmond Trianglo, 69 ans (ou plus), professeur de mathématiques.

  

Edmond me regardait, mais pas franchement. Il avait l’attitude apeurée de celui qui allait mal finir. Dans peu de temps certainement. Je n’étais pas sûr qu’il me reconnût. Le bureau, derrière lequel il était assis, avait l’aspect d’un champ de bataille qui me mettait mal à l’aise.

- Tu vends de la philo, c’est ça ? murmura-t-il.

Il avait oublié que j’étais prof de physique. Je le lui dis. Oui je vendais de la physique au poids, j’en vendais des tonnes, des mètres cubes, des kilomètres à des élèves qui n’assimilaient rien, préoccupés par des activités plus que douteuses qui détruisaient leur cerveau.

Franchement j’avais envie de fuir, comme ça, tout abandonner, cesser de lutter. Mon cerveau devenait de la bouillie « premier âge », à la citrouille parfumée à la citronnelle. Mais il fallait que je lui demandasse, à ce prof-vintage, égaré dans l’espace-temps, des précisions sur Gaëlle et Roxane. J’essayais d’articuler le mieux possible pour que mon message ne fût pas brouillé par sa surdité plus qu’avancée.

- Dis-moi, que penses-tu de Gaëlle et de Roxane, de terminale S ?

- Gaëlle et Roxane ? Gaëlle et Roxane ?

Il psalmodiait des noms, certainement inconnus de lui ou plutôt oubliés.

- J’ai remarqué qu’elles avaient toujours 18 en mathématiques.

- Peut-être oui, ne se mouilla-t-il pas.

- Peux-tu vérifier sur ton carnet de notes, s’il te plait ?

Edmond Trianglo pataugeait encore dans des carnets de notes que les librairies et les papeteries ne vendaient plus, vu que c’était démodé et qu’en plus elles avaient toutes fait faillite.

Il chercha dans ses affaires, le pauvre, et par un miracle incompréhensible il le trouva. C’était une sorte de cahier rouge à la mine chiffonnée. La couverture cartonnée était ridée et tachée comme son visage. Ses doigts déformés par de l’arthrose, gonflés et tordus comme ceux d’une sorcière, avaient du mal à faire défiler les pages.

- Oui vous avez raison, s’étonna-t-il.

Ciel, il ne me tutoyait plus ! Ma visite avait dû lui faire perdre quelques milliers de neurones. Et les souvenirs qui vont avec.

Bon il fallait bien que je menasse cette affaire jusqu’au bout :

- C’est bizarre, avec moi elles ont toujours zéro. Elles sont nulles en physique et je me demande bien comment elles se retrouvent en terminale S.

Il parut gêné, Edmond. Secoué par mon attaque peu amicale, quelques DEL peu lumineuses avaient dû s’allumer dans son cerveau. Il trouva une parade de pacotille :

- Je leur donne des cours particuliers !

- Ne serait-ce pas plutôt elles qui vous donnent quelque chose ? Ou plutôt qu’elles vous vendent ?

Je soupçonnais tout simplement, qu’en échange de leurs strings, Edmond mettait 18 à tous leurs contrôles. Il lança un « heu » qui ressemblait à un hennissement prolongé d’un vieux cheval mené à l’abattoir.

Je craignis brusquement qu’il me fît là, brutalement, un infarctus pédagogique. Et ce sont les pires ! Il se leva sans rien dire et se dirigea vers une armoire métallique grise, cabossée et rouillée aux entournures. Il revint avec une boîte en carton qu’il posa devant moi.

- Tenez, je vous donne tout si vous n’avertissez pas le proviseur !

Quel marché me proposait donc Edmond Trianglo, le professeur de mathématiques ?

Un peu curieux, quand-même, je soulevai le couvercle en carton et je découvris…

 

A suivre

 

 


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1. gabycmb  le 16-02-2014 à 09:26:41

Bonjour Prof.
Je me suis absenté une semaine, j'ai mis ma lecture à jour.
Je ne connaissais pas l'infarctus pédagogique.
Bonne semaine, les vacances sont proches!

2. anaflore  le 16-02-2014 à 09:48:02  (site)

heu ce n'est pas ma gaelle!!!!!bon dimanche

3. prof83  le 16-02-2014 à 14:57:10

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Les vacances seront les bienvenues.
Bonne soirée.

4. anaflore  le 17-02-2014 à 08:52:03  (site)

bon il y a quoi sous le couvercle???bon lundi nous toujours noyé...

5. concreteblockmachine  le 19-02-2014 à 11:08:35  (site)

Bonjour Prof.et bonne journee

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posté le 11-02-2014 à 07:10:48

Grasse (76).

 Françoise Jétoulu, la documentaliste...

 

 

Avec tous les trous qu’il avait, mon emploi-du-temps semblait avoir été criblé de balles. Justement ce jour-là, je n’avais pas  cours de quinze heures à seize heures, j’en profitais pour aller rendre visite à Françoise Jétoulu, histoire de lui rapporter son string et de trouver une oreille compatissante pour écouter tous mes petits soucis. Le hic, c’était que Françoise n’avait pas la « fibre maternelle » et aller pleurer dans son giron, c’était se comporter à ses yeux comme une limace dépourvue de virilité. Le CDI était désert comme d’habitude ! Les livres-papier n’avaient plus la cote en ce début de XXIème siècle. Elle  me vit de loin et vint vers moi, souriante, peu coutumière du fait et les bras chargés de livres et de classeurs.

- J’ai pensé à toi, me dit-elle, en me tendant une abondante documentation sur Bamako.

- Et moi à toi, lui-répondis-je, en lui rendant son string noir.

Elle sourit. Je me méfiais d’elle. Elle avait le regard d’une louve affamée…Elle dégoulinait d’hormones. Je me suis dit que j’avais intérêt à rompre le contact, quand elle me saisit l’avant-bras en me murmurant :

- Tu veux qu’on aille faire un tour du côté de la photocopieuse ?

L’invitation était claire et moi je n’avais pas trop envie de remuer mes neurones, ni de faire croître mon organe érectile au toucher… Comment refuser sans la fâcher ?

- J’ai du travail et j’ai cours à seize heures !

Son sourire se figea sur son visage qui parut battu par les flots impétueux d’une tempête bretonne. Je savais qu’elle allait devenir méchante.

- De toute façon, toi en cinq minutes c’est fini !

Avait-elle chronométré la durée de notre dernier assaut amoureux ? Elle me lança sa dose de venin habituelle :

- Allez dégage et ne viens plus me relancer !

Je ne me fis pas prier pour quitter le CDI. Françoise devenait fatigante à la longue.

C’est vrai que je devais mener une petite enquête au sujet de Gaëlle et de Roxane, mes deux élèves qui avaient essayé de me vendre leurs strings ou de les échanger contre un 18 aux contrôles de physique. J’allais en salle 17 où j’étais sûr de trouver Edmond, un prof de math qui enseignait dans la même terminale que moi.

Edmond campait pratiquement dans le lycée et sa salle était devenue presque son pied-à-terre pédagogique. Je frappais à la porte et j’entrais dans la classe. Pas d’élèves, bien sûr, car Edmond s’était débrouillé pour n’avoir cours que le matin. Comment avait-il fait ? Mystère ! Il était assis à son bureau, occupé à une activité harassante, angoissante, « chiante » : la correction des copies. Il avait les cheveux blancs, Edmond, il n’était pas tout jeune, je lui donnais bien dans les soixante-neuf ans. Il ne m’entendit pas entrer, car il était presque sourd : les bavardages et les cris des élèves sont comme des coups de canon, ça abîme les tympans. Il leva la tête, choqué par une nouvelle formule mathématique découverte sur la copie d’un cancre et il me vit !

- Tiens bonjour toi !

Il avait oublié mon prénom.

Me reconnaissait-il au moins ? Les profs en vieillissant longuement dans les établissements scolaires, victimes du stress et de l’usure psychique, avaient tendance à perdre la mémoire et même à « choper »  la maladie d’Alzheimer.

J’avais intérêt à être clair et concis.

- Je viens au sujet de Gaëlle et de Roxane…

- Qui ?

J’avais prévu le coup et j’avais apporté le trombinoscope photographique de la terminale S que nous avions en commun. Du doigt, je lui désignais les deux vendeuses de strings.

La vue d’Edmond avait connu des jours meilleurs. Il voyait aussi bien qu’il entendait, ce qui faisait de lui  un primo-handicapé : presque sourd et aveugle, le pauvre !

- Jolies cuisses ! finit-il par dire.

Bon, il les avait reconnues…



A suivre


 


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posté le 06-02-2014 à 09:01:35

Grasse (75).

 
 

Debout devant moi Gaëlle et Roxane attendaient ma réponse.

Je ne savais pas quoi dire et je me méfiais de l’attitude des élèves de cette génération. Ils avaient peu à peu rogné la distance entre eux et les profs et notre statut ne possédait plus l’aura* d’antan.

- Quoi ? répondis-je vaguement en les regardant dans les yeux.

Gaëlle, jolie blonde, je dois l’avouer, parla la première :

- Monsieur, on a remarqué que vous aimiez beaucoup les strings !

Et voilà, elles avaient tout vu, les coquines et je m’attendais au pire avec ces deux délurées. Il fut un temps où une bonne « engueulade » et une menace de sanction auraient annihilé toute velléité de copinage avec un prof, mais l’époque avait changé et il fallait jouer finement maintenant pour éviter tout débordement. Je me trouvais presque dans l’obligation de me justifier.

- C’était juste pour essuyer mon front. Il fait si chaud dans cette salle !

La réplique de Roxane, la rousse, fut immédiate :

- Avec un string ?

J’avais envie de la gifler cette pimbêche qui redoublait sa terminale et qui avait zéro à tous ses contrôles de physique.

Françoise Jétoulu, la documentaliste, avait absorbé toute mon énergie et je me sentais aussi faible qu’un têtard anorexique.

- Mais vous voulez quoi au juste ? commençais-je à m’emporter, pour ensuite modérer ma colère naissante.

Gaëlle, avec un aplomb insolent me répondit :

- On peut vous donner nos strings si vous voulez !

Roxane lui coupa presque la parole pour préciser :

- Ou plutôt vous les vendre !

Dans quel guêpier m’étais-je fourré ? J’avais bien remarqué qu’elles portaient des strings lorsque je circulais dans les rangs pour surveiller  les contrôles. Des strings qui apparaissaient au bas de leur dos en débordant de leurs jeans taille basse. Elles avaient peut-être remarqué mes regards innocents qui s’égaraient parfois sur le haut de leurs fesses. C’étaient déjà des femmes à dix-huit et dix-neuf ans.

- Me les vendre ? Je réagis comme je pouvais, au bord de l’épuisement.

- Oui quinze euros pièce gloussa Gaëlle.

Et Roxane ajouta :

- Mais c’est plus cher si vous désirez des strings portés plusieurs jours !

C’était du délire ! Existait-il donc un commerce de culottes dans ce lycée ? Mes collègues mâles était-ils au courant de cet odieux trafic ?

Mon mutisme leur fit croire que j’hésitais à accepter, alors que mon cerveau commençait  à se ramollir presque comme celui de Monsieur Ladérovitch, mon malheureux voisin atteint de la maladie d’Alzheimer.

C’est alors que Gaëlle me relança :

- On sait que les professeurs n’ont pas un gros salaire, alors on pourrait s’arranger…

En fait je me souvenais d’une information que j’avais lue il y a quelque temps et qui affirmait que certaines lycéennes japonaises, surtout à Tokyo, vendaient leurs culottes à de vieux messieurs friands des arômes juvéniles.

Et moi je n’étais friand que de Lola !

Roxane, pour la première fois, parut gênée, quand, à son tour, elle prit la parole.

- En fait, vous pourriez remplacer les quinze euros par…

Elle cessa de parler en jetant un regard presque désespéré à sa copine, qui, aussitôt, prit le relai.

- Voilà, pour chaque string que l’on vous offre, vous nous mettez un 18 aux différents contrôles.

Je leur répondis tout simplement :

- Non !

Les deux donzelles se figèrent comme des statues de sel et elles sortirent de concert leur smartphone en me disant :

- Désolées, alors on va être obligées de twitter sur vous…

Et elles sortirent de la salle en se déhanchant de manière à me montrer, encore plus, le haut de leur string qui dépassait de leur jean taille basse…

Moi je commençais à ressentir une certaine angoisse, comme celle d’une écrevisse prisonnière d’une nasse**…

 

A suivre

 

 

Notes :

 

* Aura : rayonnement qui semble émaner d'une personne ou d'une chose.

** Nasse : panier de pêche dont l'entrée très resserrée piège le poisson ou les crustacés.

 
 

 

 

 

 


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1. gabycmb  le 06-02-2014 à 11:45:50

Bonjour Prof
Ça sent l'arnaque! Les élèves aujourd'hui savent vous manipulez
Bonne journée.

2. prof83  le 06-02-2014 à 14:34:18

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Oui c'est un métier difficile.
Bonne soirée.

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posté le 01-02-2014 à 09:05:29

Grasse (74).

 
Gaëlle et Roxane.
 

Inutile de décrire, je crois, ce qu’il se passa dans la salle de reprographie. Disons, que pendant trente minutes j’ai eu à faire à une espèce de nymphomane déchaînée avec beaucoup de vigueur et d’imagination. Quand je sortis de ce petit lieu de « débauche » pour aller dans le CDI, j’aperçus Jeanne, la prof d’anglais, qui corrigeait encore des copies. Françoise Jétoulu avait tari mes précieuses réserves de carburant bio en usant et en abusant de ses avantages buccaux et vaginaux qui semblaient mener une vie totalement indépendante d’elle. Moi, j’avais les jambes qui flageolaient et les neurones saturés de décharges d’influx nerveux qui me mettaient au bord du court-circuit cérébral. Je n’avais même pas cherché de documentation sur le Mali et donc je savais bien que je devrai retourner un de ces jours au CDI.

J’avais cours à quatorze heures avec une terminale plutôt tranquille, qui, à ce moment de la journée, digérait le repas de la cantine, se reposait des galipettes perpétrées dans les coins peu fréquentés du lycée et tentait d’assimiler les composés toxiques des différents produits illicites consommés à l’ombre des toilettes des filles et des garçons. C’était le train-train quotidien qui ne dérangeait plus personne.

Les élèves, pseudos-zombies, s’assirent en silence, comme bâillonnés par une bande-Velpeau chimique. Ils ne protestèrent pas lorsque je leur dis qu’on allait faire une série d’exercices de physique pour les préparer au Baccalauréat. Ils allaient ainsi pouvoir dormir tranquillement et moi aussi.

Dans la rangée centrale, au premier rang, juste en face de mon bureau, étaient assises Gaëlle et Roxane, deux filles multi- redoublantes, déjà majeures et vaccinées. Vêtues de jupes assez courtes, elles me montraient parfois leurs cuisses, volontairement ou pas, je l’ignore. En tout cas, je dois l’avouer, il arrivait que mon regard se posât sur leurs jambes, sans état d’âme puisqu’elles avaient plus de dix-huit ans.

Il faisait chaud dans la salle, pas loin de vingt-trois degrés Celsius affichés par mon thermomètre électronique qui était posé sur ma table. La fatigue et l’atmosphère confinée de la classe me firent transpirer : quelques gouttes de sueur s’épanouirent sur mon front presque brûlant. Avais-je de la fièvre ? Instinctivement ma main plongea dans la poche de mon pantalon à la recherche d’un mouchoir. Ouf j’en trouvais un, avec lequel je tamponnais mon visage pour faire disparaître toute trace de transpiration. C’est à ce moment-là que Gaëlle et Roxane éclatèrent de rire. Je venais d’essuyer ma peau avec un string noir plutôt négligé. C’était le string de la documentaliste, qu’elle avait dû glisser dans ma poche au cours de nos ébats amoureux. J’étais plus que gêné !

Heureusement la sonnerie de fin de cours retentit et les élèves commencèrent à ranger leurs affaires. A part les deux filles du premier rang, personne n’avait rien remarqué. La salle se vida très vite, ou presque, car en relevant la tête, je vis, debout devant moi, avec un air égrillard, Gaëlle et Roxane qui me dirent en chœur :

- Monsieur, on a une proposition à vous faire !...


A suivre


 


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1. gabycmb  le 01-02-2014 à 13:35:01

Bonjour Prof.
Houlà! Ça se corse !!
La pluie sur le Languedoc, nous y avons droit, tous les samedis depuis trois semaines.
Bonne après midi.

2. prof83  le 01-02-2014 à 14:18:40

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Ici le temps est variable. En ce moment il fait assez beau.
Bonne soirée.

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posté le 27-01-2014 à 07:10:54

grasse (73).

 

 

Finalement, grâce à Monsieur Ladérovitch, je pouvais supposer que Lola se trouvait probablement à Bamako, la capitale du Mali et, fait troublant, que l’instigateur de son rapt, par le gang des parfumeurs grassois, était tout simplement Monsieur Gédebras, ancien chimiste qui avait perdu un bras lors de l’explosion, il y a quelques années, survenue dans son labo de synthèse des parfums à Grasse. De plus la plaque vissée sous la selle de son vélo de course :

 

 

 

 

 

représentait la carte du Mali et le sigle U.C.B pouvait signifier tout simplement « Union Cycliste de Bamako ».

Au cours de l’enlèvement nocturne de Lola, Monsieur Ladérovitch, témoin involontaire de ce délit avait dû entendre une phrase du genre :

- Lola, sale pute, on va t’envoyer tapiner dans un bordel de Bamako !

Peu à peu le puzzle prenait forme.

Lola se trouvait en Afrique et devait certainement vivre un enfer !

Mon moral fit un saut dans un gouffre sans fond et je me dis que j’avais perdu définitivement ma « chérie ».

La nuit qui suivit, blanche et noire en même temps, fut une sorte de combat, perdu d’avance, contre l’insomnie qui ramollissait mon cerveau en dissolvant le peu de neurones qui me restaient.

Le matin, j’avais récupéré un peu de ma « substantifique moelle » et je pensais que je devais tenter quelque chose pour venir en aide à la pauvre Lola.

Pour moi, le Mali était un pays lointain et parfaitement inconnu et, au lycée, vers treize heures dix, j’allais demander de l’aide à Françoise Jétoulu, la documentaliste. Je la trouvais au CDI en train de ranger quelques livres sur une étagère.

Elle m’ignora complètement la salope !

Depuis notre « contact » raté du mois précédent, elle était fâchée contre moi et me traitait d’impuissant, d’ectoplasme gélatineux et de multiples autres mots aussi doux que le fiel frelaté d’un démon sénile.  

Dans le fond du CDI, près de la fenêtre, Jeanne, la prof d’anglais aux yeux globuleux, corrigeait des copies. Elle jeta vers moi un demi-regard qui se voulait indifférent, mais qui dégoulinait de curiosité plutôt malsaine. Je voulais demander à Françoise Jétoulu de la documentation sur le Mali. Elle ne me regarda pas et me dit :

- Débrouille-toi tout seul ! Je ne suis pas ta bonniche !

La fine oreille de Jeanne capta cette réplique cinglante et sur son visage s’imprima un sourire tout britannique. J’étais bien entouré dans ce lieu rempli de livres et où deux femelles me voulaient du mal ou peut-être trop de bien, allez savoir.

J’errais un petit instant parmi les rayonnages bourrés de livres qui me donnaient la nausée. Françoise, l’air de rien, louchait sur moi, savourant sa vengeance de femme rejetée.

Moi, j’eus une pensée comme ça, qu’il était moins dangereux d’affronter un dragon de l’île de Komodo* que deux dames jalouses, revendicatrices, nymphomanes et capables de tout lorsqu’on abordait avec elles les rivages escarpés de la sentimentalité sexuelle.

J’avais envie de partir et d’aller parler avec le prof d’EPS, un homme lui, aux idées aussi linéaires que la fonction mathématique du même nom. Mais allais-je me décourager si facilement et abandonner, dès les premiers obstacles, la longue épreuve de la recherche de Lola ?

J’allai dans la petite salle de reprographie avec une petite idée presque machiavélique dans la tête. Un lieu sans fenêtre, éclairé par Léon, le néon, ou plutôt son remplaçant, car Léon avait péri un après-midi, lorsque Françoise s’était assise sur une petite table pour me demander de contempler tous ses trésors intimes et à l’occasion de les câliner avec ma langue.

Caroline, la machine-photocopieuse sembla me regarder, inquiète. La pauvre, elle avait un certain âge et les émotions fortes pouvaient la tuer. Je soulevais son couvercle et je passais ma main droite sur la vitre épaisse, comme pour la rassurer.

Mais qu’allais-je photocopier ? Je me traitais d’IDIOT car je n’avais rien prévu. Finalement, un peu inquiet quand même, je plaçais ma carte d’identité au centre de la vitre, je mis deux cents feuilles blanches et vierges dans le bac prévu à cet effet et, idée géniale, je dévissais la petite pièce métallique dans le bac de réception des photocopies, qui servait à retenir les feuilles imprimées. Et je programmai cent-cinquante exemplaires. Le sort en était jeté : j’appuyai sur le bouton de départ. La première copie tomba par terre et la deuxième aussi ainsi que les cent-quarante-huitièmes suivantes. Le sol de la petite salle était recouvert de feuilles.

J’allais demander de l’aide à Françoise Jéloulu qui me traita de débile et qui ferma la porte de communication avec le CDI. Elle s’assit par terre, sur les feuilles en retroussant sa jupe et elle me dit :

- Maintenant, il faudra que tu m’obéisses pour réparer ta « connerie » !

Et j’ai dû réparer !...

 

A suivre

 

Notes :

 

 

 

 


* Le Dragon de Komodo est une espèce de varans qui se rencontre dans les îles de Komodo, Rinca, Florès, Gili Motang et Gili Dasami en Indonésie centrale. Membre de la famille des varanidés, c'est la plus grande espèce vivante de lézard, avec une longueur moyenne de 2 à 3 mètres et une masse d'environ 70 kg. Sa taille inhabituelle est attribuée au gigantisme insulaire car il n'existe pas, dans son habitat naturel, d'autres animaux carnivores pouvant occuper ou partager sa niche écologique, et aussi à ses faibles besoins en énergie. En raison de leur taille, ces varans, avec l'aide de bactéries symbiotiques, dominent les écosystèmes dans lesquels ils vivent. Bien que les Dragons de Komodo mangent surtout des charognes, ils se nourrissent aussi de proies qu'ils chassent, invertébrés, oiseaux ou mammifères.

 

 


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1. anaflore  le 27-01-2014 à 08:54:10  (site)

bon iras tu à bamako ? moi pour l'instant j'attends mon
passeport mais pas vraiment besoin car avec mes microbes déjà bien si j'arrive à sortir de mon antre et surtout de mon lit!!!bonne semaine

2. gabycmb  le 27-01-2014 à 15:35:15

Bonjour Prof.
Il faut être un bon bricoleur dans la vie, si on veut s'en sortir!
Bonne soirée

3. prof83  le 27-01-2014 à 22:09:02

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
Bonne soirée.

4. iso 22000  le 08-02-2014 à 12:43:38  (site)

profiter la vie vous avez une seul occasion

5. IFs  le 08-02-2014 à 12:50:24  (site)

prof meci pour cet intervention

6. prof83  le 09-02-2014 à 08:49:22

A iso 22000 et IFs
Merci pour les coms.

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posté le 22-01-2014 à 08:46:55

Grasse (72).

 
Une anagramme... 
 

Bokama ! Mais que signifiait ce mot dans la bouche de Monsieur Ladérovitch ?

Un instant lucide, mon voisin retomba bien vite dans le néant, certainement une lointaine planète habitée par des monstres. Il se recroquevilla ensuite comme un fœtus apeuré pour offrir le moins d’accès possible à tous ses ennemis qui lui voulaient bien du mal.

Je désertai ce local aux deux roues déjà préoccupé par ce mot mystérieux qui ne voulait peut-être rien dire. J’emportais cette énigme chez moi pour essayer de la résoudre le plus rapidement possible.

Et si Monsieur Ladérovitch, qui mélangeait déjà les mots dans son cerveau périmé, mélangeait aussi les lettres comme dans une anagramme ? N’avait-il pas déjà remplacé « Lola » par « Allo » et ensuite « Allo » par « téléphone » ?

Voyons voir, jouons à ce petit jeu alphabétique !

En partant de « Bokama » et en permutant les lettres de ce mot j’obtenais :

- Makabo,

- Obamak,

- Kamabo,

- Mobaka,

- Bomaka,

- Komaba,

Tous ces mots n’avaient aucune signification!

Peu à peu j’avais l’impression que mon cerveau se diluait dans mon crâne, criait « au secours ! », perdait des neurones…

Minuit déjà et je ne dormais point ! Mais pourquoi a-t-il fallu que je tombasse amoureux de cette pute qui se fichait littéralement de moi ? Pourquoi ne pas me laisser faire par Jeanne, la demi-vierge, la prof d’anglais aux yeux globuleux qui me poursuivait de ses assiduités amoureuses dans les longs couloirs du lycée et dans la salle des professeurs ?

« 1 :23 » c’était l’heure projetée sur le plafond, en chiffres lumineux rouges, par mon radioréveil silencieux comme un muet de naissance.

« Alain, tu es nul en anagrammes ! » pensait mon cerveau presque vide, à demi submergé par les brumes du sommeil cotonneux.

Le lendemain, j’avais cours à huit heures, c’est à dire que je devais me lever à cinq heures du matin, une vraie torture ! Et en plus je commençais par la 1èreS1, une classe d’antipathiques, paresseux comme des unaus* dépressifs. Décemment je ne pouvais pas leur imposer encore un contrôle surprise !

« 1 :37 » après un « Oambka » cauchemardesque, en sueurs sous mes cinq couvertures en laine, je trouvais enfin le MOT :

- Bamako !

La capitale du Mali !

« 1 :39 » j’allais dans la cuisine boire un verre d’  « Evian », la bouche aussi sèche que les chaussettes de qui vous savez…

J’en profitais pour aller faire un tour aux toilettes, histoire de passer une fin de nuit tranquille…

Mais pourquoi Bamako ?...

 

A suivre

 

Notes :

 

* Unau :

Mammifère édenté des forêts d'Amérique tropicale, encore appelé paresseux à deux doigts. (L'unau se déplace avec lenteur dans les branches, tête en bas, accroché par les fortes griffes de ses membres).

 
 


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1. gabycmb  le 22-01-2014 à 12:02:58

Bonjour Prof.
La recherche continue, Bamako celle aussi il fallait la trouver.
Bonne journée

2. prof83  le 22-01-2014 à 15:10:31

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Bamako c'est si loin...
Bonne soirée.

3. anaflore  le 22-01-2014 à 17:20:46  (site)

bamako pas trop loin!!j'ai failli y habiter !!il y a trés longtemps ....bonne semaine

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posté le 17-01-2014 à 07:17:33

Grasse (71).

Deux manières de perdre la tête...
 

 

Quand mon regard effleura le portrait de Lavoisier punaisé sur le mur au-dessus de l’évier, j’eus donc comme un éclair de clairvoyance, comme si, ce malheureux chimiste, depuis l’au-delà, m’avait envoyé un code secret qui allait me permettre de comprendre pourquoi Monsieur Ladérovitch, l’homme sans mémoire, avait prononcé le mot « téléphone » en regardant la photo de Lola.

Pourquoi cette aide venue du lointain passé ?

Lavoisier fut guillotiné lors de la Terreur à Paris le 8 mai 1794, à l'âge de cinquante ans, considéré comme traître par les révolutionnaires.

Alors quel lien unissait ce célèbre chimiste à Monsieur Ladérovitch ? Hé bien, on peut dire que tous les deux avaient perdu la tête, l’un par la guillotine et l’autre à cause de la maladie d’Alzheimer.

Quand on décroche son téléphone, on commence par dire « allo » et il se trouve que « allo » n’est autre que l’anagramme* de « Lola ». Ce qui semble signifier qu’en disant « téléphone », Monsieur Ladérovitch « pensait » en fait à Lola. Drôle de détour pour exprimer sa pseudo-pensée ! Ce qui était encourageant, c’était qu’il y avait peut-être un moyen de communiquer avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Mon malheureux voisin avait assisté au rapt de Lola par le gang des « parfumeurs grassois » et il avait certainement entendu quelques phrases prononcées par les ravisseurs.

Tout cela allait m’obliger à « embêter » encore Monsieur Ladérovitch, encore fallait-il que je le rencontrasse. Il errait souvent dans l’immeuble, dans les couloirs, dans les coursives et même au sous-sol près des nombreuses caves parfois mal fermées. Il y avait aussi les locaux à poubelles et aux deux roues qu’il appréciait tout particulièrement.

Il fallait aussi que j’évitasse le plus possible Monsieur Gédebras qui aimait se promener dans tout l’immeuble avec sa mine de défroqué sadique. Madame Coqualo, elle, fréquentait assidûment le local à poubelles en vue de satisfaire ses pulsions labiales et son goût immodéré pour cette liqueur tiède, blanche et sirupeuse que l’on pourrait qualifier de cent pour cent bio, issue de l’appendice dressé d’un mâle en extase…

Quant à moi, je cherchais une occasion favorable pour rencontrer Monsieur Ladérovitch, le fantôme de l’immeuble. Je savais bien qu’il aimait se réfugier (par hasard) dans le local à vélos où il semblait trouver un semblant de sécurité. C’est comme cela, qu’un après-midi, vers 16h10, après avoir affronté les multiples dangers du lycée, je décidai d’aller faire un tour dans la petite pièce du rez-de-chaussée pleine d’objets hétéroclites allant des vélos  aux landaus en passant par des bidons métalliques parallélépipédiques rouillés et pleins de substances odorantes et plutôt inquiétantes. C’est là que je retrouvais mon voisin à la mémoire effacée, sommeillant, assis par terre contre le vélo de course de Monsieur Gédebras.

Il ne dormait que d’un œil, l’autre lui servant à détecter la présence des nombreux démons cornus aux pieds fourchus qui le poursuivaient sans cesse. Il eut l’air de me reconnaître à moitié en contractant ce qu’il lui restait de muscles qui apparaissaient sous la peau fripée de ses bras nus.

Une nouvelle fois je lui montrais la photo du visage de Lola. Rien aucune réaction ! Son état psychique s’était-il, en si peu de temps, dégradé à ce point? J’allais partir, aussi déçu qu’une abeille bannie de sa ruche, quand j’eus l’idée saugrenue de lui tendre la photo en plan large de la partouze où Lola s’adonnait, nue, à des activités plus que charnelles. Une petite LED blanchâtre et coquine s’alluma dans son œil mort et il s’esclaffa :

- bokama, bokama !

Que voulait-il dire par là ?

 

 

 

A suivre...

 

Notes :

 

*Anagramme : mot ou groupe de mots obtenus en mélangeant les lettres d'autres mots.

 

 

 

 

 


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1. gabycmb  le 18-01-2014 à 11:32:26

Bonjour Prof
Il fallait être futé pour trouver!
Bonne fin de semaine.

2. prof83  le 18-01-2014 à 13:17:23

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Ici il pleut fort avec une alerte orange.
Bon week-end.

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posté le 12-01-2014 à 09:01:28

Grasse (70).

 

Le vélo de course de Mr. Gédebras, le manchot. 

 

La rencontre avec Monsieur Ladérovitch, dans le local aux deux roues, m’avait fortement déçu. Mon malheureux voisin, à la vue de la photo de Lola, s’était contenté de me dire « téléphone ». Une réponse bien sûr inappropriée, pas étonnante de la part d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Il ne me restait plus qu’à repartir de zéro. Pourtant, par acquis de conscience, je me décidai à aller faire une dernière visite au fameux local pour m’assurer que je n’étais pas passé à côté de preuves utiles à mon enquête. Le vélo de course de Monsieur Gédebras était toujours là, probablement laissé à l’abandon par son propriétaire, manchot depuis pas mal d’années. Je soupçonnais mon voisin mutilé de faire partie du gang des parfumeurs grassois qui avait organisé l’enlèvement de Lola, ma pute chérie. Le vélo de course était banal. Les freins n’étaient certainement pas fonctionnels à la vue de leurs manettes trop molles et les boyaux des roues étaient crevés.

- Un objet du passé, murmurais-je en me dirigeant vers la sortie.

Cependant  un faisceau lumineux tombant sans se presser du néon maladif vint illuminer quelque chose située sous la selle de la bicyclette. En me penchant, malgré un lumbago qui m’agressait le bas du dos, j’aperçus sous la tige qui soutenait la selle, une plaque fixée par un collier métallique rouillé.  Pour une fois, mon portable me servit à quelque chose, juste à photographier la plaque avec une résolution de dix mégas pixels.


Voici la photo obtenue :

 

 

 Qui pourrait m’aider à comprendre ?

Apparemment, la partie verte représente la carte d’un pays, mais lequel ? Et les trois lettres « U.C.B », un sigle  qui pourrait signifier :

* Union des Corsaires Borgnes ou

* Union des Cocus Bruxellois ou

* Union des Corses de Bretagne ou

* Unis Contre Bayrou … etc.

Pendant toute la nuit qui suivit, je trouvais ainsi, pas le sommeil, mais des centaines de solutions possibles avec les trois lettres U,C,B.

Au petit matin, j’étais devenu un champion des « Chiffres et des Lettres ». Mon cerveau bouillonnait comme un potage de grand-mère oublié sur la cuisinière à bois d’une ferme provençale. Ma tête était aussi molle qu’un Reblochon* qui se pavanait au soleil et je me demandais comment j’allais pouvoir affronter :

-  les 1eres S, proches de la révolte à cause des contrôles surprises et donc inopinés,

- Jeanne, la prof d’anglais, demi-vierge par vocation, qui me faisait la « gueule » parce que je n’allais pas à ses rendez-vous,

- Françoise Jétoulu, la documentaliste, morte de rage depuis la mort du néon dans la salle de reprographie du CDI et qui me traitait d’impuissant chaque fois qu’elle me rencontrait dans les longs couloirs du lycée…

Bref, seule Lola aurait pu me remonter le moral et Lola avait disparu !

A douze heures quarante-cinq, enfermé à double tour dans mon labo de chimie, j’eus, en regardant le portrait de Lavoisier punaisé sur le mur défraîchi au-dessus de l’évier, comme une révélation : je venais de trouver la raison pour laquelle Monsieur Ladérovitch avait prononcé le mot « téléphone » en regardant la photo de Lola. Et vous ?...



A suivre 


Notes :


 * Reblochon: fromage de lait de vache fabriqué en Savoie (France), à pâte molle non cuite et à croûte de couleur rosée.

 

 

** Lavoisier: Antoine Laurent de Lavoisier, né le 26 août 1743 à Paris et guillotiné le 8 mai 1794 à Paris, est un chimiste, philosophe et économiste français. Il a énoncé la première version de la loi de conservation de la matière, démis la théorie phlogistique, baptisé l'oxygène et participé à la réforme de la nomenclature chimique. Il est souvent fait référence à Antoine Laurent de Lavoisier en tant que père de la chimie moderne.

 

 

 

 

 

 


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posté le 07-01-2014 à 07:04:28

Grasse (69).

 

 Monsieur Ladérovitch...

 

Dans le local aux deux-roues, assis sur le sol, le crâne appuyé sur une roue du vélo de course de Monsieur Gédebras, le manchot, Monsieur Ladérovitch, assommé  par des neuroleptiques, dormait en émettant un ronflement de moteur de moto bientôt en panne d’essence. Je regardais cet homme dépourvu de mémoire et je me demandais si cela valait vraiment la peine de lui montrer la photo de Lola afin d’obtenir des micros informations sur son enlèvement par le gang des parfumeurs grassois.

Il fallait que je fisse vite, car de l’autre côté de la porte j’entendais les va-et-vient des différents habitants de l’immeuble. Je posais, avec infiniment de précautions, ma main sur l’épaule du dormeur privé de rêves et de souvenirs. Je la secouais légèrement et je sentis sous mes doigts les os de son omoplate tant Monsieur Ladérovitch était maigre. Ces malades-là ne mangent pas ou presque pas, toujours occupés à fuir pour rejoindre un lieu qui n’existe pas, un lieu virtuel en somme. Et enfin mon voisin, définitivement amnésique, se réveilla. Il posa sur moi un regard flottant, trouble, baveux, un de ces regards qui ne veulent rien dire et qui ne recherche rien. Sur son visage se grava progressivement le masque de la peur ; pour lui, je devenais une épouvante, un zombie, un horla*, un diable grimaçant avec des cornes titanesques. C’était une frayeur provoquée par la vision d’un être que l’on ne connaît pas, une incongruité de l’existence.

La peur est contagieuse et il me vint comme des envies de fuir ce lieu pas très fréquentable. Seul, le désir que j’avais de retrouver Lola, me riva sur le sol en ciment du local aux deux roues où se côtoyaient deux bicyclettes, un vélomoteur suintant d’huile et d’essence et un landau défraichi, bleu ciel, qui n’avait vraiment pas sa place ici. Quelques bidons métalliques, faméliques et rouillés, vaguement parallélépipédiques, cachaient, dans leur ventre ridé, des liquides inquiétants. Il planait dans ce lieu humide et peu clair une odeur, résultat d’un mélange d’effluves peu académiques. C’était gris, c’était sale, fortement métallisé et cette pièce, qui ne contenait que des objets inanimés, rassurait Monsieur Ladérovitch, qui trouvait là une paix imprévue de l’esprit. Je compris qu’il ne fallait pas lui parler, que je devais rester muet comme toutes ces choses qui l’entouraient.

Avec un mouvement lent comme l’aiguille horaire d’une horloge, je tendis à mon malheureux voisin, la photo de Lola. Son regard effleura comme une caresse la surface du papier et une ride, une seule, disparut de son visage. Son rictus épouvanté s’était atténué d’un infime degré et il murmura un mot, unique et mesuré :

- Téléphone !

Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ne reconnaissent plus les objets, confondent leurs formes et leurs fonctions et un peu dépité, je décidais d’abandonner mon projet fou. Je ne comprenais pas pourquoi Monsieur Ladérovitch avait fait une confusion entre la photo et un téléphone. Devais-je ramener chez lui cet homme sans passé ? Non, je décidais de le laisser ici, presque heureux dans un monde dépourvu de sa femme et de ses neuroleptiques…

 

A suivre

 

Notes :

 

* « Le Horla », de Guy de Maupassant, se présente comme le journal d’un homme, persécuté par une présence invisible, supérieure, maléfique, qui s’apparente à un alter ego ou un double, et le fait sombrer dans la folie, au terme de laquelle l’homme persécuté trouve la délivrance dans le suicide.

 

 


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1. gabycmb  le 12-01-2014 à 09:21:45

Bonjour Prof
Passionnant! pauvre monsieur Ladérovitch.
Bonne journée

2. gabycmb  le 12-01-2014 à 09:25:23

Pourquoi? J'ai beau relire le chapitre et le précédant, je ne vois pas !
Bonne semaine.

3. prof83  le 12-01-2014 à 18:29:50  (site)

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour les coms.
Bientôt la suite !
Bonne soirée et bonne semaine.

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posté le 02-01-2014 à 08:59:52

Grasse (68).

****

La mort de Léon le néon avait plongé la petite salle de reprographie dans une obscurité bienvenue. Dans ces conditions ma bouche ne pouvait plus aller explorer, en aveugle, des endroits peut-être pas trop sûrs…

- Ne bouge pas, me dit Françoise Jétoulu, j’en ai un de rechange, il est dans l’armoire derrière toi. Quand tu l’auras remplacé, tu pourras commencer tes explorations labiales.

Les mains de la documentaliste étaient expertes, j’en savais quelque chose, en deux minutes elle trouva le néon neuf qu’elle me fourra dans la main en me disant :

- Grimpe sur l’escabeau !

Pour moi, brancher un néon dans un endroit autant obscur était aussi dangereux que de se promener à deux heures du matin dans les rues de Bangui(1).

- Alors ça y est ? s’impatienta Françoise.

Moi j’avais soudain l’impression de mettre mes mains dans un réacteur radioactif de l’ex centrale de Fukushima(2).

- Je n’y arrive pas ! dis-je, avec la mauvaise volonté d’un élève paresseux multi-redoublant.

La documentaliste s’énerva en me traitant de « nase », de « nul » et d’ « impuissant » (sa chanterelle ne m’avait pourtant pas encore «essayé »). Sa voix avait l’intonation des cris d’une hyène en chaleur.

J’en avais assez de son attitude peu féminine, revendicatrice et castratrice et je lui dis alors :

- Tu me casses les noix !

Moi aussi, je pouvais être (à contre cœur) vulgaire.

Et je quittais le CDI avec, dans ma poche, la photo du visage de Lola que je comptais montrer, dans les plus brefs délais, à Monsieur Ladérovitch qui naviguait sur une mer de souvenirs incohérents, la mer Alzheimer.

Mais comment contacter mon voisin d’immeuble à la mémoire si volatile ?  Aller tout simplement chez lui ou attendre une rencontre très improbable dans le hall de mon immeuble ?

Dans son appartement, il y avait un cerbère,  sa femme, qui le bourrait de neuroleptiques pour essayer de calmer son envie pathologique de fuite, car Monsieur Ladérovitch, dans sa folie, ne reconnaissait pas les lieux où il avait vécu et un réflexe mémoriel l’amenait à croire que sa maison se trouvait toujours ailleurs.

La nuit qui suivit fut semblable à toutes les autres, grise comme le ciel du Nord et agitée comme une personne victime de la danse de Saint-Guy(3).

Le lendemain matin, à 7h30, j’évitais de justesse toute la bande de parasites qui hantait l’immeuble : le couple Coqualo, Monsieur Gédebras le manchot et Mademoiselle Belœil qui revenait de la promenade-pipi de son chien, un petit Cocker qui me prenait pour une femelle. J’avoue que pour échapper à cette situation, je m’étais réfugié dans le local à vélos où je tombais sur Monsieur Ladérovitch qui dormait, la bouche ouverte et la tête appuyée sur la roue avant du vélo de course de Monsieur Gédebras.    

Pour une fois, j’avais eu de la chance…

 

A suivre

 

Notes :

 

1- Bangui : la capitale et la plus grande ville de la République centrafricaine, dont la population estimée à environ 1 200 000 habitants soit le quart de celle du pays.

2- Fukushima : accident nucléaire provoqué par le séisme du 11 mars 2011.

3- Danse de Saint-Guy : Maladie nerveuse se manifestant par des mouvements brusques et désarticulés et appelée aussi chorée.

 


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1. gabycmb  le 02-01-2014 à 13:34:37

Bonjour Prof.
Je n'ai qu'un mot à dire dommage!!
Bonne reprise

2. prof83  le 02-01-2014 à 14:27:29

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
La reprise sera pluvieuse.
Bonne soirée.

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posté le 27-12-2013 à 07:20:58

Grasse (67).

 

Le Phallus Impudicus,

le champignon qui sent mauvais...

*** 

Je lui montrais donc ce qu’elle désirait voir.

Elle s’accroupit à mes pieds pour mieux regarder, sans rien dire. Moi j’attendais son verdict comme un repris de justice devant la cour d’assises. Je sentis même son souffle chaud balayer la pointe de ma flèche qui transpira un peu.

- Il est comestible ?

- Quoi donc ?

- Mais ton champignon, idiot !

- Disons que c’est plutôt une Amanite phalloïde, mortelle comme il se doit.

Elle me répondit dans un langage peu châtié :

- Pourquoi, tu as l’habitude de fréquenter les putes sans capote ?

Je voulais lui dire que la seule pute que je connusse était Lola qui s’est toujours refusée à moi, allez savoir pourquoi.

Je voyais bien qu’elle avait envie de connaître le goût de mon amanite, avec son chapeau qui pointait vers elle et qui devait exhaler des senteurs automnales.

- Allez, je te dois la vérité, c’est un Phallus impudicus*.

Devant sa mine dégoûtée, je voulu la rassurer :

- Mais non, c’est un Lactaire délicieux !

- Délicieux ? C’est à voir ! Il faut que je vérifie !

Et la voilà partie pour une séance de dégustation gastronomique dans la petite salle sans fenêtre qui donnait sur le CDI et éclairée par un néon malade et hoquetant.

Le lieu était désert et sinistre, je n’avais qu’une crainte, c’est que le concierge ne vînt faire sa tournée d’inspection.

C’était la saison des pluies, ça explique pourquoi, au bout de huit minutes, je lui envoyais dans la bouche une ondée tiédasse qu’elle avala sans sourcilier.

J’étais condamné à des fellations rapides et dénuées de romantisme dans des lieux improbables comme le local à poubelles de mon immeuble ou la salle de reprographie dans un vieux lycée de la Côte d’Azur.

Elle se releva en passant sa langue sur ses lèvres souillées.

- Et toi tu veux voir ma chanterelle** ?

Nous étions en pleine séance de mycologie lycéenne et grassoise.

Pour ne point la vexer, je ne refusais pas. Elle souleva sa jupe et ôta son string noir, qu’elle lança, avec son pied droit, sur le rétroprojecteur qui en hoqueta d’émotion. Puis, en s’aidant de ses mains, elle effectua un petit saut pour s’asseoir sur la table qui supportait la photocopieuse. Elle écarta les cuisses et me montra sa chanterelle. C’était celle, apparemment, d’une femme qui avait vécu, avec des excroissances labiales qui débordaient de chaque côté de sa fissure, luisante, sous la lumière crue du néon.

- Tu la trouves comment ma chanterelle ?

Allais-je lui avouer que je n’aimais pas du tout les champignons, que je les trouvais dangereux et sournois avec une propension à vous envoyer directement au cimetière sans avis de faire-part.

- Tu peux la lécher si tu veux…

Il fallait vite que je trouvasse une excuse valable pour éviter ce contact gluant entre mes lèvres et les siennes.

Françoise Jétoulu, la documentaliste, attendait.

C’est à ce moment-là que le néon fatigué rendit l’âme…  

 

A suivre

 

Notes :

 

   * Phallus impudicus : le satyre puant ou phallus impudique, parfois nommé œuf du Diable à l'état jeune, est une espèce de champignon basidiomycète de la famille des phallacées.

À l'état adulte, il évoque la forme d'un pénis en érection, d'où son nom et, comme la plupart des phallales, dégage une odeur putride.

** Chanterelle :

 

 

 

 

Avouez que ça y ressemble... 

 

 


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1. gabycmb  le 27-12-2013 à 11:06:19

Bonjour Prof
Je confirme! Maintenant cela dépend des goûts de chacun.
Bonnes fêtes de fin d'année. A bientôt pour la suite.

2. prof83  le 27-12-2013 à 15:14:51

A Gaby.
Bonjour.
Merci pour le com.
Bonnes fêtes aussi.
Bonne journée.

3. bluedreamer  le 02-01-2014 à 12:13:32  (site)

Une bonne Année 2014 !

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posté le 19-12-2013 à 08:27:32

Grasse (66).

 

Bon et moi j’allais faire quoi maintenant avec mes mains plaquées sur les deux cuisses de Françoise Jétoulu ?

Je sentais sous mes paumes une douce chaleur qui irradiait de sa peau et qui, par un processus plutôt compliqué, mettait en émoi mon manège enchanté qui commençait à se dilater et à durcir comme le cœur d’une méchante sorcière.

L’érection, hélas, est un réflexe et donc une réaction incontrôlable ! Et même quand elle me dit « tu peux me lâcher maintenant ! », quand mes mains quittèrent, à regret, ses cuisses si douillettes, mon arc restait tendu !

Elle descendit de l’escabeau avec élégance et j’en profitais pour reluquer les derniers sursauts de sa chair qui disparaissaient sous le tissu de sa jupe.

En passant devant moi, elle me lança un jet de gaz asphyxiant, un nuage invisible de son parfum, « Les jardins de Bagatelle », qui ramollit mes neurones déjà malmenés.

Je lui rappelais cependant, que depuis le 17 Juin 1925, les gaz asphyxiants ou toxiques étaient interdits par le protocole de Genève et que la prochaine fois que je viendrai au CDI je me munirai d’un masque à gaz.

- Oui je sais, me dit-elle, j’ai lu ça quelque part.

- Mais tu as tout lu ! répliquais-je en essayant de faire un jeu de mots.

- Oui j’ai tout lu ! répondit Françoise Jétoulu.

Et elle se mit à rire, plutôt nerveusement.

Elle se dirigea vers la petite salle qui jouxtait le CDI et qui contenait une photocopieuse et deux ordinateurs avec tous leurs périphériques. Je la suivis comme un chien déjà fidèle.

L’annexe n’avait pas de fenêtre et seul un néon parkinsonien l’éclairait chichement par intermittence.  Elle souleva le couvercle du scanner qui avait un âge bien avancé.

- Alors, tu me la donnes cette photo ! me dit-elle.

Je trouvais, que pour une femme, elle manquait de cette douceur qui me faisait vraiment chavirer. Je la sentais un peu brutale même !

- C’est sûr, je ne lui plais pas du tout ! pensais-je, foudroyé comme un lutteur japonais  de sumo* apprenant qu'il avait maigri.  

Je lui tendis, d’une main pas très rassurée, la fameuse photo de la partouze de Lola. Je pointais avec mon index droit un peu tremblant l’image de la tête de celle qui me faisait fantasmer.

- J’aimerais que tu fisses un gros plan de son visage.

- Et celui-là qui c’est ? me dit-elle en désignant Monsieur Gédebras, il est bien monté !

De toute évidence elle aimait les aubergines, alors que moi je ne pouvais lui offrir qu’un frêle vermicelle…

La photo qui sortit de l’imprimante était plutôt réussie et je pouvais donc la montrer au plus vite à Monsieur Ladérovitch qui avait assisté au rapt de Lola.

Je remerciais la documentaliste en me dirigeant vers la sortie. Elle me bloqua le passage en me disant :

- Je suis mariée et plutôt fidèle, mais…

- Mais ?

- On est seuls, tu me montres ta courgette ?

J’étais anéanti ! Comment allait-elle réagir en voyant mon haricot vert et mes deux pois chiches ?...

 

A suivre

 

Notes :

 

*Le sumo est la lutte traditionnelle japonaise pratiquée par des lutteurs professionnels. C'est un combat d'homme à homme sur un tertre d'argile de 4,55 m de diamètre, le dohyô, opposant des géants pesant en général entre 90 et 160 kg qui s'affrontent à mains nues et vêtus seulement d'un pagne.

 

 

 

 


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1. gabycmb  le 19-12-2013 à 13:16:12

Bonjour Prof.
Nous voilà fixé! Maintenant j'ai toujours entendu dire, << vaut mieux une petite courageuse, qu'une grande fainéante!!> Cela reste à prouver.
Bonne après midi.

2. prof83  le 19-12-2013 à 15:43:29  (site)

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
Ici ça recommence:il pleut.
Bonne soirée.

3. anaflore  le 19-12-2013 à 17:02:08  (site)

un haricot !!!lol bon noel

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posté le 14-12-2013 à 08:30:21

Grasse (65).

 
 

En fin d’après-midi, après les cours, je me retrouvais devant le hall de mon immeuble. Inquiet comme un colibri tombé du nid, mon cœur battait comme le sien (1200 pulsations par minute), c’est du moins ce que je croyais ressentir en me demandant si je n’allais pas tomber sur Monsieur Gédebras, l’ex parfumeur manchot et défroqué qui avait perpétré, d’après moi, le rapt de ma jolie Lola. Ha comme j’aurais aimé rencontrer Madame Coqualo, la flûtiste perverse du local à poubelles ou bien Mademoiselle Belœil avec ses regards décalés et son haleine de vieille fille. Le hall, plutôt sombre, rempli de recoins hasardeux, ne m’inspirait pas confiance. Il était désert à cet instant, heureusement pour moi. Je lorgnais en même temps, prudent comme un guerrier zoulou, la porte de l’ascenseur, celle du local à poubelles et celle de la cage d’escalier. Je choisis cette dernière comme si je jouais à la roulette russe. Je n’actionnai pas la minuterie, préférant grimper dans le noir en me guidant avec la rampe métallique qui courait le long des murs. Pour arriver à mon appartement, je devais traverser la longue coursive qui dominait la cour de la prison de Grasse, dépeuplée  à cette heure de la journée et qui faisait de moi une cible idéale pour un tireur fou.

Je me sentais protégé dans mon appartement  bien que parfois, la nuit, des bruits aussi étranges qu’inquiétants vinssent troubler mon insomnie chronique que j’occupais à corriger des copies ce qui, chez tout être normal, aurait provoqué un effet soporifique proche d’une narcolepsie (1) pathologique. 

De plus, une lueur venait éblouir mes neurones qui ronronnaient d’aise à la pensée de rencontrer, le lendemain après-midi, Françoise Jétoulu, la documentaliste du lycée. Imaginer de l’avoir rien que pour moi pendant un long moment plongeait, dans un bain glacé, mon corps que les dix couvertures en pure laine mohair (2) n’arrivaient pas à réchauffer.

Le mercredi matin fut aussi long que la guerre des six jours et enfin arriva l’après-midi qui me promettait monts et merveilles. Le lycée était désert. Seul le concierge cuvait son vin dans sa loge. Je dus sonner plusieurs fois pour le réveiller. Quand il me reconnut enfin il s’esclaffa :

- Ah mon ami ! (en souvenir des verres de Cognac que je lui avais offerts un samedi pour qu’il ouvrît la porte de mon labo).

Par un heureux hasard, mon labo de physique jouxtait le CDI et une porte reliait les deux salles, ce qui s’avéra très pratique pour moi par la suite.

Il était quatorze heures et je frappais à la porte de communication avec le CDI. Rien, aucune réponse. J’insistais, pensant déjà que la documentaliste avait oublié notre rendez-vous. Le silence était pesant et commençait à tyranniser ma tête. Je décidai alors d’entrer dans ce lieu rempli de livres. Il planait dans cette salle comme des confettis gazeux de son parfum : « Les jardins de Bagatelle ». Je sus alors qu’elle était là, quelque part, cachée peut-être par des rangées de livres qui formaient des tours instables sans encrage sur le sol en lino gris. En réalité ces remparts de papier et de carton la dissimulaient à mon regard ; elle était derrière, juchée sur un escabeau aussi instable que ma volonté confrontée à un baba au rhum. Le pied droit était positionné sur la première marche, tandis que le gauche se trouvait sur la deuxième. De ce fait une jambe était tendue et l’autre pliée. Cela provoquait un léger écartement de ses cuisses qui, fatalement, faisait remonter sa jupe étroite. Le spectacle était saisissant et j’en restais baba (3) (sans le rhum). En entendant mes pas, elle se retourna assez brutalement ce qui fit osciller le vieil  escabeau qui la déstabilisa. Elle faillit tomber et elle cria :

- Mais ne reste pas planté comme une cruche ! Viens donc m’aider !

J’eus soudain l’impression que mon cerveau se trouvait enfermé dans la cale d’un vaisseau fantôme sur le point de sombrer dans le triangle des Bermudes. Je me précipitais donc vers elle et, pour la retenir, je dus, par un simple réflexe de solidarité, plaquer mes mains sur ses deux cuisses.

Je sus alors que je rampais dans un étroit boyau brûlant qui me conduisait directement aux enfers !...

 

A suivre

 

Notes :

 

1- Narcolepsie : maladie caractérisée par des crises d'endormissement soudaines et incontrôlables.

2- Mohair : étoffe ou laine très douce faite avec du poil de chèvre angora.

3- Rester  baba : être figé de stupeur. (familier)

 

 


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1. gabycmb  le 14-12-2013 à 18:23:13

Bonsoir Prof.
Très belle femme la documentaliste, de quoi avoir envie de se documenter!!
Bonne soiré.

2. prof83  le 14-12-2013 à 20:55:11

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
C'est vrai. Il faut bien attirer les lecteurs.
Bonne soirée.

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posté le 10-12-2013 à 08:19:20

Grasse (64).

Le cagibi de Jeanne, la prof d'Anglais...
 
  Au lycée, je commençais ma journée avec une 1èreS. A voir ma tête, les élèves rangèrent leurs portables, ils avaient deviné qu’à la moindre dérive je leur donnerais un contrôle surprise. L’heure se traînait et ma montre semblait faire grève. Après les soucis du matin avec mes voisins plutôt collants, j’aspirais à une relative tranquillité, mais je me souvins soudain qu’à la récré de dix heures Jeanne m’attendait dans son cagibi avec son plafond en pente pour une rencontre certainement crapuleuse sur la petite table recouverte de photocopies et collée à un rétroprojecteur plutôt en fin de vie.

J’aurais préféré aller au CDI à la recherche d’un scanner pour agrandir la photo de la partouze de Lola et isoler son visage pour le montrer à Monsieur Laderovitch, l’unique témoin de son enlèvement. Finalement à dix heures j’allais au CDI. Un lieu peu fréquenté par les élèves qui préféraient lézarder au soleil dans la cour de récréation. La documentaliste, madame Françoise Jétoulu, était accroupie devant un rayonnage de livres qu’elle rangeait avec méthode. Fatalement, de par sa position et de ses jambes légèrement écartées, sa jupe remontait jusqu’à mi-cuisses. Je me plantais devant un panneau en liège sur lequel étaient punaisés de petits cartons blancs que je faisais semblant de consulter. En réalité, mes yeux louchaient sur le côté, sur le spectacle ravissant que m’offrait la documentaliste. Mon moral remonta quelque peu et pas que lui… Elle tourna la tête vers moi et me regarda. Elle me voyait de profil et j’eus honte de la protubérance peu académique qui était apparue au niveau de ma braguette. Elle conserva plusieurs minutes cette position suggestive qui mettait en émoi toutes mes hormones. Elle sourit et me demanda :

- Tu désires quelque chose ?

Pour l’instant mes désirs se concentraient sur ses cuisses généreusement découvertes et sur le mystère de son entre-jambes.

- Caresser tes cuisses ! pensais-je.        

Et je censurais immédiatement en :

- J’ai une photo à scanner, tu pourrais m’aider ?

J’aurais pu me débrouiller tout seul, mais c’était un petit moyen puéril de me rapprocher d’elle.

Tout en parlant, je m’étais positionné en face d’elle, ce qui me donnait une vue panoramique et en 3D de l’entrebâillement de ses cuisses et d’un petit territoire de couleur noire situé entre ses deux aines. C’était peut-être un morceau de tissu de sa culotte que je voyais ou alors, comme elle était brune…

Françoise comprit tout et me laissa encore un moment contempler son panorama. Elle avait au moins quarante ans, plutôt mince, les cheveux courts et les yeux ravageurs. Elle se releva et passa devant moi, ce qui me fit pénétrer dans son halo aromatique. Mes papilles olfactives s’affolèrent et décodèrent le nom de son parfum :

- « Les jardins de Bagatelle » ?

- Gagné ! me dit-elle en passant le bout humide de sa langue sur sa lèvre supérieure.

Son sourire commença à enrouler mon corps dans des bandelettes de tissu pour le transformer en momie inerte et sans défense.

Et pour parodier Corneille dans Le Cid, « avant que de combattre, je m’estimais perdu » !

- Tu veux quoi au juste ? me dit-elle.

Moi, j’avais déjà oublié l’objet de ma visite au CDI.

- Tu as besoin du scanner pour numériser une photo ?

J’étais comme un boxeur groggy* assis dans un coin du ring, ruminant un abandon à cause d’un flot de sensations perverses.

Je me souvins et j’eus presque honte d’avoir oublié Lola, l’amour de ma vie. Je tendis à Françoise Jétoulu la photo de la partouze en regardant à droite et à gauche pour détecter la présence éventuelle d’élèves dans le CDI. Personne ! Les livres sont passés de mode !

- Pour ça, il faudrait que tu reviennes ici Mercredi après-midi. Je serai seule au CDI pour faire l’inventaire.

J’acceptais avec reconnaissance.

Dans le couloir je croisai Jeanne qui me lança un regard assassin.

- Je t’ai attendu dans la réserve. Swine** !...

 

A suivre

 

Notes :

 

 

* Groggy: qui est dans un état d'hébétude provoqué par un choc psychologique ou à demi assommé par les coups de l'adversaire.

 ** Swine: salaud en anglais.                                                           

 

 

 


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1. gabycmb  le 10-12-2013 à 13:19:50

Bonjour Prof.
Effectivement le plafond du cagibi est bas!
L'aération est surement inexistante?
Bonne journée, les vacances sont proches.

2. prof83  le 10-12-2013 à 21:06:21

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
Oui les vacances seront les bienvenues.
Bonne soirée.

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posté le 05-12-2013 à 09:10:21

Grasse (63).

 

Monsieur Gédebras, le futur manchot...

 

 

Monsieur Albert gédebras, d’après les dires de Madame Coqualo, avait donc perdu son bras droit lors de l’explosion de son laboratoire dans une fabrique de parfums à Grasse.

La seule certitude concernant le rapt de Lola, c’est qu’il avait été effectué par le « gang des parfumeurs de Grasse ». Cela m’avait été confirmé par Aldo et Pipo, les deux CRS gays au cours de la petite sauterie organisée par Monsieur Coqualo.

Comment ne pas faire le rapprochement entre l’enlèvement de Lola et l’ancienne profession d’Albert ? Je me mis à penser, avec horreur, que notre voisin manchot appartenait peut-être au fameux gang ou que pire encore, qu’il en était le chef !

A partir de ce moment, je devins aussi angoissé qu’un éphémère* pensant à son avenir. Ce que je redoutais le plus, c’est que Madame Coqualo, aussi bavarde qu’un ventilateur, n’allât dire à Monsieur Gédebras que j’avais demandé des renseignements sur lui. Si c’était le cas, ma vie ne tiendrait plus qu’à un fil.

« Zut, zut et rezut »,  me dis-je, ce matin-là en me rasant. En plus du couple Coqualo et de Mademoiselle Belœil, j’allais devoir éviter Albert qui était certainement un tueur professionnel. Ma vie devenait intenable dans cet immeuble et je me demandais si je ne devais pas déménager, changer de quartier, changer de ville, de pays, de continent !

Non je ne suis pas un peureux !

Mes cours commençaient à huit heures au lycée et je me dis que si je partais à sept heures j’aurais peu de risques de rencontrer mes ennemis intimes. Il faisait encore nuit en cette saison et j’empruntais les escaliers pour éviter d’entrer en contact avec mes voisins paranoïaques, nymphomanes ou tueurs, bref avec tous ceux qui me voulaient du mal ou du bien (Mme Coqualo).

Au deuxième étage, j’entendis un bruit de clé dans une serrure ; ciel, c’était l’étage d’Albert, le manchot cruel !  Je sautais deux marches à la fois pour aller plus vite. Mon cœur s’emballa comme un cheval piqué par un taon sadique. Ouf, arrivé dans le hall, au rez-de-chaussée, harassé mais quelque peu rassuré, je soufflais un peu en ouvrant ma boîte à lettres pour vérifier que je n’avais point reçu de lettre de menaces. Rien ! J’allais sortir de l’immeuble quand soudain la porte de l’ascenseur s’ouvrit pour libérer Monsieur Gédebras qui me lança un regard-arbalète. Ce genre du regard qui paralyse et qui assassine ! Mes muscles devinrent aussi durs que de l’ébène et j’eus l’impression que je naviguais sur les flots impétueux du Zambèze.

- J’ai deux mots à vous dire ! me cria le manchot sans bras et sans cœur.

Je sentis comme une libellule battre ses ailes dans mon crâne et mon sang se coaguler dans mes veines. J’étais perdu !

C’est à ce moment-là que Mademoiselle Belœil  entra dans le hall ; elle tenait son petit chien en laisse et elle vint vers nous en souriant. Ah, je l’aurais embrassée ma voisine malgré son haleine qui sentait l’encaustique et ses lèvres mollassonnes. Cela refroidit Albert qui s’éloigna en maugréant. Elle était demi-vierge, mais pour la remercier j’étais prêt à finir le travail.

J’avais échappé à Monsieur Gédebras, mais pour combien de temps ? Et en plus, au lycée, m’attendait Jeanne, la prof d’anglais aux yeux globuleux, qui m’avait donné rendez-vous à la récréation de dix heures dans son étroit cagibi poussiéreux et sans fenêtre où était stocké son petit  matériel pédagogique. Mais pour quoi faire ?...

 

A suivre

 

Notes :

 

* Ephémère : insecte dont la durée de vie est de quelques heures.

 

 

 

 

 


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1. gabycmb  le 05-12-2013 à 13:48:02

Bonjour Prof.
Il y a du souci à se faire !
Beau temps depuis trois jours.
Bonne journée

2. prof83  le 05-12-2013 à 17:58:41

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
Ici aussi le beau temps s'installe.
Bonne soirée.

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posté le 01-12-2013 à 08:03:20

Grasse (62).

 

---

En examinant la photo avec ma puissante loupe, je pus y découvrir la présence de Monsieur Albert Gédebras, le manchot, un habitant de mon immeuble. Nu, comme un ver de terre géant, il s’occupait de Lola et on avait l’impression que son bras manquant avait été greffé entre ses jambes…C’est vous dire, que ce n’était pas beau à voir ! Ce qui me navrait le plus, c’est que Lola semblait se pâmer  sous ses assauts amoureux…Je finis par penser que tous les hommes de l’immeuble l’avaient « baisée », sauf moi ! Et pire encore, Albert était l’un de ceux qui la vilipendait le plus, faisant circuler des pétitions qui exigeaient qu’elle quittât le lieu de son racolage et tout ça pour assainir notre quartier.

Mais qui était Monsieur Albert Gédebras au juste ?

Il devait avoir dans les cinquante-cinq ans environ, mince et sec comme un saucisson corse. Les cheveux gris-blancs, taillés en brosse, on le voyait souvent déambuler dans l’immeuble, avec, dans sa main gauche, une feuille de papier où il notait les noms des volontaires qui désiraient participer à un tournoi de volley-ball.

Le seul hic  dans cette affaire c'était qu’Albert était manchot.

Je me demandais bien, comment il avait perdu son bras. Quoi de plus naturel que de me renseigner auprès de Madame Coqualo, la langue de pute de l’immeuble. Elle traînait toujours dans le hall, rôdant près du local à poubelles, à la recherche d’un bon coup…Elle aimait boire l’élixir de la vie directement à sa source, c’est-à-dire à l’appendice turgescent, apanage de la gent masculine. Malheur à celui qui tombait entre ses mains ou entre ses lèvres plutôt ; il ressortait du local à poubelles aussi sec qu’un puits saharien, presque tari à vie. Moi, j’évitais le plus possible ce lieu de débauche buccale, mais là il y avait urgence !

Un après-midi, vers quatorze heures, alors que j’allais jeter mes maigres déchets,  je tombais sur mademoiselle Belœil, qui allait promener son chien. Elle m’invita à boire un thé chez elle en me jetant un regard un peu cabossé. Elle était demi-vierge et moi je tenais à ce qu’elle le restât ! Je déclinais donc son invitation et elle eut un sourire, disons chaotique. Tant pis, je n’avais pas la tête à explorer des contrées sauvages où l’homme n’avait presque jamais mis le pied, ou autre chose…

J’attendais Madame Coqualo, en balançant mon petit sac poubelle noir qui commençait à avoir la nausée. Quand elle arriva, je sentis comme une vague d’hormones féminines submerger mon corps et mon radar nasal détecta son parfum que jamais je ne parvins à décrypter. Souvent je lui demandai son nom ; elle ne voulut jamais me le donner. Pourquoi ? Mystère ! Je réitérais ma demande ce jour-là avec un sourire tentateur et un regard gourmand, en hochant légèrement ma tête en direction de la porte du local à poubelles. C’était comme un signal muet, une invitation même ! Elle tomba dans le piège ou je sombrais dans le sien, allez savoir.

- C’est un parfum créé par Monsieur Gédebras il y a quelques années, me dit-elle en passant la langue sur ses lèvres renflées.

- Monsieur Gédebras ? Et qu’a-t-il à faire dans cette histoire?

Elle eut un sourire de hyène en chaleur, ce qui est terrible.

- Mais Monsieur Gédebras était parfumeur à l’époque !

- Parfumeur ?

Madame Coqualo était partie pour me raconter la vie de notre voisin manchot, ce qui faisait mon affaire ! Peut-être que j’allais pouvoir éviter de me faire vidanger dans le local à poubelles.

- Oui ! Et il a perdu son bras lors de l’explosion de son laboratoire dans l’usine de parfums, rue G……..

Peu à peu, je commençais à comprendre et cela me fit froid dans le dos !...

 

A suivre...

 


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1. gabycmb  le 02-12-2013 à 10:10:30

Bonjour Prof
L'enquête avance à petits pas.
Bonne journée.

2. prof83  le 02-12-2013 à 18:14:56  (site)

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour le com.
Oui je suis un prof enquêteur.
Bonne soirée.

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posté le 27-11-2013 à 08:50:55

Grasse (61).

 

J’avais hâte de rentrer chez moi pour examiner de plus près la photo licencieuse de Lola, non par voyeurisme malsain, mais seulement pour réfléchir à la méthode que je devrais utiliser pour la montrer à Monsieur Laderovitch toujours perdu dans le labyrinthe de l’oubli. Sur ce cliché on voyait Lola qui se livrait à une activité peu recommandable, mais aussi Brigitte et une autre pute que je ne connaissais pas. La photo n’était pas très nette et l’on apercevait aussi trois hommes qui se laissaient faire. En l’état, elle était inexploitable et j’avais intérêt à agrandir et à isoler le visage de Lola pour que Monsieur Laderovitch pût, malgré sa presbytie  due à son âge, reconnaître un tant soit peu, ma bien-aimée. Un autre problème émergea : il me sembla que l’un des trois hommes ne m’était pas inconnu. Il me fallait une loupe puissante pour voir en gros-plan les visages de tous les protagonistes de cette dégoûtante partouze. Et dans mon appartement, je n’avais point de lentille grossissante.

Comment faire pour m’en procurer une, un dimanche après-midi, dans cette ville de Grasse, où tous les opticiens, paresseux comme des couleuvres, avaient fermé leurs boutiques ? Au lycée, dans mon labo de physique, j’avais bien une quantité impressionnante de loupes, mais il n'y avait pas cours le dimanche ; oh ces professeurs, toujours aussi paresseux ! J’étais pressé de mener mon enquête, je ne pouvais plus attendre. Par quel moyen pouvais-je entrer dans mon labo un dimanche après-midi ? Il fallait que je pusse contacter le concierge de l’établissement pour qu’il consentît à m’ouvrir toutes les portes du lycée. Par chance, je savais que le gardien de cet établissement scolaire, fréquentait le bar « Le Bacchus* » situé juste en face.

Lorsque je poussais la porte vitrée de ce débit de boissons, je le vis installé à une petite table métallique, ronde et rouge. Il buvait un Cognac. Son visage bouffi et coloré m’indiquait qu’il n’en était certainement pas à son premier verre d’alcool. Il traînait derrière lui une réputation d’ivrogne peu compatible avec sa fonction de gardien dans un établissement relevant de l’éducation nationale. C’était ma chance ! Je m’assis près de lui et je lui offris encore deux verres de Cognac qu’il avala rapidement. Il me dit ensuite :

- Tu es mon ami pour la vie !

Je n’en demandais pas tant ! Je lui expliquais comme je pouvais que j’avais oublié mon ordinateur portable au lycée et que j’avais besoin de lui pour qu’il m’ouvrît quelques portes. Il accepta de bon cœur et nous allâmes ensemble dans mon labo où je pus prendre la loupe la plus puissante que je possédais. En sortant de la salle, je vis le concierge affalé contre le mur et ronflant comme une machine à vapeur du dix-neuvième siècle. Je refermai la porte, plaçai les clés dans sa main droite et je filais comme une anguille.

Chez moi, je m’installais à mon bureau et j’examinais à la loupe la photo de la partouze de Lola. Un des hommes présents attira mon attention et je pus ainsi reconnaître un visage familier…

- Oh, ce n’est pas possible ! m’écriais-je…

 

A suivre…   

 

Notes :

* Bacchus est un dieu romain correspondant à Dionysos dans la mythologie grecque, beaucoup plus ancien. Les Romains l'ont adopté, comme beaucoup d'autres divinités étrangères dans la mythologie romaine.

C'est le dieu du Vin, de l'Ivresse, des Débordements sexuels.

 


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1. gabycmb  le 27-11-2013 à 17:32:11

Du coup, j'ai eu la chance de lire les deux articles! Çà va finir par coûter cher cette enquête.
Quand on aime on compte pas, n'est ce pas?
A bientôt pour la suite!

2. prof83  le 27-11-2013 à 23:20:43

A Gaby.
Bonsoir.
Merci pour les coms.
Bonne soirée.

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posté le 22-11-2013 à 07:24:40

Grasse (60).

 La poupée en porcelaine de Brigitte...

 

Je suivis Brigitte dans son studio situé au troisième étage d’un vieil immeuble sans ascenseur. Elle monta devant moi et j’eus presque honte de lorgner  ses fesses qui oscillaient en cadence sur les marches de l’escalier.

Lorsqu’elle ouvrit la porte, une bouffée d’air odorant s’échappa à l’extérieur. Son studio embaumait le chou. Dans la pièce, un lit étroit occupait une grande place. Il était recouvert d’une couette saumon assez défraîchie, sur laquelle était assise une vieille poupée en porcelaine vêtue d’une robe bleu-ciel. La poupée de son enfance certainement. Un instant, une vision traversa mon esprit : celle d’une petite fille innocente jouant avec cette poupée. Elle ignorait quelle serait sa triste destinée, une vingtaine d’années plus tard, pute dans une rue mal éclairée, sous un réverbère diffusant  une lumière famélique et blafarde. Sur une petite étagère au-dessus du lit, un cadre en bois doré contenait la photo d’un jeune garçon souriant, son fils certainement. Mon cœur, tendre comme de la moelle de sureau* se comprima quand je pensai à la situation de Brigitte qui n’avait certainement pas fait d’études et qui luttait, comme elle pouvait, pour subvenir aux besoins de sa petite famille. Elle ouvrit le petit tiroir de sa table de nuit et prit un préservatif, puis elle retourna le cadre qui contenait la photo de son fils : il ne devait pas voir ce qu’allait faire sa mère ! Elle commença à se déshabiller. Je l’arrêtais aussitôt :

- On pourrait parler un peu si ça ne vous dérange pas.

Elle regarda sa montre et s’assit sur le lit, passive. Je m’installais à côté d’elle en essayant de ne pas la toucher. Je craignais des réactions physiques incontrôlables quelque part en moi.

- Voilà, si je suis venu vous voir, ce n’est pas pour faire l’amour !

Elle me toisa comme si j’avais commis un sacrilège.

Elle se mit à rire :

- Ah, je vous reconnais, vous êtes l’amoureux de Lola, la pauvre… !

Il était temps qu’elle s’en aperçût !

J’étais plus que gêné :

- Auriez-vous par hasard des photos de Lola ? lui dis-je.

Un petit rictus vint assombrir son joli visage.

- Heu, oui peut-être… !

- Pourriez-vous m’en donnez une s’il vous plait ? murmurais-je plein d’espoir.

- C’est que… elles ne sont pas très convenables…

Bête comme un radis, je répliquais :

- Mais que voulez-vous dire par là ?

- Heu ce sont des photos qui ont été tirées au cours d’une partouze !

- Pourrais-je les voir ?

Brigitte ne savait que faire. Enfin, elle se décida et rouvrit le petit tiroir et en sortit une dizaine de photos, disons pornographiques où l’on voyait Lola, nue, en pleine action.

- Tenez, choisissez, me dit-elle.

En quelques minutes je découvris absolument toutes les parties du corps de Lola. Je choisis la photo la moins choquante, mais qui aurait quand même traumatisé une bande de légionnaires en rut.

J’abandonnais cent euros sur le lit et je filais comme une souris poursuivie par un chat.

Mon problème maintenant, était de montrer cette photo de Lola à Monsieur Laderovitch sans qu’il sombrât complètement dans une démence fatale…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Sureau : Arbre de la famille des chèvrefeuilles, dont les branches sont remplies d’une moelle tendre et abondante et qui produit des fleurs blanches d’une odeur particulière et forte, auxquelles succèdent des fruits rouges-noirâtres.  

 


Commentaires

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1. anaflore  le 22-11-2013 à 09:44:01  (site)

belle poupée de collection affaire à suivre .....bon wk

2. anaflore  le 26-11-2013 à 09:17:41  (site)

merci de ton com et bien ici froid et sec c'est le monde à l'envers !!!

3. gabycmb  le 27-11-2013 à 17:25:04

Bonsoir Prof
Avec un peu de retard, j'ai pu lire la suite de Lola.
Belle poupée, la robe n'est pas bleu-ciel, tant pis la photo vaut le coup.
Bonne soirée

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