posté le 07-08-2014 à 08:41:25

Grasse (111).

Grasse (la vieille ville)... 

 .

La rue, la nuit, ce n’est pas très rassurant. Pourtant grâce à une bande de malfrats qui me connaissaient,  j’avais évité le pire. Ma rue à cette heure de la nuit somnolait comme un ivrogne. J’aimais bien cette obscurité trouée à intervalles réguliers par les halos de lumière qui tombaient presque virtuellement des réverbères, géants métalliques aux pieds rouillés. Là-bas, tout au fond, l’entrée de mon immeuble. C’est à ce moment-là que je ralentissais ma marche comme pour profiter, quelques minutes encore, de l’atmosphère trouble et parfumée de cette ville de Grasse en apparence tranquille. Etrange, ce sentiment de sécurité qui m’envahissait au fur et à mesure que je me rapprochais de la prison. Ma seule crainte c’était de rencontrer mes voisins que j’évitais autant que possible.

Comment réagir au sourire coincé et ambigu de Mademoiselle Belœil, la vieille fille, presque décharnée, qui avait l’habitude de promener son chien psychotique ? Allez savoir pourquoi il confondait le bas de ma jambe avec l’arrière-train d’une femelle en chaleur.

Il y avait aussi Monsieur Ladérovitch, atteint de la maladie d’Alzheimer qui faisait des fugues à répétition et qui semblait rechercher un endroit meilleur.

Que dire de Monsieur Gédebras, le manchot au passé trouble et que je soupçonnais d’appartenir au gang des parfumeurs grassois responsable de l’enlèvement de Lola, ma pute chérie.

Comment oublier le couple Coqualo ? Le mari homosexuel hard qui avait tenté plusieurs fois de me mettre la main aux fesses et sa femme nymphomane acharnée qui semblait tapiner dans le hall de l’immeuble à la recherche de mâles  soucieux de vidanger leurs réservoirs remplis de liquide spermatique. Elle aimait boire, Madame Coqualo, tout avaler, déguster ce nectar à 37°C qui giclait de cet appendice turgescent qu’elle travaillait avec sa bouche de hyène dans le local à poubelles de l’immeuble. Je dois avouer que j’avais parfois cédé à ses avances charnelles, juste pour un plaisir facile et rapide qui me donnait la sensation d’accomplir un acte de charité en acceptant de donner mon sperme comme l’on offrirait son sang  pour guérir des malades.

Le hall était désert, j’en eus une bouffée de bien-être. J’allais jeter un coup d’œil dans le local à vélos où dormait Monsieur Ladérovich en chien de fusil, la tête appuyée sur la roue de la bicyclette de Monsieur Gédebras. Tout était normal.

J’ouvris ma boîte à lettres qui contenait de la pub alimentaire : Carrefour avec ses lasagnes chinoises et ses kiwis du Chili et Marguerita-prestissima qui livrait ses pizzas en moins de trente minutes 24h sur 24 (à vérifier).

L’ascenseur me conduisit à mon étage. Je traversai la longue coursive qui menait à mon appartement tout en lançant un regard sur la cour de la prison située juste en bas. Elle était déserte et j’eus une pensée attendrie pour Paulo qui devait ronfler dans sa cellule, la bouche ouverte. Il était tard, une heure du matin déjà et il fallait que je me lavasse les dents avant de me coucher. Il n’était pas question qu’un petit brin d’herbe de Provence coincé entre deux incisives m’empêchât de dormir.

Le répondeur de mon téléphone était saturé, son compteur indiquait quarante-cinq messages reçus. Ça faisait beaucoup pour quatre heures d’absence !

Je me demandais si j’allais les écouter ou si je repoussais ça à demain…

 

A suivre

 

 


 
 
posté le 29-07-2014 à 08:36:12

Grasse (110).

Heureusement qu'il y a Paulo... 

  .

Il était 22h07 quand je quittais l’appartement de Sandrine. La rue avait alors la quiétude  des soirées estivales, parfumées et caressantes avec ce petit vent tiède qui n’était peut-être que des mains de fantômes.

Par réflexe, avant de changer de rue, je levais la tête vers le quatrième étage et je vis comme une ombre, tapie derrière le rideau de lin blanc d’une fenêtre, qui semblait me regarder. Je décrétais que c’était Sandrine qui m’épiait, sans être vraiment sûr que cette fenêtre fît partie de son appartement.

J’aime la nuit et le silence! Marcher dans une rue déserte à une heure tardive me procure des sensations nouvelles, comme si je déambulais sur le sol d’une planète inconnue.

Grasse, la nuit, c’est l’ennui. C’est une ville qui se parfume pour s’endormir.

Moi je traînais sur les trottoirs étroits, bornés par des poubelles qui recelaient, pour certaines bêtes, des trésors inestimables.

Oublier Sandrine au plus vite. Ne plus être hanté par cet ectoplasme* charmant qui agissait sur mes hormones pour provoquer de subites solidifications charnelles. Parfois la peur venait m’accompagner dans les ruelles biscornues de la vieille ville. Une voiture qui ralentissait en passant près de moi et c’était la crainte d’une agression violente.

Et voilà qu’une puissante BMW s’arrêta à cinq mètres devant moi. A travers les vitres de la voiture je distinguais quatre têtes pas très catholiques. J’allais être agressé, de cela j’en étais sûr, frappé, torturé, blessé ou même tué… Une folle toupie commença à tourner dans mes intestins et mon corps se mit à osciller comme un culbuto** poussé par la main d’un enfant  hyperactif. J’avais envie de fuir, mais comment faire avec mes jambes en caramel mou. La portière arrière droite s’ouvrit et une sorte de brute épaisse sortit de la voiture et vint vers moi. A sa démarche je devinai que son Qi devait avoisiner celui d’une huitre décérébrée. Ce n’était certainement pas un collègue prof qui venait à ma rencontre et quel enseignant même super-diplômé aurait pu se payer, avec son salaire de misère, une telle voiture ? Je m’arrêtais, paralysé, sous un réverbère, témoin passif de l’agression que j’allais subir.  

La brute me regarda avec des yeux de sadique et j’étais sûr qu’elle allait choisir un prétexte quelconque pour me frapper.

- Tu as du feu ? me dit cette chose.

C’est à ce moment-là que je regrettai de n’avoir jamais fumé. J’étais bon pour le sacrifice !

L’individu était à cinquante centimètres de moi. Mon Dieu, comme il était laid !

- Et donc méchant ! pensais-je dans un amalgame hasardeux.

 Je répondis avec une voix de bouc castré :

- Désolé, je n’ai ni briquet, ni allumettes…

Ça y est, il l’avait son prétexte pour m’agresser !

Il ferma les poings et moi je fermais les yeux. Autant ne pas assister à mon propre massacre.

La portière-conducteur s’ouvrit brutalement pour libérer un deuxième type effrayant qui courut vers nous.

- Je vais être réduit en bouillie, ça c’est sûr !

Ce mec posa la main sur l’avant-bras de son acolyte pour arrêter son geste.

- Albert, laisse-le tranquille, tu ne vois pas que c’est un ami de Paulo !

Ils s’excusèrent tous les deux et filèrent dans leur puissante BMW en réveillant la moitié de la ville de Grasse.

A distance, Paulo m’avait sauvé la vie !...

 

A suivre

 

Notes :

 

* Ectoplasme : c’est une substance, de nature indéterminée, prenant une forme plus ou moins précise, extériorisée par un médium en état de transe.

** Culbuto : c’est un type de jouet traditionnel pour enfants. Il s'agit d'un petit personnage dont la base arrondie est lestée de sorte que, même si le jouet est frappé ou renversé, il se redresse toujours et revient à la verticale en oscillant.

 

 

 

 

 


 
 
posté le 23-07-2014 à 08:40:51

Grasse (109).

 L'arme fatale...

. 

Après ce baiser au goût de pizza, je n’avais pas avancé d’un micromètre avec Sandrine.

La caresse de sa main sur ma joue ressemblait à un geste de tendresse contredit par sa phrase assassine :

- Considère ça comme une paire de gifles ! …

A ce moment-là, après la minute d’ivresse de ce baiser volé ou peut-être à cause des Martini qui clapotaient dans mon estomac, mon cerveau, déjà malmené par des décharges émotionnelles incontrôlables, n’arrivait plus à saisir la logique féminine.

Je me félicitais quand même de ne pas avoir osé introduire ma langue dans sa bouche, car cela aurait provoqué, à coup sûr, un coup de massue sur ma tête avec la statue en ébène qui représentait un phallus en érection de cinquante-quatre centimètres de haut (soit trois fois la taille du mien) et qui était posé sur le sol à côté de la chaîne Hi-Fi.  

Elle saisit au vol mon regard et déclara :

- J’ai rapporté cette statue de Bamako au Mali lors d’un voyage culturel.

Quelle coïncidence !  

Une vague de nostalgie fit frissonner tous les poils de mon corps qui se dressèrent comme un seul homme. Lola, la pute, qui tapinait à Bamako justement, s’invita dans mon coffre aux souvenirs. En vrac et dans un tourbillon plutôt désordonné, des images vinrent danser dans ma tête :

- Mon arrivée à Grasse en Septembre,

- La coursive de l’appartement que j’avais loué et qui donnait sur la cour de la prison,

- Lola, la pute, qui faisait le trottoir dans une rue proche de celle de mon immeuble,

- Paulo, son mac, avec un QI de mollusque, incarcéré pour quinze ans encore,  avec qui j’avais noué une amitié improbable et qui attendait avec impatience les paquets de cigarettes que je lui lançais lors de ses sorties dans la cour de la prison,

- Lola qui avait baisé avec presque tous les hommes, les femmes et autres de Grasse et des environs, sauf avec moi,

- Lola, mon amour à moi, qui avait été enlevée par le gang des parfumeurs grassois et qui l’avait transférée dans un bordel de Bamako…

Mais à quel jeu jouait Sandrine avec moi ? Pourquoi s’ingéniait-elle à m’attirer dans ses filets et à me rejeter ensuite ?

Il faisait nuit. Sandrine avait laissé ses volets ouverts et de la rue, la lumière des réverbères tentait de traverser les rideaux blancs en lin certainement, pour peindre des dizaines de taches jaunâtres sur le sol en grès rouge du salon.

Le reste de la pizza était froid.

Le Martini était tiède.

Les tartes se gelaient au frigo.

Je me levais, un peu ankylosé et sans regarder Sandrine je lui dis :

- Il est temps que je parte !

Elle répondit :

- Mais il y a le dessert !

Imaginait-elle un seul instant que le dessert qui j’aurais apprécié par-dessus tout était :

- Des baisers sur sa bouche, avec la langue cette fois,

- La palpation de ses seins qui pointaient sous son tee-shirt,

- L’exploration de son corps nu allongé sur le canapé, dans une pénombre troublée par les spots de lumière colorée que les réverbères distribuaient chichement…

- Non, merci, il se fait tard !

Elle parut étonnée :

- Tu es fâché ?

Il fallait, par politesse, que je répondisse :

- Non !

Elle sentait que je lui échappais et névrotiquement elle me dit :

- Tu penseras un peu à moi cette nuit ?

- Non, à Lola !

 

A suivre

 


 


Commentaires

 

1. La rousse  le 25-07-2014 à 01:34:59

18 cm à peine, c'est rikiki lol

 
 
 
posté le 17-07-2014 à 07:04:53

Grasse (108).

Sandrine et moi...

 

Je m’en souviendrai longtemps du premier baiser de Sandrine !

Le premier baiser, c’est une aventure, une histoire qui commence. Je dirais que ce premier baiser est plutôt sec, on évite de mélanger nos salives, on ajuste nos lèvres, on essaie de bien viser, on a peur de rater la cible. C’est un baiser « filamenteux », une pression des épidermes labiaux, une caresse intime qui ne relève pas essentiellement du physique. C’est un baiser, que l’on donne avec son cœur ! Et quelle devrait être la durée de ce premier baiser ? Trente secondes, une minute ? Et qui va donner le signal de la fin du contact ?

Toutes ces questions-là, je me les étais posées quand j’avais douze ans et que j’avais réussi à coincer Michelle B....., une voisine de mon âge, qui habitait mon quartier, contre la porte vermoulue de la dernière buanderie*, tout au fond de la cour qui en regroupait une quinzaine. Franchement, embrasser une fille me dégoûtait plutôt, mais il fallait le faire, puisque tous mes copains l’avaient fait, c’est du moins ce qu’ils m’avaient dit avec force de détails gluants. Michelle était blonde avec des cheveux bouclés, pas maigre mais encore sans poitrine. Je l’avais choisie, elle, parce-que, un soir, à la fin d’un jeu où nous avions beaucoup couru, elle me dit :

- Tu ressembles à Alain Delon !

Quel merveilleux compliment ! Et à partir de ce moment-là, je crus qu’elle était amoureuse de moi.

Cela fut le début d’une période angoissante, car je devais agir, je me trouvais dans l’obligation d’embrasser Michelle. C’était comme si je devais partir à la guerre et que je redoutais l’arrivée du jour de mon départ.

- Tu dois aussi, lui tripoter les nichons ! m’avait dit Gérard N......, un voisin qui avait quatre ans de plus que moi.

Les nichons ? Quels nichons ? Apparemment Michèle n’en avait pas ! Et certainement pour se moquer de moi, Antoine avait ajouté :

- Elle va vouloir te malaxer les couilles !

C’était ça l’amour ? Mais c’était pire que la guerre des tranchées !

Alors quand je réussis à plaquer Michelle contre la porte de la buanderie, j’avais dans ma tête tout un plan de bataille élaboré au fil des jours avec des informations disparates et non contrôlées que j’avais glanées dans des livres pas très catholiques et des revues plutôt cochonnes. Je traînais aussi parfois dans une autre buanderie, avec les grands : mes deux frères qui avaient neuf et sept ans de plus que moi et leurs copains. Ils fantasmaient tous sur des filles du quartier ( Claudette C..... et Maryvonne L...... et d'autres), inaccessibles à l’époque ou sur leur mère, dont certaines ( Mme D..... et Mme Mathilde C.......) avaient, paraît-il, la cuisse légère, des cougars   avant la lettre. On disait même que Mme D..... prenait des bains de soleil, nue dans son jardin...

Ce premier baiser ne dura que vingt secondes, beaucoup moins qu’un premier saut en parachute. Ouf, j’avais réussi à donner mon premier coup de baïonnette, sans lui toucher les seins et sans qu’elle me palpât les testicules…

Et là, maintenant j’étais avec Sandrine et c’était pour du lourd !

Elle s’était détachée de moi, m’avait un peu repoussé. Je craignais le pire. Sa main se leva lentement et se dirigea vers mon visage aussi brûlant que le sol de Mercure**.

Sa paume, douce comme un pétale de rose me caressa la joue gauche et elle me dit :

- Considère ça comme une paire de gifles ! …

 

A suivre

 

Notes :

 

* Buanderie : pièce d'une maison ou d'un immeuble réservée à la lessive du linge.

** Mercure : planète la plus proche du Soleil et la moins massive du Système solaire. Sa température de surface est de l’ordre de 427°C.

 

 


 
 
posté le 12-07-2014 à 09:01:02

Grasse (107).

Le baiser de tous les dangers... 

 *

 

 Voilà ce que je suis devenu après le baiser de Sandrine...

 *

 *

J’avançais en terrain inconnu !

Mon visage se rapprochait du sien et j’avais l’impression :

- d’effectuer mon premier saut en parachute,

- de tenter mon premier saut à l’élastique,

- d’oser ma première visite dans un bordel de Kaboul…

Sandrine savait ce qui allait se passer, puisqu’elle allait réagir à mon premier baiser. Moi, je naviguais à vue dans une mer pas très claire, parsemée de récifs agressifs.

Lorsque j’arrivais à vingt centimètres de son visage, je stoppais net ma progression comme pour reprendre mon souffle ou m’accorder une dernière chance de renoncer et de rebrousser chemin.

Je me disais :

- Courage Alain, courage !

Je pensais à des phrases chaotiques du genre:

* la gifle qui tue,

* la honte du siècle,

* la débâcle du couard*…

Sandrine me regardait et souriait de travers. Allez comprendre ce qui se passe dans le cerveau d’une fille qui attend, qui redoute ou qui espère un contact intime. Mon nez était entré depuis quelques minutes déjà dans la sphère invisible de son parfum qui l’enveloppait telle une armure impalpable mais terriblement efficace.

Et puis je pénétrais dans sa zone thermique, là où l’on ressent la chaleur dégagée par la peau.

Je ne pouvais plus reculer.

Je devais me lancer à l’abordage !

Plus que vingt millimètres à franchir pour poser mes lèvres sur les siennes. A ce stade de pré-contact labial, je pensais que Sandrine pouvait encore me lancer un signal de refus, un avertissement sans frais. Elle avait la possibilité de tourner la tête pour éviter l’arrimage de ma bouche sur la sienne.

Mais elle ne bougeait pas.

- Oui, j’ai compris, me dis-je dans un délire amoureux, elle a envie de m’humilier, de me donner une paire de gifles pour me guérir de ma forfanterie**.

Mon corps d’athlète (rires) allait franchir la ligne d’arrivée et couper le fil qui la délimitait.

Un dernier coup de nuque…

Et j’alunissais.

J’étais un cosmonaute sans combinaison spatiale protectrice qui posait pour la première fois son pied sur un astre inconnu qui recelait certainement de nombreux dangers.

Mes lèvres étaient posées sur les siennes.

Sa bouche avait un goût de printemps. Elle embaumait de parfums de tomates, d’origan et d’herbes de Provence.

Quelque part en moi s’opérait une métamorphose plutôt gênante : un piton rocheux, que notre civilisation s’entêtait à cacher, prenait de l’importance, croissait, nourri par un engrais sensuel, la bouche de Sandrine.  

Et soudain elle se détacha de moi…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Couard : personne peureuse et sans courage.

** Forfanterie : caractère ou comportement d'une personne qui exagère ses mérites et ses qualités.

 

 


 
 
posté le 07-07-2014 à 07:20:14

Grasse (106).

La géométrie de l'amour...

 

Mon rêve: avoir une langue de caméléon pour embrasser Sandrine...

 

 Nous étions assis sur le même canapé, d’accord, mais séparés par cinquante centimètres environ. Et à moins d’avoir une langue télescopique comme certains caméléons africains, je ne vois pas comment j’aurais pu lui fourrer ma langue dans la bouche. Je dois avouer qu’elle se rapprochait insensiblement de moi à raison d’un centimètre par minute, mais à ce rythme il aurait fallu pas loin d’une heure pour que nos lèvres entrassent en contact.

Je devais tenter quelque chose et vite ! Son regard m’étourdissait à moins que ce ne fussent les effluves de son parfum « Shalimar » qui émanaient de sa peau et qui représentaient pour moi un générique du gaz sarin*. Elle portait un simple tee-shirt blanc cent pour cent coton bio qui moulait sa poitrine et qui dessinait le contour de ses seins que je supposais plutôt durs et ovoïdes avec des tétons réactifs qui pointaient fièrement sous le tissu. Ciel, elle n’avait pas de soutien-gorge ! Cette constatation me saoula presqu’autant que le martini rouge qu’elle m’avait servi dans un verre à whisky où pataugeaient en maigrissant des glaçons translucides. Je n’étais pas un TGV, mais un simple tortillard** de banlieue qui hoquetait dans les courbes et les montées. Et à la vitesse à laquelle j’évoluais, je toucherais ses seins dans plus d’une heure.

Quand elle s’était assise sur ce canapé, elle avait placé ses jambes parallèlement aux miennes et tout le monde sait (du moins ceux qui ont appris leur géométrie) que deux droites parallèles ne sont jamais sécantes, c’est-à-dire que jamais elles ne pourront se rencontrer. J’étais mal barré sur ce coup-là !

Un quart d’heure plus tard, Sandrine, par hasard ou par calcul, avait imprimé à ses jambes, une rotation vers moi de quinze degrés environ. Comme un mauvais élève copieur, je fis de même. Ce qui entraîna quand même une rotation totale de trente degrés.

La géométrie appliquée à l’amour ! Pour que nos deux genoux se touchassent il fallait une rotation totale de π/2 c’est-à-dire de quatre-vingt-dix degrés.

Sandrine se leva brusquement en me disant :

- Je vais voir la pizza qui est dans le four.

Pizza maison ou pizza surgelée Picard, allez savoir !

Mais après sa courte absence, quand elle serait revenue s’asseoir, comment allait-elle placer ses jambes ? C’était presqu’une question philosophique !

Quand elle s’installa de nouveau près de moi, ses jambes gardèrent le même angle qu’avant. J’étais à la fois soulagé et déçu.

Je voyais son visage, je devinais ses seins et je me dis que peut-être je verrai le reste de son corps à la fin de l’année scolaire prochaine.

Elle me servit un second Martini.

Mes fragiles neurones commençaient à patauger dans l’alcool. Elle s’absenta encore quelques minutes pour revenir avec la pizza aux quatre fromages placée sur un grand plat de couleur verte. Avec un grand couteau, elle découpa quatre parts, ce qui la fit remonter dans mon estime car je n’aime pas du tout les maigres portions anorexiques.

Sur deux assiettes en porcelaine ( ?) blanche, elle déposa deux portions et elle plaça le tout sur la petite table en verre. Celle-ci étant trop petite, Sandrine fut obligée de se rapprocher de moi pour pouvoir déguster sa pizza. Mon nez  de chimiste s’affola quelque peu à cause du mélange des odeurs d’origan, de tomates et de son parfum Shalimar. La région olfactive de mon cerveau avait tendance à se saturer à cause des diverses senteurs qu’elle était obligée de décoder. Le pire, c’est que de temps en temps, le genou de Sandrine venait toucher involontairement ( ?) le mien.

C’est à ce moment-là, quand j’aperçus un brin d’herbes de Provence coincé entre ses incisives, qu’un coup de folie me fit dire :

- Sandrine, j’ai envie de t’embrasser sur la bouche !

Elle me regarda avec des yeux plus troubles que la Tamise. Elle avala le morceau de pizza qu’elle était en train de mâcher et répondit :

- Tu peux essayer si tu veux, mais tu risques de recevoir une paire de gifles !

Dans mon cerveau, c’est comme si on y jetait un seau d’eau pour éteindre un incendie neuronal.

J’avais un choix à faire. Oser ou renoncer ?

Alors, sans réfléchir, j’approchais mon visage du sien…


A suivre



Notes :

  

 

* Gaz sarin : Le sarin (GB) est une substance inodore, incolore et volatile, de la famille des organophosphorés, un neurotoxique pour l'homme et l'animal. Même à très faible dose (10 parties par milliard) il peut être fatal. On estime qu'il est environ 500 fois plus toxique que le cyanure. Il passe facilement la barrière des poumons et est absorbé par la peau d'où il passe directement dans le sang. Quand il ne tue pas, il laisse de graves séquelles neurologiques.

 

** Tortillard : Train d'intérêt local, au trajet tortueux, desservant de nombreuses localités.


 


 
 
posté le 02-07-2014 à 08:42:08

Grasse (105).

 Ce que je deviens lorsqu'elle me frôle.. 

5 

Elle habitait dans un appartement, au dernier étage, sans ascenseur, d’un immeuble ancien situé dans le vieux Grasse. J’avais juste eu le temps de passer dans une pâtisserie pour acheter quelques gâteaux qui franchement n’avaient pas une mine très catholique. Hypochondriaque, je craignais une intoxication alimentaire à cause de cette chaleur de fin Juin qui devait certainement activer le développement de bactéries plus que pathogènes. C’est pour cette raison que j’avais pris des tartes aux fruits, dépourvues de crème.

Le quatrième étage, ça faisait bien haut. Les marches de l’escalier étaient plutôt gondolées, déformées comme le visage d'un boxeur laborieux proche de la retraite. Enfin j’arrivais sur le palier où trois portes de couleur marron avaient l’air de m’attendre. Laquelle choisir ? Aucun nom sur le bois défraîchi, rien. J’étais assez essoufflé. L’émotion ? Mon cœur était-il atteint de délires de tachycardie aigüe ? Ça ressemblait à un test de l’effort passé chez un cardiologue chez qui je n’irai jamais. De la porte de gauche suintait des effluves de soupe aux choux. Ce n’était donc pas celle de Sandrine qui m’avait promis une simple pizza. De l’appartement du milieu parvenaient des miaulements agaçants d’une chatte en chaleur. J’étais presque sûr que Sandrine n’en possédait pas (je pense à l’animal bien sûr). Il ne restait plus que la porte de droite aussi anonyme qu’un facteur à bicyclette. C’est là que j’appliquais trois petits coups discrets avec les phalanges de ma main droite fermée. Rien ! J’eus soudain la tentation de m’enfuir, de dévaler les marches comme un voleur inquiet.

La porte s’ouvrit enfin. Je me retrouvais en face de Sandrine, loin du lycée, dans un lieu inhabituel, émouvant presque, l’entrée de son appartement. Je devais être ridicule avec ma boîte de gâteaux et mon petit sac en plastique qui contenait un flacon d’acide chlorhydrique. Elle m’embrassa sur les deux joues. Je fus déçu. Mes jambes avaient la consistance de caramel mou. Je la suivis en essayant de ne pas reluquer ses fesses. Nous traversâmes un petit hall où seuls un miroir et une crédence en bois cérusé se faisaient face, muets comme un vieux couple presque sourd. On entra dans le salon, assez petit, pas plus de quinze mètres carrés à mon avis. Il y avait là un canapé en cuir noir et un fauteuil assorti et dans le coin une chaîne Hi-Fi avec des baffles mal disposées qui auraient mérité un meilleur emplacement pour donner toute sa profondeur à un son stéréo. Elle s’arrangea pour me faire asseoir sur le canapé et elle s’installa dans le fauteuil. Mauvais signe : elle mettait déjà une certaine distance entre nous.

Mes genoux touchaient presque une petite table basse en verre fumé parallèle au canapé. J’y déposais mon petit sac en plastique, gauche comme un carabinier arthritique. Elle me dit :

- Je vais mettre les gâteaux au frigo !

Et elle disparut pendant cinq minutes.

Vraiment  mal partie cette affaire !

J’eus le temps de réfléchir à la condition humaine en général et à la famine en Afrique, juste pour me dégourdir les neurones.

Quand elle revint, mes narines perçurent un petit cyclone de parfum qui tournait autour d’elle ; c’était Shalimar de Guerlain que j’avais appris à bien connaître. Je commençais à être inquiet quand même ; j’aurais préféré une odeur de pizza riche en origan.

Sandrine savait ce qui allait se passer entre nous, moi pas. J’allais découvrir au fur et à mesure les règles qu’elle avait fixées. Quel est l’imbécile qui a dit que les femmes étaient inférieures aux hommes ?

Elle se tint debout devant moi un long moment, que mon émoi m’empêcha de mesurer. Je me sentis devenir une nanoparticule piégée dans un cyclotron gigantesque.

C’est alors qu’elle déclencha la mise à feu, qu’elle appuya sur le bouton rouge qui allait provoquer une guerre thermo-nucléaire : elle s’assit près de moi !

La bombe d'Hiroshima, un gadget !...

 

A suivre

 

 


 
 
posté le 27-06-2014 à 07:31:43

Grasse (104).

 Dans mon cerveau, quand elle me parle...

 

 

Mon envie de Sandrine m’avait un peu fait oublier Lola.

Lola qui était un repère dans la rue voisine de celle de mon immeuble. Elle trônait comme un réverbère, souvent adossée à lui, sur le trottoir en attendant le client. Paulo était son mac, en prison pour quinze ans dans la maison d’arrêt de Grasse. La coursive de mon appartement situé au dernier étage dominait la cour où les détenus prenaient l’air de temps en temps. Pour faire plaisir à Lola, je fournissais à Paulo, en les lançant par-dessus la rambarde rouillée, des paquets de cigarettes et parfois des cartouches entières, qu’il saisissait en vol en me faisant un petit signe de remerciement.

Lola était disponible pour tous les mâles en rut de Grasse et des environs. Pour tous, sauf pour moi ! Plusieurs fois elle avait refusé de m’accorder sa bouche et tout le reste. Allez savoir pourquoi. Et puis un jour, elle disparut, ma jolie pute d’amour. Je soupçonnais Monsieur Gédebras, le manchot, au passé trouble comme du pastis, de l’avoir fait enlever par ses acolytes du gang des parfumeurs grassois dont il était un membre actif. J’avais mené ma petite enquête et je pensais que Lola avait été envoyée à Bamako (Mali) pour tapiner dans un bordel local. La pauvre !

A cause de la perte de ma putain de muse, j’avais reporté toute mon « affection » sur Sandrine, ma collègue, prof de lettres modernes, qui avait, avec moi, un comportement plus mystérieux que la mécanique quantique. Je l’ignorais, elle m’ignorait et pourtant j’aimais bien reluquer ses fesses moulées dans un jeans certainement fabriqué par Belzébuth lui-même. Je ne savais pas comment faire pour la draguer. Devant elle, je perdais tous mes moyens comme un vieux chasseur mâle devant une gazelle.

La fin de l’année scolaire approchait comme un train qui entre en gare. Il ne fallait pas que je le ratasse celui-là. Un soir vers 17h, Sandrine traînait dans la salle des profs. Il faisait chaud, pas loin de 30°C et le soleil pénétrait sans se gêner par la façade Ouest vitrée dont les stores vénitiens avaient rendu l’âme. Je la voyais farfouiller dans son sac à la recherche de monnaie qu’elle ne trouva pas. Alors elle vint vers moi. Immédiatement je revêtis mon armure en acier triple épaisseur, par instinct, sans réfléchir.

- Tu pourrais me prêter deux euros ? me dit-elle, gênée comme une méduse dépressive.

J’étais prêt à tout pour elle.

Mais comme un autiste primaire, je ne répondis pas.

- Et surtout, j’espère que tu ne vas me demander de balayer la salle des profs !

Et elle se mit à rire. Mon armure s’enrichit de deux couches d’acier supplémentaires.

Je lui tendis les deux pièces et c’est là que j’eus l’impression de sombrer dans un coma irréversible. Sa bouche s’était posée sur la mienne pour un baiser peu pédagogique.

Je ne savais plus où l’on se trouvait, ni à quelle époque on vivait, peut-être au Moyen-Age ?

Alors je lui dis :

- Tu as résolu ton problème de calcaire ?

Peu poétique cette phrase !

- Non, mais si tu veux bien m’aider, je t’invite à manger une pizza ce soir chez moi.

Dans ma tête, un combat de gladiateurs, sur une piste sableuse, massacrait mes neurones.

Je dis timidement :

- Oui, bien sûr !

Ouf, j’avais choisis la bonne réplique…

 

A suivre

   

 


 
 
posté le 22-06-2014 à 07:48:49

Grasse (103).

 On peut toujours rêver...

 

Ces fins d’années scolaires s’étiraient comme du caramel mou abandonné au soleil. Tout devenait collant et on avait l’impression que jamais on n'allait arriver à se dépêtrer de ce lieu qui nous retenait encore. On surveillait les épreuves du Bac et il faisait chaud. De temps en temps, pour éviter l’engourdissement de nos neurones, on abandonnait quelques minutes le collègue réquisitionné avec nous pour filer vers la salle des profs et avaler une boisson fraîche ou se soulager dans les toilettes.  

A midi, quelques élèves inquiets, malgré la fin de l’épreuve, traînaient dans les salles. Il fallait les forcer à rendre leur copie. J’avais faim et je filais vers mon labo où j’avais mis dans le frigo un sandwich tomates-thon dégoulinant d’huile d’olive. Mon maigre repas côtoyait sur la clayette froide des béchers contenant des cuisses de grenouilles et des cœurs de poulets placés là par ma collègue de SVT dont le congélateur avait rendu l’âme. L’odeur était forte. Je mangeais avec inquiétude mon thon qui contenait certainement de fortes doses de métaux lourds (principalement du mercure) et qui provenait de mers ou d’océans malsains.

On frappa à la porte. Je ressentis un néant envahir mon cerveau qui se vidait brutalement comme une chasse d’eau que l’on tire avec nervosité. Que me voulait-on encore ? Je jetais rapidement un œil sur la vitre d’une armoire qui faisait office de miroir de fortune. L’image qu’il me renvoya alors mit mon moral à rude épreuve. J’avais les joues bien rouges et les lèvres luisantes d’huile d’olive. Un vrai clown de pacotille !

Je me dis :

- Pourvu que ce ne soit pas Sandrine !

Et malheureusement c’était Sandrine !

Que me voulait-elle encore celle-là ?

- Tu m’offres un café ? me dit-elle, avec un sourire indécodable.

- Ma cafetière est tout entartrée, elle ne fonctionne plus.

- Mais le tartre, c’est du calcaire non ?

- Oui…

Elle s’approchait de moi dangereusement.

- Et je sais maintenant que l’acide chlorhydrique détruit le calcaire !

Elle avait retenu la leçon et elle louchait sur un flacon placé sur la table et dont l’étiquette portait la formule simplifiée de l’acide chlorhydrique : HCl.

J’essayai de la décourager.

- Cet acide est un poison alimentaire. Après utilisation il est nécessaire d’effectuer de nombreux rinçages à l’eau.

Elle était très proche de moi et je sentais son parfum Shalimar aux effluves orientaux. Moi, je devais dégager une odeur de thon à l’huile d’olive.

Elle murmura :

- En fait, je voulais m’excuser pour l’autre fois. J’ai réagi un peu vivement, comme une féministe bornée. J’ai plusieurs choses à te dire…

- Oui ?

- Tu sais Basile, le prof d’EPS…

- Oui, ton amoureux…

Elle se mit à rire :

- Mais il est homo voyons ! Je dois te transmettre un message, mais j’espère que tu ne vas pas te fâcher…

- Oui ?

- Il a flashé sur toi !

- ???

- Il a l’intention de te draguer !

- Je n’ai rien contre les gays, mais je n’en suis pas un ! Tu lui diras hein ?

- Bon, j’ai vraiment besoin de détartrer mon WC. Alors tu me le donnes cet acide chlorhydrique ? Tu pourras me demander tout ce que tu veux en échange…

Je répondis un peu trop vite :

- C’est d’accord. Alors balaye cette salle !

Plusieurs heures plus tard, je n’avais pas encore compris pourquoi elle s’était enfuie du labo sans rien dire…

 

A suivre

 


 
 
posté le 17-06-2014 à 08:26:10

Grasse (102).

L'ancêtre du chimiste: l'alchimiste.

 

  Quelqu’un frappa à la porte de mon labo.

Je n’avais envie de voir personne, trop occupé à mettre un peu d’ordre dans le fouillis indescriptible qui régnait dans cette pièce. Un collègue bavard en mal de confidences voulait certainement tuer le temps qui passe en papotant avec moi. Je n’avais pas la tête à ça !

La personne insista.

Je me sentis obligé d’aller ouvrir la porte blindée en tournant la grosse clé de sécurité dans la serrure qui avait bien besoin d’un graissage intime. J’affublais mon visage d’un masque antipathique, peu souriant et virtuel pour décourager le gêneur.

En apercevant mon visiteur, j’eus comme un frisson de l’âme, un froissement de ma volonté qui avait tendance à se replier sur elle-même.

J’avais l’impression d’avoir la berlue. Mes rétines me jouaient des tours certainement. Mais mon odorat qui détecta ces effluves de parfum « Shalimar », valida ma perception.

C’était Sandrine, c’était bien elle !

Que venait-elle faire dans mon labo ?

J’eus juste le temps de revêtir mon armure en acier chromé triple épaisseur anti-amour.

- Oui ? dis-je avec un visage purement inamical.

- Je peux entrer ? dit-elle en me poussant vers l’intérieur.

Elle avait le sourire-coup-de-massue, ravageur comme un nuage de sauterelles affamées qui détruisent les cultures en Afrique.

J’avais envie de crier « grâce » avant de recevoir le premier coup mortel.

Elle avait troqué  son jeans délavé et moulant contre une jupe assez courte, au-dessus des genoux, qui révélait une chair ferme que finalement je n’avais jamais vue.

Avais-je besoin de ça pour être  projeté dans les limbes, comme chaque fois que je la côtoyais à moins de 1m50 de distance ?

Après le papier peint à décoller dans son nouvel appartement et la virée au festival de Cannes, qu’allait-elle encore me demander ?

Elle fit semblant de s’intéresser au matériel de chimie et de physique qui encombrait les paillasses en me posant quelques questions débiles (c’était une prof de lettres modernes après-tout) auxquelles je répondais sans conviction en attendant de connaître le vrai motif de sa visite.

- J’ai un petit problème avec mon WC, me dit-elle soudainement.

Ce n’était pas très romantique tout cela.

- Voilà, la cuvette est recouverte de calcaire que je n’arrive pas à enlever…

Je lui coupais la parole :

- L’acide chlorhydrique* est un remède miracle pour cela !

 - Oui, je sais, me répondit-elle, je l’ai lu sur internet. Pourrais-tu m’en donner un petit peu ?

Voilà, pour elle je ne représentais que le collègue qui rend service et c’est tout.

Je n’allais pas encore succomber au charme empoisonné qu’elle m’envoyait encore une fois pour parvenir à ses fins.

J’eus soudain l’intention de devenir odieux avec elle :

- Oui, je te donnerai un flacon d’acide chlorhydrique si tu fais la vaisselle de toute la verrerie de cette paillasse !

Il y avait trente béchers** sales et une cinquantaine de tubes à essais** qui avaient contenu divers produits chimiques et un goupillon** pour les laver.

   Elle plissa les yeux avec des sourcils en accents circonflexes.

Elle cria presque :

- Mais tu es un sale macho ! Je ne suis pas ta bonniche !

Et elle sortit du labo en claquant la porte. (qui en réalité ne claqua pas car elle était freinée par un ralentisseur***).

 En cette fin d’année scolaire, avais-je perdu définitivement Sandrine ?

 

A suivre

 

Notes :

 

 *Jabir ibn Hayyan : découvreur de l’acide chlorhydrique.

  Jabir ibn Hayyan (également connu sous le nom latin de Geber, 721–815 apr. J.-C. fut un polymathe, philosophe et alchimiste musulman.

 Plus de 3 000 traités ou livres lui sont attribués d'une façon ou d'une autre. Les domaines abordés incluent la cosmologie, la musique, la médecine, la magie, la biologie (notamment la fabrication artificielle d'êtres vivants), la technologie chimique, la géométrie, la métaphysique et la logique

 

 

 

 **

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 ***                                        

 

 

 

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 18-06-2014 à 18:20:08  (site)

bien jouésmiley_id118869!!où je peux trouver ce remède miracle?,smiley_id117076

 
 
 
posté le 12-06-2014 à 08:35:25

Grasse (101).

 

 

L’oublier, oui, c’était tout ce qu’il me restait à faire !

Oublier Sandrine.

Ne plus penser à elle, éviter de la rencontrer au lycée, la fuir comme la peste du Moyen-Age.

Il y avait bien un lieu ultra-dangereux pour moi : la salle des profs où nous nous retrouvions aux récrés pour souffler un peu, nous reposer et boire un café en parlant de nos soucis.

Après mon escapade ratée au festival de Cannes, de retour chez moi, et cela de 17h à 2h du matin (heure à laquelle je parvins à m’endormir un peu), je ne pouvais m’empêcher de me faire du mal : penser à Sandrine et à Basile, à ce qu’ils avaient certainement fait à Cannes, une ville de perdition, dans des endroits peu confortables à l’abri des regards indiscrets, car le sexe à ses raisons que la raison ne connaît point (tiens ça me rappelle quelque chose ça*).

Ce n’était pas tant la jalousie qui laminait mes neurones, mais plutôt mon orgueil blessé qui maintenait la porte ouverte, la porte de l’oubli, la porte qui grince en plein milieu de la nuit.

Tout le long du trajet entre Grasse et Cannes, Sandrine s’était montrée distante, froide comme une momie enfermée dans un congélateur. Je me disais alors que c’était son caractère réservé qui la faisait agir ainsi.

Parfois, je suis plus idiot que je ne l’imagine !

Il y a la métamorphose de la chenille en papillon bien connue des élèves qui écoutent et qui apprennent leurs leçons, mais moi j’ai assisté à un autre genre de métamorphose, celle de Sandrine lorsqu’elle a rencontré Basile, le prof d’EPS, à la sortie du cinéma. Elle devint subitement chaleureuse et même souriante et excitée comme si elle avait avalé un morceau de Vésuve incandescent. Bref, pour être vulgaire, elle s’était transformée en une chienne en chaleur.

Au lycée, c’était la période d’avant-bac, celle où les élèves sont absents et où l’on pouvait souffler un peu et préparer déjà l’année scolaire suivante. On errait pas mal dans les longs couloirs de l’établissement et on squattait à longueur de temps la salle des profs, avachis sur les fauteuils de couleur bleu-pétrole, à la propreté incertaine. C’était un lieu idéal de rencontres. Moi, assis tout au fond, j’évitais de poser mes yeux sur ELLE, histoire de l’oublier une bonne fois pour toute. Elle m’envoyait parfois un regard incertain comme un lanceur de couteaux qui projette des points d’interrogation. Je ne répondais pas à ses bonjours lancés à la cantonade quand elle entrait dans la salle en remuant sa croupe bien moulée dans son jeans délavé (ciel je replonge !).

Bref, je lui faisais la « gueule » !

Finalement Sandrine ne me connaissait que lorsqu’elle avait besoin de moi, pauvre cloche serviable, comme la fois où elle m’avait demandé de l’aider à décoller la vieille tapisserie de l’appartement qu’elle venait d’acheter dans le vieux Grasse ou quand elle eut la lubie d’assister au festival de Cannes.

Mais c’était fini, j’avais juré de ne plus me laisser avoir.

Pour meubler mon temps libre dû à l’absence de mes chers élèves, je rangeais mon labo qui était dans un désordre indescriptible. Le garçon de laboratoire était en congé de maladie depuis plus de six mois à cause d’un eczéma diplomatique provoqué, d'après-lui,  par les émanations des produits chimiques stockés dans le labo.

Ce jour-à, à quatorze heures trente, quelqu’un frappa à la porte…

 

A suivre

 

Notes :

 

* "Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. " est un adage philosophique de Blaise Pascal issu de ses Pensées. Stylistiquement, cette citation est une diaphore puisque les raisons et la raison sont à prendre dans deux sens différents.

 

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 12-06-2014 à 09:14:34  (site)

adage est bien employé ..;j'y pensais bon courage

 
 
 
 

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