posté le 13-07-2015 à 10:01:07

Marina (26).

 

 

Méfions-nous des confidences... 

 

Elle répéta sa phrase, pour se faire du mal peut-être ou pour tenter d’expier cette action fatale.

« Oui, je suis une criminelle ! »

Le bar semblait en rodage. Il prenait l’aspect d’un garage désaffecté avec ses tables désertées et ce parfum de café qui planait comme cette odeur de vieille huile qui encombre l’atmosphère des arrière-cours où s’entassent les voitures en fin de vie.

Moi, je ne savais quoi dire, gagné par son émotion ; je ne pouvais que la regarder, fixer ses yeux embués, témoins du drame qu’elle avait vécu.

Et Serena se remit à raconter :

« Marina me téléphona le surlendemain pour m’apprendre que son mari avait péri dans l’incendie. Un incendie si violent, qu’on ne retrouva pas son corps. Marina m’expliqua que Roger, malgré son angine, était allé travailler très tôt ce matin-là, comme il en avait l’habitude. »

Un jeune homme entra dans le bar. Il avait les yeux troubles de quelqu’un qui avait fumé un joint. J’avais appris à repérer les élèves de troisième qui se droguaient. Du jour au lendemain, leur comportement changeait : ils se montraient agressifs et leurs yeux rougis ne laissaient aucun doute quant à leur addiction. Leurs parents ne remarquaient rien et étaient catastrophés quand on essayait de les avertir. Souvent ils niaient l’évidence et attribuaient les yeux rougis de leurs enfants à une conjonctivite saisonnière. Des parents-autruches, on  en a vu des dizaines, des parents qui ne voulaient surtout pas que l’on dérange leur petite vie bien huilée.

Le jeune homme au blouson de cuir se dirigea vers le juke-box et lança une chanson de Grand corps malade « J’ai oublié ».                           


                                                                 

 Pour écouter la chanson, cliquez sur la flèche.


L’oubli, c’est certainement ce qu’il fallait à Serena pour qu’elle reprenne le dessus. Je lui demandai si le jour de l’incendie, elle n’avait pas observé des indices troublants. Elle me regarda comme si elle scrutait un totem et dans ses yeux passa un éclair dont l’intensité sécha un instant ses larmes. Elle me répondit :

« Oui, je me souviens que tout était éteint dans l’entreprise et que le bureau du patron était parfaitement obscur. »

Alors je lui assenai une question qui la déstabilisa.

« Et alors, qu’est-ce qui prouve que votre patron était dans l’usine ce jour-là ? »

Elle mit du temps à réagir, comme si ma phrase venait déranger le scénario funeste qui empoisonnait sa vie depuis des jours et des mois. Elle ne put que me répondre :

« Mais c’est sa femme, Marina, qui me l’a dit ! »

Malgré moi, je lui fis un petit sourire, comme un baume calmant sur une brûlure qui suinte et je lui murmurai :

« Et si Marina avait menti ? »…

 

                                                                                  A suivre

 

 


Commentaires

 

1. causons  le 02-09-2015 à 01:15:09  (site)

"Grand corps malade" ==> J'aime

2. La Rousse  le 09-09-2015 à 11:14:07

Salut !

J'espère que tu t'es rendu compte que "causons", c'est moi ?

3. prof83  le 09-09-2015 à 12:32:41  (site)

Pas du tout !

 
 
 
posté le 06-07-2015 à 10:15:41

Marina (25).

 

Serena poursuivit sa confession :

« Un jour, Marina me téléphona pour que l’on se rencontrât dans un bar. Là, elle me donna le double des clés de l’entreprise Solido. Son mari avait une angine et serait absent pendant quelques jours. C’était le moment d’agir, tôt le matin, quand les employés n’étaient pas encore arrivés. Il fallait que les locaux fussent absolument déserts pour éviter tout drame humain. »

Serena se figea soudain, certainement bouleversée par une charge émotionnelle longtemps refoulée. Sans réfléchir, je pris sa main dans la mienne. Elle se laissa faire avec un petit sourire reconnaissant :

« Le jour J, vers sept heures du matin, j’entrais dans l’entreprise déserte et j’allais directement au sous-sol que je connaissais bien. Là, j’enflammais un morceau de chiffon qui dépassait du goulot d’une bouteille en plastique remplie d’essence que je plaçais tout près des fûts pleins de solvants. J’avais tout apporté dans un sac en papier. Je savais que l’air était saturé de vapeurs inflammables et que l’incendie allait se déclarer en quelques minutes. J’eus tout juste le temps de quitter l’entreprise. Une énorme explosion secoua tout le quartier endormi. Je pris le bus à une station voisine pour m’éloigner le plus vite possible du lieu du sinistre. J’allais ainsi jusqu’au terminus situé à plusieurs kilomètres de distance et qui se trouvait dans une rue que je ne connaissais pas. J’étais bouleversée. C’est dans cette rue que votre voiture m’a renversée. Ce n’était pas votre faute ; je me comportais alors comme un zombie qui marchait dans un brouillard épais. »

Des larmes coulaient maintenant des yeux de Serena. J’étais un peu gêné pour elle, car le serveur nous observait de loin. Il frottait avec un torchon, le zinc du comptoir qui brillait sous la lumière froide des néons qu’il avait oubliés d’éteindre. Je ne savais pas comment consoler et rassurer autant que possible, cette jolie fille qui m’avait fait rêver pendant des jours et des jours. Discrètement, Serena essuya ses yeux avec un mouchoir en papier qu’elle roula en boule ensuite, pour le cacher dans son sac. Et elle continua son histoire :

« Le lendemain, par le journal local, j’appris que l’entreprise Solido avait complètement brûlé et qu’une enquête de routine avait été déclenchée. »

J’essayais de dédramatiser la situation :

« Mais Serena, tout est fini, maintenant. Il faut tout oublier et passer à autre chose ! »

Serena me jeta un regard tentaculaire :

« Oublier ? Comment oublier tout ça, alors que je suis une criminelle ! »…

A suivre

 


 


 
 
posté le 28-06-2015 à 08:36:10

Marina (24).

 

Serena semblait se décomposer au fur et à mesure de son monologue, sa voix un peu noyée par le bruit des percolateurs, machines à vapeur des temps modernes, qui nous enveloppaient parfois dans un brouillard parfumé d’Arabica de Colombie ou du Pérou.

« Marina me révéla que l’entreprise Solido connaissait d’énormes difficultés de trésorerie et qu’en un mot, elle était au bord de la faillite. Elle me fit comprendre, dans un premier temps, que seules, les assurances, pouvaient la sortir de cette ornière. »

Serena se tut un instant, les yeux perdus dans un monde à elle, celui que les circonstances d’une rencontre improbable, avaient créé. Mais avec courage, elle continua :

« Moi, je ne comprenais pas très bien où elle voulait en venir. Alors Marina fut plus explicite et me dit qu’un incendie de l’usine Solido serait le bienvenu pour être dédommagé par les assurances. »

Mon attention, un instant détournée sur les seins de Serena que j’imaginais plutôt en forme de poires Guyot bien fermes, replongea dans l’acide chlorhydrique, ce scénario effroyable dont je commençais à découvrir les conséquences.

Serena continua avec une voix qui essayait de survivre parmi les cris et les rires d’ouvriers attablés près de nous.

« C’est alors que Marina me proposa une forte somme d’argent si je pouvais l’aider. Oui, l’aider à incendier les usines Solido. Cela se ferait tôt le matin, quand les ateliers étaient déserts. Les sous-sols contenaient du bois et d’énormes quantités de solvants divers très inflammables. Il suffirait d’une allumette jetée sur les futs suintants de vapeurs pour provoquer un important incendie. Moi j’étais étudiante et j’avais besoin d’argent. J’avais trouvé une place de secrétaire intérimaire à temps partiel dans cette entreprise qui me permettait tout juste de payer le loyer de mon studio et mes maigres repas au resto U. J’ai donc accepté la proposition de Marina, à la seule condition que les entrepôts soient absolument déserts. »

Je me demandais ce qui poussait Serena à se confier ainsi à moi, un inconnu, à avouer finalement un acte criminel. Les remords peut-être ?

Le silence se fit soudain dans le bar, quand les ouvriers sortirent pour aller travailler. Serena baissa un peu la voix pour me raconter la suite.

« Avec Marina, on fixa la date et l’heure de l’incendie. Elle me donna la moitié de la somme prévue et me promit le reste quand cette affaire serait terminée. Mais le jour de l’incendie, tout ne se passa pas comme prévu… »

 

A suivre

 

 


 
 
posté le 21-06-2015 à 09:04:45

Marina (23).

 

 

La nuit fut peuplée d’étoiles. Les murmures, les soupirs et les cris en firent une fête foraine aux stands variés, bariolés et bruyants. Vers deux heures du matin, je sombrai dans le chaudron de barbe-à-papa, dans la ouate rose et parfumée.

Marina s’était endormie avant moi, directement, gluante de nos ébats, sans passer dans la salle de bains. Dans ma somnolence alcoolisée, je l’entendis murmurer plusieurs fois « Roger, Roger »…

Au petit matin, blême comme un café crème, je quittais Marina pour regagner mon domicile, sans rien dire. Elle avait dans le lit, une position qui trahissait un abandon confiant, sans imaginer que dans mon cerveau s’élaborait le scénario d’un film d’épouvante.

Chez moi, la douche effaça de mon corps les odeurs de l’amour et les parfums aux senteurs périmées. Je crus entendre plusieurs fois la sonnerie du téléphone retentir dans mon salon ; Serena tentait certainement, encore de me contacter.

Effectivement, j’étais à peine séché, que le téléphone se mit à bondir sur sa petite table comme un crapaud capricieux. C’était Serena qui oublia cette fois les portemanteaux Solido. Elle voulait absolument que l’on se rencontrât pour me révéler certains faits qui la perturbaient. Je n’avais pas trop envie de la voir et pourtant, c’est elle qui fut mon idée fixe durant des mois, ELLE, que je désirais entendre et aimer. Mais Marina avait comme par hasard, interrompu ce processus amoureux si fort et pourtant si fragile.

Je rencontrais Serena, dans un bar situé dans la rue de l’accident qui faillit lui coûter la vie. C’était le bar des Platanes et mon émotion que je croyais effacée, recommença à vriller mon estomac et à transformer mon cœur en ballon de basket.

Serena, m’attendait, assise au fond du bar, oubliée par la lumière des néons qui ne parvenait pas à l’atteindre. Elle était toujours aussi belle et sexy, dans une jupe courte certainement offerte par Satan lui-même. Elle me regarda comme une naufragée attendant un miracle.

Elle se redressa en appuyant ses mains sur la table ronde et métallique et avança son visage pour m’embrasser, comme on embrasse un ami, sur les deux joues. Je fus agréablement surpris et cela me mit immédiatement à l’aise.

Elle me dit sans préambule :

« Oui, j’ai conservé votre numéro de téléphone et c’était moi, la fille qui vous harcelait au nom des portemanteaux Solido… ! »

Cela, je l’avais deviné sans en comprendre la raison.

Elle continua avec une voix qui ressemblait à un long couloir sombre qui fait peur aux enfants :

« J’étais secrétaire dans les établissements Solido et un jour au cours d’un apéritif de fin d’année, je rencontrais Marina, la femme de mon patron. »

Voilà, c’était le lien qui unissait les deux femmes.

Serena se tut un instant, espérant peut-être que je réagirai d’une manière quelconque.

Elle avait devant elle, une statue de sel immobilisée pour l’éternité. Alors, elle reprit son monologue :

« Nous avons sympathisé et alors Marina me fit une proposition étonnante… »



A suivre


 

 


 
 
posté le 14-06-2015 à 08:59:42

Marina (22).

 

 Le lendemain, Marina m’envoya une dizaine de SMS auxquels je ne répondais pas, ce qui, la connaissant, devait l’exaspérer.

Serena me rappela aussi. Je commençais à mieux comprendre la situation. Elle m’avoua qu’elle était en réalité la fille que ma voiture avait renversée un matin dans une rue déserte. Elle avait gardé mon numéro de téléphone qui lui permettait de parler à quelqu’un, lorsque son angoisse était trop forte.

Mais ce qui provoquait son angoisse, ça je ne le savais pas encore.

Marina, quant à elle, me sommait d’aller la voir le plus tôt possible à son labo ou dans sa maison pour me révéler un secret très important.

Lorsqu’elle ouvrit sa porte, je compris vite que quelque chose la tracassait. Moi, j’avais bien une idée derrière la tête, mais je l’oubliais bien vite devant la mine effarée de ma collègue.

Nous nous assîmes face à face, comme pour éviter tout contact physique. Elle était pâle et de son visage avait disparu ce petit sourire coquin qui me faisait tellement craquer. Elle commença une sorte de confession dont l’ignorais la sincérité :

« Tu sais que je suis veuve. Mon époux était le propriétaire de l’entreprise Solido qui fabriquait des portemanteaux. Un jour, l’usine fut complètement détruite par un violent incendie dans lequel, Roger, mon mari, trouva la mort. Dans les sous-sols de l’usine, étaient entreposés un important stock de bois et des réserves de peintures et de solvants inflammables. Ce fut un vrai désastre. On ne retrouva même pas son corps».

Je voyais un peu plus clair dans cette affaire. Marina semblait bouleversée et, après avoir avalé une gorgée d’eau, elle continua.

« On ne sut jamais si ce fut un accident ou un incendie criminel… »

Elle s’arrêta brusquement de parler. Son corps se mit à trembler comme si elle était atteinte de la maladie de Parkinson. Des larmes coulèrent à flot de ses beaux yeux noirs. J’étais un peu indécis quant à l’attitude à adopter. J’allais quand même la rejoindre sur le canapé et je la pris tendrement dans mes bras, comme pour lui transmettre un influx consolateur. L’influx, en fait, circulait en moi dans une région alchimique ou l’argile molle se transformait en or massif et rigide. Pour être plus clair, je dois avouer que j’avais une effroyable érection. J’en avais honte, mais en étais-je responsable ? Qui a la prétention de se faire obéir par ses hormones qui mènent une double vie ? Je craignais seulement, que Marina ne s’en aperçût. Et elle s’en aperçut ! Mais quelle image d’affreux macho, offrais-je à une femme dans la douleur ? Avais-commis l’irréparable ? Je me le demandais, quand elle se détacha brutalement de moi. Elle me contempla avec des yeux où semblaient se fondre toutes les enclumes de l’enfer. Elle cria presque :

« Oh, je te préfère comme ça ! »

Et elle colla sa bouche sur la mienne.

Je fus tellement surpris, que dans la région incontrôlable de mon corps, se produisit le phénomène inverse du précédent : l’or dur, fier et dressé, par un processus alchimique incompréhensible, se transforma en misérable argile aussi molle que les fesses de Josiane Balasko. Sa main droite « tâta » la chose et elle me dit :

« Ne t’inquiète pas chéri, n’oublie pas que je suis une ancienne trayeuse professionnelle ! »

Il suffit de trente secondes pour que je fusse de son avis.

Et l’argile se transforma en or… !

A suivre

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 14-06-2015 à 09:28:57  (site)

bientôt les vacances tu pourras continuer ton roman
ici temps tristounet !!!bon dimanche

 
 
 
posté le 07-06-2015 à 08:41:26

Marina (21).

 

La lévitation: effet mystérieux de la trompette et de l'alcool... 

 

Je n’arrivais pas à établir véritablement des liens entre Marina, Roger, la société de portemanteaux Solido et leur représentante. D’autant plus que cette entreprise, apparemment, n’existait plus.

Alors, quand la nuit arrivait, le sommeil, lui, s’échappait vers des contrées plus que lointaines. L’alcool, alors, insidieusement, rampait vers moi comme un serpent d’un autre temps, immortel et tueur. La musique venait adoucir ses effets, mais pour combien de temps encore ?

J’écoutais alors en boucle Clifford Brown (1) qui interprétait « Laura » à la trompette, pas trop fort, juste un murmure, car la trompette, je ne sais pas pourquoi, semblait me projeter vers le plafond comme si un souffle me maintenait en lévitation (2) instable au-dessus du sol.

Cliquez sur la flèche verte, pour écouter "Laura".

 

Vers deux heures du matin, quand ma volonté essayait de remonter à la surface, la sonnerie du téléphone me fit atterrir brutalement et à l’autre bout du fil, toujours la même voix qui disait :

« Les portemanteaux Solido, une bonne idée pour un cadeau ! »

Un verre d’eau glacée projetée sur mon visage, voilà ce que représentait pour moi cet appel qui n’avait aucun sens.

« Marina, c’est toi ? » parvenais-je à murmurer, la bouche aussi desséchée que le désert de Gobi (3). Et je m’attendais à ce qu’elle me raccrochât au nez comme l’autre nuit.

Non, pas cette fois ; seul le silence modulé par un souffle lointain semblait suinter de l’écouteur collé à mon oreille droite.

Je répétais ma question :

« Marina, c’est toi ? »

Après un long silence, une voix lointaine répondit :

« Non, c’est Serena ! »

Et la communication fut coupée.

Mais qui était donc cette Serena, qui apparemment travaillait dans la société Solido, qui n’existait plus et qui prospectait à deux heures du matin ?

Alors, émergeant avec peine du labyrinthe limbique (4), une idée parvint à s’immiscer à travers les vapeurs de whisky qui planaient dans mon cerveau :

« Et si la fille qui disait s’appeler Serena n’était autre que Marina qui souffrait d’un dédoublement de la personnalité ? »…

A suivre

Notes :

1 : Clifford Benjamin Brown est un trompettiste de jazz et compositeur américain né à Wilmington dans l’État de Delaware le 30 octobre 1930 et mort lors d'un accident de la route le 26 juin 1956.

 

 

 

2 :Lévitation: Soulèvement d'un corps sans intervention rationnelle d'aucune sorte.

3 :Le désert de Gobi est une vaste région désertique comprise entre le nord de la Chine et le sud de la Mongolie. Il englobe environ un tiers de la surface de la Mongolie. Le bassin désertique est délimité par les montagnes de l'Altai, la steppe de Mongolie, le plateau tibétain et la plaine du nord de la Chine. Le désert de Gobi revêt une importance historique, non seulement pour son appartenance à l'Empire mongol, mais aussi parce qu'il constituait l'un des points de passage de la route de la Soie.

4 : Le système limbique est le nom donné à un groupe de structures du cerveau jouant un rôle très important dans le comportement et en particulier, dans diverses émotions comme l'agressivité, la peur, le plaisir ainsi que la formation de la mémoire. On considère généralement que les principales composantes du système limbique sont les structures subcorticales suivantes :

 

 

 

 

 

hippocampe : impliqué dans la formation de la mémoire à long terme ;

amygdale : impliquée dans l'agressivité et la peur ;

 

 

 

 


 
 
posté le 31-05-2015 à 08:34:44

Marina (20).

 


Je cherchais à gagner du temps, histoire de recharger mes batteries.

J’avais beau manger des tonnes de noix (1) qui sont censées, paraît-il, augmenter la production et la qualité du  sperme, je ne pouvais suivre la fréquence des envies de Marina. Elle avait déjà débarrassé la paillasse de son encombrante et fragile verrerie, du microscope et des flacons-vitrines de bestioles conservées dans le formol. Elle battait la semelle en attendant mon signal d’approbation, prête à se vautrer sur cette paillasse en retroussant sa jupe au-dessus de ses jolies fesses. Etais-je pour elle un homme-objet ? Je lui fis les yeux doux, pour voir si elle était sensible à mon charme intérieur et je lui dis que je tenais beaucoup à elle, que je commençais à devenir amoureux. Elle me toisa, comme un analphabète qui regarde un tableau de Picasso, un homme-taureau avec la tête à l’envers et des attributs virils hors normes. L’amour et Marina ne semblaient pas aller très bien ensemble. Alors, comme je voyais qu’elle avançait vers moi avec des pensées plus que lubriques, je lui posais une simple question :

« Marina, dis-moi, mais qui est Roger ? »

Elle actionna ses freins ABS (2) et s’arrêta net sur le sol recouvert d’un linoléum gris brillant strié de lignes noires gondolées.

Le regard qu’elle me lança alors avait la détresse de l’homme à la mer qui a perdu sa bouée. Et pour une fois j’éprouvais pour elle, en plus du désir physique, de la compassion romantique.

Son silence pesant me fit reposer la même question à laquelle elle répondit, en regardant sa montre :

« Le temps passe vite, les élèves vont bientôt arriver, tu ferais mieux de te sauver ! »

En me disant cela, je vis son regard frôler le squelette suspendu au portemanteau Solido. Il est vrai que les couloirs commençaient à se remplir du bruit caractéristique des bisons gambadant dans la Pampa.

Je sortis du labo en lui envoyant un baiser avec mes doigts, oui ceux qui avait fureté entre ses cuisses.

A 13h30, j’étais de retour chez moi et à 14h mon téléphone sonna nerveusement : c’était la représentante des portemanteaux Solido qui me sollicitait encore.

Sa voix semblait nerveuse, angoissée. Elle me proposa la nouvelle gamme en bois d’ébène garantie à vie. Je me posais alors la question :

« A notre époque, peut-on faire fortune en vendant des portemanteaux ? »

Dans notre vie qui basculait de plus en plus dans le virtuel, je doutais que le bois massif eût quelque chance de perdurer.

Je cherchais dans l’annuaire le numéro de téléphone de la société Solido. Je composais le numéro et avec surprise, j’entendis un message bien caractéristique :

« Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé ! »

Et ainsi de suite avec la musique caractéristique qui modulait la même annonce répétée en boucle.

Pensant avoir mal tapé le numéro, je le refis et j’obtins le même résultat.

Bon, j’avais consulté un annuaire d’il y a deux ans et j’en déduisis que la société Solido avait dû changer de numéro de téléphone, ce qui me semblait bizarre quand même. Pour en être tout à fait sûr, j’allais sur l’annuaire électronique d’internet. Et alors là, le coup de massue : la société Solido n’existait plus ! Alors, comment, depuis des mois, une de ses représentantes me faisait la promotion de ses portemanteaux ?


A suivre



Notes :



1 : Les hommes qui envisagent de devenir papas devraient manger des noix: une grosse poignée de noix quotidienne permettrait d'améliorer la qualité de leur liquide séminal.

La Fielding School of Public Health a mené une étude auprès de 117 hommes en bonne santé de 21 à 35 ans, en prélevant des échantillons de sperme au démarrage et à la fin de l'étude. La moitié des sujets devait consommer quotidiennement une poignée d'environ 70 grammes de noix, en complément de leur régime alimentaire habituel.

A l'issue des douze semaines de l'étude, la qualité du sperme des mangeurs de noix s'était améliorée, alors que celle du groupe de contrôle n'avait pas évolué. En outre, les mangeurs de noix dont les spermatozoïdes étaient les plus paresseux au démarrage de l'étude ont affiché les progressions de qualité les plus spectaculaires à son issue.


2 : Le système antiblocage des roues, plus connu sous son abréviation allemande ABS (AntiBlockierSystem), est un système d'assistance au freinage utilisé sur les véhicules roulants, empêchant les roues de se bloquer pendant les périodes de freinage intense.


 


 


 


 
 
posté le 24-05-2015 à 08:43:15

Marina (19).

 

En Français, en chinois...

 

L’alcool qui agit sur le cerveau, c’est de l’eau qui coule sur le sable pour en séparer les grains. Les neurones s’émiettent, se désolidarisent, veulent vivre sans dépendre des autres.

La nuit devient magique, le temps change de fréquence et les heures sont élastiques. La musique, sa comparse, berceuse de la pénombre, semble nous donner des facultés de lévitation.

Dans la semaine, je reçus un texto de Marina :

« - Envie de te traire

   - De boire ton lait

   - RDV demain au labo 13h

     Marina la trayeuse    »

C’était assez explicite pour m’exciter au plus haut point. Je trouvais qu’il y avait un brin de vulgarité dans ses phrases et de la part d’un professeur, cela semblait inconvenant. Je ne voulais pas que ce fût elle qui décidât le moment de nos rencontres. Alors je lui envoyais un texto :

« on verra + tard   » 

Cela la rendit folle et cinq minutes plus tard je recevais sa réponse :

« tu as intérêt à venir  »

Je regardais ma montre, il était 11h15 et comme tous les jeudis à cette heure-ci, elle devait être avec les 4èmeD. Elle agissait comme la plupart des élèves qui passaient (1) les heures de cours avec leur portable allumé sur leurs genoux et qui daignaient nous écouter pendant dix minutes par heure, une durée largement suffisante à leurs yeux.

Le lendemain à 12h55, je frappais à la porte de son labo qui était entrouverte. Personne ne répondit, alors j’entrai dans la pièce et je vis Marina assise, l’œil droit collé sur l’oculaire d’un microscope : elle devait certainement compter de nombre de spermatozoïdes présents dans 5 mm3 de sperme.

C’est ce que je lui dis et cela la fit rire. Elle me regarda avec des yeux vitreux qui me firent craindre le pire et répondit :

« Oui, c’est ça, mais ils ne sont pas très vaillants ; ils remuent à peine ! »

Alors je répliquai :

« C’est sûr qu’ils n’ont pas la vitalité des miens ! »

Elle se leva brusquement et murmura :

« C’est ce que je vais vérifier tout de suite ! »

Bon, je n’étais pas venu pour rien. Elle ferma la porte à clé et regarda ma braguette avec concupiscence. Elle ajouta :

« Mais aujourd’hui, c’est pour ma consommation personnelle ! »

Le squelette, toujours présent, semblait nous regarder ; un regard d’outre-tombe avec ses orbites osseuses sans yeux. En désignant ce tas d’os avec mon index droit, je dis à Marina :

« Mais avec lui, c’est un peu gênant ! »

Elle répondit en riant et cela m’inquiéta :

« Ho, il en a vu d’autres… »

Je pensais alors qu’il devait être prudent de se protéger avec un préservatif ; je lui en fis la remarque. Elle leva les yeux au ciel ou plutôt vers les néons qui diffusaient une lumière trop blanche et répliqua :

 « Mais je veux boire ton lait, moi ! »

Les femmes et le sperme : une histoire d’amour…

Et Marina la trayeuse entra en action.

Si je devais la noter, je dirais que sa copie était excellente : une bonne introduction, un développement parfait avec des expressions linguales étonnantes et une conclusion qui valait le détour. Ça valait bien un 18 sur 20 ! Un travail propre, sans bavure, sans tache : l’encre en excès avait bien été absorbée par le buvard (2) avide…

« Bon, je vais partir ! » lui dis-je, en l’embrassant sur la bouche. Je lui devais bien ça, quoique cela me dégoûtât (3) un peu…

« Tu plaisantes ! » répondit-elle, « on n’a pas encore fini ! »…

 

A suivre

 

Notes :

 

1 : Certains sujets sont faciles à identifier, mais il est plus difficile de savoir comment accorder le verbe avec eux. C'est le cas des sujets multiples, des noms collectifs et de certaines expressions.

Avec la majorité, l'accord est au singulier, avec la plupart, l’accord se fait au pluriel:

La majorité des élèves veut que nous arrêtions ici.

La plupart des élèves ne veulent plus travailler.

Voir :  http://www.logilangue.com/public/Site/clicGrammaire/CollectifAccord.php

2 : Buvard : Qui boit l’encre ( ou autre chose…)

3 : Après « afin que », « pour que », « jusqu’à ce que », « bien que », « quoique », le verbe est toujours au subjonctif.

- Quoiqu’il ne croie pas à cette stratégie, il accepte de jouer le jeu.

- Quoiqu’il fuie ses responsabilités, les actionnaires lui renouvellent leur confiance. Après « quoique », le verbe est au subjonctif.

Voir :

http://www.projet-voltaire.fr/blog/regle-orthographe/afin-que-quoique-indicatif-ou-subjonctif

 

 

 


 
 
posté le 17-05-2015 à 09:31:00

Marina (18).

 

 Savoir s'arrêter à temps...


Christiane était l’amie intime de Marina et elle me parla d’elle, par bribes, comme si elle voulait la protéger. Mais de quoi ? Quand, elle me fit quelques confidences, juste en fin d’après-midi à dix-sept heures, avant de rentrer chez elle, usée par une journée de cours, je me demandai si ce qu’elle me disait, était mûrement réfléchi ou bien si c’était la fatigue qui entamait sa solidarité de bonne copine.

 Je ne pouvais m’empêcher de regarder Christiane avec une arrière-pensée de séduction qui remontait à la surface, malgré tous mes efforts pour me fondre dans le moule asexué que la société, adepte de la pensée unique, voulait nous imposer. Comment combattre cette montée en puissance des hormones, quand j’apercevais, entre les pans de sa jupe fendue, cet endroit, au-dessus des genoux, que l’on pourrait appeler « la naissance de la cuisse » ? Ce n’était pas grand-chose en réalité, mais au-delà de cette vision, c’était l’imagination qui prenait le relai. Et l’imagination est un bateau ivre (1) comme dirait Arthur Rimbaud.

En fait, Christiane, avant de filer vers le parking du collège, me révéla, sans plus de précision, qu’il existait un troisième Roger.

Le soir, seul dans mon appartement, j’avais l’impression d’être une bobine de fil, sans fil. Incapable d’entreprendre une activité quelconque, j’errais de pièce en pièce, comme un fantôme qui a perdu ses repères de temps et d’espace. Et ce qui s’ajouta à mon trouble indéfinissable, ce fut la sonnerie du téléphone qui me ramena à la réalité.

« Allo ? » dis-je, avec la conviction d’un moine défroqué du Moyen-Age. Et j’entendis la voix de la fille qui travaillait à la société Solido, qui commença à me faire sa pub sur les portemanteaux en acajou, en chêne et en bois plus qu’exotiques. Soudain, et je ne sais pas pourquoi, je lui coupais la parole et je lui dis :

« Marina, c’est toi ? »

Il y eut un bref silence et la fille raccrocha brutalement.

Mon intuition masculine avait-elle trouvé la clé de l’énigme ? Mon cerveau n’arrivait pas à rassembler les pièces d’un puzzle qui me paraissait diabolique. Je m’affalais dans mon fauteuil ; devant moi, sur la table basse en verre, se trouvait une bouteille de whisky largement entamée et un verre de la veille qui avait oublié de faire sa toilette.

« L’alcool tue les microbes ! » pensais-je en versant au moins deux doigts de whisky dans le récipient. Juste avant de boire, je dirigeai la télécommande vers le lecteur de Cd de ma chaîne Hi-Fi Sony et j’appuyais sur la touche « Play ». Avec ces appareils japonais, on avait intérêt à connaître l’anglais. Les premières mesures de « Moonlight Serenade » de Glenn Miller (2) s’accordaient bien avec l’alcool qui coulait dans ma gorge.



                       Pour écouter Moonlight Serenade, cliquez sur la flèche.


Parfois, le cerveau se caramélise et c’est ce qui m’arrivait quand j’écoutais du Jazz à deux heures du matin. La nuit, ce monde de chats, où le silence devient de la glu et où les horloges semblent enfin respirer avec leur tic-tac qui n’en finit plus.

 Lorsque les effets de l’alcool s’estompèrent, comme la brume sur un champ en Irlande, la présence de Marina se coagula dans mon esprit et je me demandais alors à quel jeu pervers elle me faisait participer. Qui était donc ce Roger qu’elle semblait évoquer au moment de son orgasme ? Le troisième Roger, alors que je n’en connaissais que deux.

Je n’eus qu’une réponse partielle, lorsque, la semaine suivante, je sommais Christiane de tout me révéler. En me montrant un peu ses cuisses, comme pour détourner mon attention, elle me dit :

« Mais Roger, c’était le prénom de son mari » !


                                                                                                                     A suivre


                                                        Notes


1 : …………….

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.

Toute lune est atroce et tout soleil amer :

L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.

Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !


……………..


2 : Glenn Miller (Alton Glenn Miller) est un tromboniste et chef d'orchestre de jazz américain, né le 1er mars 1904 à Clarinda (Iowa) et disparu, probablement au-dessus de la Manche, le 15 décembre 1944.


 

 


 
 
posté le 10-05-2015 à 08:14:24

Marina (17).

 

Dans  un coin de la salle des profs pendant la récré de 10h.

La salle des profs, une salle de shoot au café?

 

La nuit fut plus agitée que les eaux du cap de Bonne Espérance(1), car je cherchais une stratégie pour récolter le maximum d’informations sur les deux professeurs qui se prénommaient Roger.

Mon année sabbatique était largement entamée et j’avais beaucoup de temps de libre, vu que je préparais mon agrégation de chimie avec le sérieux d’un clown déprimé. Le matin qui suivit, je m’arrangeais pour me trouver dans la salle des professeurs à neuf heures cinquante, moment stratégique, quand les fauves vont se désaltérer dans la petite rivière sous les arbres ou plus exactement quand les professeurs viennent boire leur petit café à la machine à boissons. C'était la récréation de dix heures.

Après deux heures de cours, les professeurs s’étaient déjà transformés en zombis, sous les assauts des élèves insolents et paresseux. Ils étaient excités comme des mouches affamées et se racontaient, les uns aux autres, leurs petites mésaventures matinales. Certains couraient aux toilettes, d’autres prenaient d’assaut la photocopieuse en fin de vie. Moi j’observais toute cette agitation, assis dans un fauteuil, un peu à l’écart.

Et soudain, la minute de nostalgie(2) : ELLE entra dans la salle, sans rien dire et me tourna le dos en se baissant un peu pour se servir un café. ELLE était en jeans qui moulait ses fesses et mon cœur, un moment, ne battit que pour ELLE.

J’attendais les deux Roger, en espérant qu’ils soient présents ce jour-là. Ma patience fut récompensée quand je vis arriver Roger Ballopié, le prof d’EPS (Education Physique et Sportive). Je le trouvais vieilli. C’est vrai qu’il avait soixante-trois ans et qu’il avait plein de rhumatismes et un souffle au cœur. Mais vaillamment, il remplissait sa mission d’enseignant pour l’amour des élèves. En réalité, il avait prolongé son activité pour avoir une meilleure retraite. Je ne voyais pas ce Roger Ballopié, s’activer sur Marina ; son souffle au cœur l’aurait tué. Et donc j’éliminais cette piste. Il ne restait plus que Roger Meridiani, le prof de sciences humaines (histoire-géo) qui était en retard et qui devait certainement ranger ses cartes de géographie dans le petit réduit poussiéreux qui lui servait de remise. Il avait la quarantaine, divorcé, discret et relativement sympa. Seulement, des bruits couraient sur son compte ; on disait qu’il était impuissant. C’était quelque chose à vérifier et si cela était vrai, je l’aurais ainsi éliminé de la liste des amants de Marina la trayeuse.

Pour pouvoir résister au stress, les professeurs avaient trouvé un dérivatif qui se passait dans les labos, les remises sans fenêtre, les toilettes et les salles inoccupées. Cet échangisme forcené se passait loin des élèves, qui eux menaient une vie bien plus « hard » que la nôtre.

Voilà pourquoi, à cause des ruptures et des réconciliations, planait sur le collège une atmosphère malsaine de médisances.

En contactant un ami du prof de sciences humaines, j’appris ainsi que la rumeur de son impuissance avait été lancée par Lucie, la prof d’arts plastiques qui avait été lâchement abandonnée par Roger Meridiani, pour une jeune stagiaire de vingt ans.

Moralité : à la fin de la journée, je tournais toujours en rond, sans aucune certitude.

Et pour ajouter à ma confusion, Christiane, la copine de Marina, me révéla un indice qui provoqua un effondrement de toutes mes suppositions…

A suivre

Notes :

 

1 : Cap de Bonne Espérance ou cap des tempêtes.

Il se situe au sud du continent africain.

Découvert par Bartolomeu Dias en 1488, le cap fut d'abord baptisé "cap des Tempêtes" en raison des courants et des vents marins qui s'y livrent bataille. C'est le roi Jean II de Portugal qui lui donna son nom actuel par la suite. En 1502, lors d'une nouvelle expédition, 4 vaisseaux sombrèrent au large du cap, avec à leur bord, Bartolomeu Dias.

Le choc des titans : l'Atlantique et l'Indien

Les eaux du cap sont très tourmentées à cause de la jonction entre l'océan Atlantique et l'océan Indien dont les courants très différents se rencontrent violemment : un courant froid à l'ouest et un courant chaud à l'ouest sont à l'origine de la réputation tumultueuse de ce passage obligé d'un hémisphère à l'autre.

 2 :Nostalgie :Du grec ancien νόστος nóstos (« retour ») et λγος algos (« douleur ») soit « douleur ressentie à la pensée du retour à la maison familiale, du mal du pays, d’une sensation passée ».

 


 


 
 
posté le 03-05-2015 à 08:07:08

Marina (16).

 

 

La nuit qui suivit fut aussi blanche que les dents de Barak Obama.

La question était de savoir si je devais aller au collège me « vider » pour remplir mon « devoir de citoyen » ou bien abandonner Marina et ses caprices. Il faut dire qu’elle m’avait laissé entrevoir une étonnante palette de ses capacités sexuelles.

Et à 13h45, je frappais à la porte de sa salle. Auparavant, j'étais passé dans la mienne pour y déposer mon parapluie qui déplaisait temps à Marina.

« Entrez ! » me dit-elle avec une voix qui devait impressionner les élèves. Elle était assise sur un tabouret et corrigeait des copies sur une table de la classe.

Elle avait l’air distante ; elle ne leva pas le nez pour m’accueillir.

« Ca commence bien ! » pensais-je en ayant une furieuse envie de rebrousser chemin. Elle me regarda enfin et me dit : «  il y a un petit contretemps. Les 3èmes B sont de sortie avec leur professeur principal et donc mes travaux pratiques sont annulés ». J’étais à la fois soulagé et déçu et je la regardais avec des yeux de homard bouilli (1).

« Tu aurais pu me prévenir ! Ce qui fait, que je suis venu pour rien !» lui dis-je avec un air de reproche.

« Pas tout à fait pour rien ! » répondit-elle et elle ajouta « suis-moi dans mon labo!»

Dans son labo, planait toujours cette odeur de formol qui me faisait penser à des cadavres. Elle referma la porte à clé et murmura en se collant à moi « dis-moi que tu m’aimes ! » et elle me fourra sa langue dans la bouche. Pour parvenir à mes fins, j’étais prêt à lui dire n’importe quoi, même que j’aimais les écologistes.

« Prends-moi sur la paillasse (2) ! » cria-t-elle, sans se soucier des élèves qui traînaient dans le couloir. C’est que sur la paillasse, il y avait des tubes à essais, des béchers, une dizaine de compte-gouttes qui contenaient de l’acide chlorhydrique dilué, des pissettes et pas mal de flacons remplis de formol dans lesquels baignaient avec délice, les corps sans vie de grenouilles, de souris, de lézards, de serpents (3) etc…

Du doigt, je lui désignais tout ce bazar. Avec une main, elle fit un peu de place et en me tournant le dos, elle se pencha sur la paillasse, dans une position que l’on pourrait qualifier de semi-levrette. En même temps, elle releva sa jupe pour découvrir ses fesses et un string qui n’avait rien de très catholique. Moi, j’étais tendu comme la corde de l’arc de Geronimo (4).

Le premier contact entre deux organes faits l’un pour l’autre a quelque chose de sublime. Je me sentais bien dans son cocon humide et comme le piston d’une locomotive à vapeur (5), j’effectuais un mouvement alternatif de translation comme dirait le physicien que je suis.

Au moment de l’orgasme, elle cria : «  Ho, Roger, Roger, hooooo ! » en serrant la main décharnée du pauvre squelette qui avait assisté à la scène.

Elle se redressa et s’essuya avec du papier filtre qui traînait sur la paillasse.

Mais moi, curieux comme un ver de terre amoureux, je lui demandai : « Mais qui est Roger ? » Ce n’était pas mon prénom, alors c’était celui de qui ?

Elle me regarda, désemparée, en cherchant une réponse crédible.

« Mais Roger, c’est le nom que j’ai donné au squelette ! » me dit-elle, soulagée.

Je la crus autant qu’un dentiste ougandais qui arrachait des dents sans anesthésie et sans antiseptique, dans la brousse africaine.

Ce que je savais, par contre, c’est que dans ce collège, il y avait deux professeurs qui se prénommaient Roger et là, je me préparais à mener ma petite enquête…


A suivre


 


Notes :


 

1 : …des yeux de merlan frit…

2 :  Une paillasse de laboratoire ou une table de manipulation désigne un plan de travail dont le revêtement est par exemple carrelé, vitré, en matière plastique ou stratifié, afin d'en faciliter le nettoyage.


 


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3 :


 


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4 : Geronimo, né le 16 juin 1829 et mort le 17 février 1909, appelé à sa naissance Go Khla Yeh, parfois écrit Goyathlay, était un guerrier apache qui a combattu le Mexique et les États-Unis.


 


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5 :


 


Le piston a un mouvement alternatif de translation dans le cylindre.


 


 
 
 

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