posté le 07-06-2014 à 09:06:49

Grasse (100).

 * 

Bon, je dois avouer, qu’à la fin du film, je n’avais réalisé aucun de mes fantasmes concernant Sandrine.

Je voyais bien qu’elle m’en voulait de l’avoir privée d’une promenade sur la Croisette. Moi, pendant toute la séance, j’avais bien envie de l’embrasser sur la bouche, mais je n’ai pas osé. Quant à caresser sa cuisse, je craignais une réaction brutale de sa part. Je n’ose même pas invoquer les fantasmes plus « hards » que mon cerveau avait élaborés. Pour les gâteries buccales, je me contenterai dorénavant de celles prodiguées avec générosité par Madame Coqualo dans le local à poubelles de mon immeuble.

Dehors, nous nous dirigeâmes, sans parler, vers ma voiture qui nous attendait sans dommages à une centaine de mètres de là. J’avais conscience de ma nullité et j’allais aimer cette fille en silence, platoniquement, juste pour alimenter ma source de poèmes.  

Il ne me restait plus que le voyage à Bamako pour redorer mon égo qui traînait dans les égouts.  Un voyage dangereux de près de 6000km était-ce bien raisonnable ? D’abord le vol à bord d’un avion peu sûr appartenant à une compagnie qui figurait en bonne place sur la liste noire des plus calamiteuses, ensuite l’état de délabrement politique du Mali, le risque d’être enlevé par des bandes de rebelles et surtout les maladies.

Cannes était située à 18km de Grasse et Bamako à 6000km, cherchez l’erreur !

Bon, nous marchions depuis peu sur le trottoir, quand nous rencontrâmes Basile.

Basile, un des profs d’EPS du lycée, tout le contraire de moi ! Sportif, dragueur et sûr de lui.

Cela me fit mal quand je vis Sandrine se jeter pratiquement dans ses bras avec une lueur dans son œil droit qui ressemblait étrangement à de la concupiscence. Ils échangèrent un regard qui me fit froid dans le dos. Un regard qui en disait long sur leurs relations dans les vestiaires du gymnase du lycée. Comment pouvais-je lutter contre ce « mec décérébré » qui racontait des blagues à deux balles qui faisaient tant rire les filles ?

 Il ne faisait pas très chaud et pourtant Basile portait un simple tee-shirt dégoulinant de muscles.

Sandrine sans façon, lui tâta les biceps :

- Je vois qu’ils sont toujours aussi durs, lui dit-elle en roucoulant.

Il répondit :

- Tu sais bien que tout est dur en moi !

Elle éclata de rire.

Moi, je n’existais plus pour elle.

Je me demandais même si j’avais des biceps.

Lentement je commençais à subir une métamorphose inversée, qui, en passant par le stade de chenille, allait aboutir à une larve molle, aplatie et invertébrée.

Basile me regarda presque avec pitié. Sur le ring de la drague, il allait me battre par KO avant la première minute du premier round.

- Et si on allait boire un verre, dit-il en rigolant.

Il avait le rire facile, moi pas.

Sandrine accepta sans me demander mon avis. Moi je les suivis, comme un chien errant à un mètre  d’eux, sur le trottoir étroit.

Il commanda un whisky, elle aussi et moi une limonade !

Je me justifiais :

- Je dois conduire, je ne peux pas boire d’alcool !

Basile répliqua en riant :

- Moi aussi je conduis, mais je bois ce que je veux !

Elle le regarda comme on admire un héros. Moi j’étais simple soldat de la guerre 14-18, pataugeant dans les tranchées boueuses infestées de rats.

A un certain moment, il se pencha vers son oreille et lui murmura quelque chose. Alors, Sandrine, un peu gênée quand même, me dit :

- Ca ne te fait rien si je retourne à Grasse dans la voiture de Basile ?

J’eus l’impression, qu’à ce moment-là, un nazi ouvrait pour moi la porte d'un four crématoire…  

 

A suivre

 

 

 


Commentaires

 

1. aiden  le 07-06-2014 à 13:42:39  (site)

bonjour prof j adore ton histoire, si elle est vrai elle est passionante je vais donc lire ton blog aiden

2. anaflore  le 10-06-2014 à 22:09:12  (site)

c'est pas de chance !!!bonne soirée

 
 
 
posté le 03-06-2014 à 08:44:33

Grasse (99).

 

 

Il faisait beau, ce samedi-là, dans les Alpes-Maritimes.

Entre Grasse et Cannes il y avait une distance de 18 kilomètres. Je fis un rapide calcul mental et je trouvais, qu’en roulant à 90 km/h, le trajet serait couvert en 12 minutes environ.

Pas de quoi fouetter un chat, alors,  pour entretenir une conversation. Pour tous oui, mais pas pour moi !

Je n’aime pas parler !

Je dois avoir une lésion dans la troisième circonvolution frontale de l’hémisphère gauche de mon cerveau. C’est l’aire de la parole ou aire de Broca.

Sandrine, assise à côté de moi, me saoulait avec les effluves de son parfum Shalimar et avec ses cuisses largement découvertes. Elle dut s’en apercevoir, car, en serrant fortement son accoudoir avec sa main droite, elle me dit :

- Sois prudent, tu ne devrais regarder que la route !

Je me sentis devenir cramoisi comme un « cardinal rouge », un oiseau chanteur du Mexique.

 

 

 

 

Pourtant Sandrine ne modifia pas la position de ses jambes pour les cacher un peu.

Les femmes sont des démons !

Elle me dit :

- Tu aimes les randonnées ?

Autant me demander si j’aimais consommer de la mort aux rats !

Finalement, en entendant cette question, je m’interrogeai : « Sandrine est-elle une fille pour moi » ?

Moi, un poète et pas du tout sportif.

- Tout dépend de la longueur de cette randonnée !

Je transpirais rien qu’en imaginant cette longue et interminable marche.

Elle répondit :

- Ho une vingtaine de kilomètres à peine !

Le condamné à mort sur la chaise électrique souffrait-il autant que moi à ce moment-là ?

Nous entrions dans Cannes et les embouteillages s’amplifiaient. Direction la Croisette. Impossible de se garer !

Peu à peu nous nous éloignions du palais des festivals et quelques places improbables apparaissaient. Chaque fois Sandrine me disait :

- Tiens, une place, gare-toi, gare-toi !

J’avoue que je ne suis pas le champion des créneaux et qu’il me faut beaucoup d’espace pour en faire un correctement. Alors je faisais semblant de ne rien voir ni d’entendre.

Finalement nous aboutîmes à la périphérie de Cannes, dans un quartier perdu, où une place de quinze mètres de long me permit de faire un créneau bancal.

La nullité dans toute sa splendeur !

On était très loin de la Croisette. Je proposais à Sandrine de sortir de la voiture pour repérer les lieux.

Le hasard avait fait que nous nous étions garés juste en face d’un cinéma de quartier, l’ « Olympia » qui projetait surtout de vieux films américains et notamment ce jour-là « Coup de foudre à Notting Hill » avec Julia Roberts. Un film que j’avais vu au moins cinq fois déjà.

 

 

 

Sandrine faisait la « gueule », elle pressentait certainement que j’allais lui demander d’aller le voir et elle me soupçonnait peut-être d’avoir organisé ce hasard.

Grandeur et décadence, on était loin du palais des festivals.

Le lieu était désert, la caissière nous regarda comme si nous étions des extra-terrestres. Que faisions-nous dans ce cinéma perdu alors qu’au festival paradaient les plus grandes vedettes françaises et étrangères ?

Nous étions seuls dans la salle et cela fit naître dans mon cerveau toute une série de fantasmes inavouables :

- Dans l’obscurité, je caressais la cuisse de Sandrine,

- Je l’embrassais violemment sur la bouche,

- Je pelotais ses seins (95b),

- Elle  baissait sa tête sur mon bas-ventre pour me faire une « gâterie buccale »,

- Nous allions dans les toilettes pour pratiquer l’activité préférée des singes bonobos*…

 

 

 

 

A la fin du film, je listais dans mon cerveau mes fantasmes réalisés avec elle et…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Les bonobos : Ces petits chimpanzés sont très connus pour leur activité sexuelle intense.  Ils ont en moyenne un contact sexuel toutes les quatre-vingt-dix minutes.  Ils le pratiquent dans n'importe qu'elle position et avec n'importe qui : entre mâles et femelle, entre femelles, entre mâles et entre membres d'une même famille. L'accouplement n'a donc pas uniquement une fonction reproductive chez les bonobos. Chaque moment de leur vie est ponctuée par des actes sexuels. Résoudre un conflit, resserrer les liens du groupe, etc... Tout commence et tout finit par le sexe.

 

 

 

 


Commentaires

 

1. anaflore  le 04-06-2014 à 06:19:06  (site)

tiens moi c'est l'inverse facile les créneaux nulle en conduite......bon mercredi

 
 
 
posté le 29-05-2014 à 09:06:25

Grasse (98).

5 

Samedi.

Mais qu’étais-je venu faire dans cette rue qui longeait le lycée ? Un espoir lilliputien avait germé insidieusement dans mon cerveau durant la nuit qui précédait le week-end. Un espoir insensé, du genre recoller, sans laisser de traces, les mille morceaux d’un vase cassé. Oui j’imaginais, que, malgré sa lettre assassine, Sandrine eût pu changer d’avis sur ma personne et sur la virée à Cannes pour le festival. Chacun a son Père-Noël qui disparaît bien avant l’adolescence. Mais le mien, non ! Il s’entêtait à titiller mes neurones quand survenait dans ma vie une situation quasi-désespérée. Et c’était le cas pour mes relations avec Sandrine.

 Mais pourquoi cette femme agent de police, qui avait décidé de me pourrir la journée, avait-elle dit « Je cherche le carrosse de mon prince charmant » ? Encore une folle qui avait dû abuser des substances illicites saisies chez des petits dealers et stockées dans une armoire métallique du commissariat de police. Je me décidais donc à regarder ce « monstre » sans pitié.

Ciel, c’était Sandrine !

Comme quoi il faut toujours croire au Père-Noël.

Elle portait une jupe anthracite assez courte et des chaussures à talons hauts assorties. Bref, elle ressemblait presque à une pute. Tout ce que j’aimais !

Elle m’envoya un nuage de Shalimar, son parfum de chez Guerlain, qui me fit tourner la tête…

Je la regardais sans rien dire comme une vache qui voit passer un train. Ma jugeote* était paralysée. J’avais l’impression que j’allais me faire dévorer par un dragon de Komodo**.

- Je peux monter quand-même dans ta voiture ? me dit-elle, avec un sourire moqueur.

Moi j’étais perdu dans l’île de Komodo !

Je lui ouvris la portière et elle grimpa dans le véhicule avec une prestance de sportive qu’elle était.

Et moi, je me disais :

- Alain, surtout ne regarde pas ses cuisses !

Mais comment faire quand mes yeux avaient envie de se promener sur ses jambes largement découvertes.

Je démarrais tant bien que mal.

Sandrine s’excusa pour le billet assassin qu’elle avait mis dans mon casier.

- Parfois, tu m’énerves ! me dit-elle, mais je regrette bien vite ma saute d’humeur.

Je n’avais pas la tête à l’écouter, je louchais : j’avais un œil sur la route et l’autre sur ses cuisses.

Je me demandais où j’allais me garer à Cannes. Le festival du film embouteillait la ville et il était pratiquement impossible de trouver une place pour une voiture. Nous étions quittes à beaucoup marcher.

Si j’étais seul, il y a longtemps que j’aurais abandonné cette aventure périlleuse, mais il y avait Sandrine et ses belles cuisses…

 

A suivre

 

Notes :

 

*Jugeote : (nom féminin familier] Bon sens, aptitude à distinguer ce qu'il convient de faire et de ne pas faire.

 

** Dragon de Komodo :

 

 

 

 

il se rencontre dans les îles de Komodo en Indonésie centrale. C'est la plus grande espèce vivante de lézard, avec une longueur moyenne de 2 à 3 mètres et une masse d'environ 70 kg. Bien que les Dragons de Komodo mangent surtout des charognes, ils se nourrissent aussi de proies qu'ils chassent, invertébrés, oiseaux ou mammifères et êtres humains.


 


Commentaires

 

1. gegedu28  le 29-05-2014 à 09:14:41  (site)

Bonjour l'écrivain, ou le romancier,
Une belle histoire,
... à suivre.
Gégédu28

2. anaflore  le 30-05-2014 à 14:47:24  (site)

même pas peur!!!mais j'irai jamais le voir ce dragon!!!!bon viaduc

 
 
 
posté le 25-05-2014 à 09:16:28

Grasse (97).

 

 

 *

Le Vendredi soir de la semaine dernière, je me sentais un peu soulagé d’avoir échappé, presque sans le vouloir, à la corvée du festival de Cannes. Cela s’était accompagné de la rupture définitive des relations avec Jeanne et Sandrine. Mais enfin j’avais l’esprit tranquille et je pouvais me vautrer dans ma principale activité : la paresse !

En fin d’après-midi, j’étais passé par le CDI pour chercher sur Internet le numéro de téléphone de l’ « Union Cycliste de Bamako » située au Mali. C’était la seule piste que je possédais pour essayer de retrouver Lola, après avoir été abandonné par mes deux collègues, véritables furies, violentes  comme  des rebelles katangais.  

En vérité, pendant toute la nuit qui suivit, mon esprit fut souvent frôlé, de manière éphémère et brutale, par l’image de Sandrine qui arrivait dans mon cerveau comme un flash rempli de regrets. Je sentais que j’avais côtoyé l’amour et que ma maladresse incompréhensible m’avait définitivement éloigné de celle qui me faisait fantasmer. Dix fois je relus son petit mot dans l’espoir d’y trouver une raison de croire encore à un  miracle. Mais enfin, la réaction brutale de Sandrine, signifiait-elle qu’elle voulait que l’on allât à Cannes tous les deux, seuls, en tête à tête ? J’étais à plus de mille lieues de penser qu’elle pouvait avoir des sentiments pour moi.

Le Samedi matin, après une nuit chaotique, je pris la décision de me rendre vers dix heures devant la loge du concierge du lycée ; c’était le lieu prévu pour mon rendez-vous avorté avec Sandrine. Peut-être avait-elle changé d’avis ?

Dans la rue, toutes les places de stationnement étaient occupées, sauf une. Comme un conducteur débutant, je fis un créneau hasardeux pour me garer sur l'emplacement désiré. En ouvrant ma portière pour vérifier la position de ma voiture, je constatais qu’elle était située à plus de cinquante centimètres du trottoir. Comme il n’y avait personne, je me dis qu’il était inutile que je retentasse un créneau qui aurait pu être pire que le précédent.

Il était 9h45 et je me mis à attendre l’impossible venue de Sandrine. Il faisait beau et je commençais à m’assoupir à cause de mes nuits blanches. Je fus brutalement tiré de mon sommeil par le bruit d’un doigt qui frappait sur ma vitre et qui, alternativement, me désignait un panneau planté sur le rebord du trottoir. Ce panneau indiquait que la place occupée par ma voiture  était réservée à une personne handicapée. La tuile ! Je me souvins alors que « mon manque de civisme » m’avait coûté, il y a quelques mois, une amende de cent quarante euros pour un stationnement non autorisé comme celui-ci. Je ne voyais que les mains de cet agent de police. Avec un mouvement circulaire, elles me firent comprendre de baisser la vitre. Pour tout dire, j’avais la haine.

Quand la vitre fut totalement baissée, j’entendis, avec étonnement :

- Je cherche le carrosse de mon prince charmant !...

 

A suivre

        

 


 
 
posté le 21-05-2014 à 09:09:49

Grasse (96).

 *

J'ai comme l'impression de ressembler à Pinocchio !

 *

Ce Vendredi-là, je touchais les grands fonds.

Non seulement j’avais détruit l’ultime espoir de conquérir Sandrine, mais en plus j’avais proposé aussi à Jeanne, la prof d’anglais, de l’accompagner au festival de Cannes.

Je détestais pourtant ce genre de manifestation.

A la limite, j’aurais pu faire un énorme sacrifice pour Sandrine dont les fesses, moulées dans un jeans, provoquaient, dans ma tête, un feu d’artifice de fantasmes inavouables, mais pas pour Jeanne avec ses yeux globuleux et sa robe de vieille fille presque vierge.

Comment m’échapper de ce guêpier digne des prisons de la Stasi à l’époque de la funeste Allemagne de l’Est ?

Durant le contrôle surprise de 14h à 15h avec une classe de seconde, je pus échafauder, en toute tranquillité, une multitude d’excuses bidons pour annuler la sortie du lendemain au festival de Cannes. A la récré de 15h j’en avais trouvé une, plutôt bancale. Jeanne vint vers moi avec un beau sourire et me dit :

-Alors, en forme pour la sortie de demain ?

Elle n’avait pas la maladie d’Alzheimer, hélas pour moi. Je récitais dans ma tête la phrase-excuse que j’avais élaborée pendant toute la durée du devoir sur table et puis je répondis :

- Désolé Jeanne, j’ai consulté la météo et demain elle prévoit de violents orages sur Cannes et sa région.

Par la baie vitrée s’engouffrait le soleil qui brillait intensément dans un ciel bleu sans aucun nuage. Un léger vent du Nord faisait trémousser les feuilles des figuiers plantés dans la cour du lycée. Bref, les conditions idéales pour un beau temps durable.

Jeanne me regarda avec un air dubitatif qui allait certainement précéder une flopée d’insultes bien méritées.

- Ca m’étonnerait, répondit-elle, regarde comme il fait beau ici !

Elle avait raison hélas, mais j’essayai de la convaincre :

- Mais Grasse est située à 18km de Cannes !

Elle éclata :

- Fuck you* !

  J’étais nul en anglais, mais je crus comprendre, au venin qui sortait de sa bouche, ce qu’elle voulait me dire. Et elle me tourna le dos pour se diriger vers la sortie. Un réflexe me fit regarder ses fesses qui paraissaient bien molles et plutôt avachies…

Ouf, j’avais résolu mon problème !

C’est à ce moment-là que Sandrine entra dans la salle des profs. Les deux filles se parlèrent un instant en me regardant. Je sentis des ondes négatives m’envelopper.

Je me dis, qu’à ce rythme-là, j’allais demeurer célibataire jusqu’à quatre-vingts ans…

Il ne me restait plus que Lola, perdue au Mali. J’avais intérêt à réactiver la filière et à préparer mon voyage à Bamako, cet été, pour essayer de la retrouver…

 

A suivre

 

Notes :

 

* Vas te faire foutre !

 

 

 


 
 
posté le 16-05-2014 à 07:15:15

Grasse (95).

 
Voilà ce que je suis devenu à cause de Sandrine...
. 
 Connaissez-vous le plus grand débile de la planète ?

Vous êtes en train de lire ses divagations. Le roi des ânes, c’est moi !

L’autre jour, Sandrine, la prof de français, m’avait demandé de l’accompagner en fin de semaine au festival de Cannes. Et j’avais accepté, avec une réticence toute cachée, juste pour essayer de la séduire. Se doutait-elle des idées lubriques qui proliféraient, en secret, dans les circonvolutions de mon cerveau d’attardé mental ? Donc, à la fin de la récré, on s’était donné rendez-vous le samedi vers 10h devant la loge du gardien du lycée. Et au moment de nous séparer, elle m’avait envoyé un sourire-missile, un sourire qui détruit tout et qui ramollit la cervelle des mâles trop sûrs d’eux. Juste à cet instant, le destin fatal, de nouveau, envoya sur mon crâne, sa cape qui rend aveugle. Il y a des hasards, qui n’en sont point ! De ces hasards prémédités par une puissance invisible qui vous veut du mal. Jeanne, la prof d’anglais, aux yeux globuleux et presque vierge, eut la malencontreuse idée de passer près de nous. Et moi tout simplement, une force intérieure me fit dire :

- Jeanne, voudrais-tu venir avec nous, Samedi, au festival de Cannes ?

Mais pourquoi ai-je prononcé ces paroles imbéciles ? Pourquoi ai-je ainsi saboté mon travail de séduction auprès de Sandrine ?

Sandrine ne réagit pas, mais elle me lança un regard de merde, un regard qui vous transforme en gros tas nauséabond et mou et elle alla chercher ses élèves.

Jeanne, bien entendu, accepta ma proposition, avec une joie non dissimulée.

Moi j’étais dans de beaux draps.

Comment expliquer mon délire incontrôlé ?

Peut-être qu’inconsciemment je ne désirais pas rester seul avec Sandrine ? Peut-être que Lola était encore dans mon cœur et que je ne voulais surtout pas la tromper pendant qu’elle tapinait sur les trottoirs de Bamako ? Comment faire cours après ça ? J’avais une classe de seconde qui ne broncha pas quand je lui annonçai un contrôle surprise. Ma tête de vampire déprimé ne les incitait pas à la révolte. Et moi j’avais besoin de tranquillité pour pouvoir rétablir des connexions normales dans mon cerveau qui s’était transformé en omelette baveuse.

A midi, je trouvais dans mon casier une feuille de papier pliée en quatre, sur laquelle je pus lire :

.

 .

 

Quelle violence ! Quelle vulgarité ! C’était étonnant de la part d’une enseignante de français. Mais pourquoi ?

Après Lola la pute, avais-je perdu définitivement Sandrine la prof ?


A suivre.


 

 

 

 


 
 
posté le 12-05-2014 à 08:16:33

Grasse (94).

 

 

Bon, c’était décidé, après tout ce que j’avais lu sur internet concernant les multiples dangers de l’Afrique, je n’aimais plus Lola !

Ouf, un poids de moins dans mon cerveau ! Je pouvais ainsi attendre tranquillement la fin de mon année scolaire à Grasse. La seule chose qui me dérangeait, c’était le festival de Cannes qui allait se dérouler du 14 au 25 Mai. Bien que située à 18km de cette ville, Grasse subissait les nuisances de ce festival du cinéma. Inutile d’imaginer un seul instant une promenade sur la Croisette à ce moment de l’année. Je passais donc mon temps à aller au lycée, à humer les parfums qui saturaient toute la ville de Grasse et à contempler la prison depuis la coursive sur laquelle donnait mon appartement. Je tentais souvent d’apercevoir Paulo, le mac de Lola, parmi la faune des taulards qui s’ébrouaient dans la cour de cette maison d’arrêt, sans succès. Après sa tentative de suicide ratée, Paulo était peut-être encore à l’hôpital ou  avait-il été transféré dans une autre ville, je n’en savais rien.

Au lycée, je m’étais fait plusieurs ennemies : Jeanne, la prof d’anglais, Sandrine, la prof de français et la documentaliste Françoise Jétoulu.

J’essayais de rétablir des relations normales avec Sandrine, sans succès. Elle continuait à m’ignorer totalement ; pour elle j’étais un homme invisible* comme dans le titre d’un film sorti en 1933.

Lundi matin, je me dis que je n’aurais pas dû me trouver dans la salle des profs ce jour-là. Sandrine allait et venait dans tous ses états : elle voulait à tout prix aller à Cannes pour le festival et elle cherchait un collègue qui pourrait l’accompagner en voiture là-bas. Tous les profs refusèrent en invoquant diverses raisons. Je n’avais pas senti arriver le boulet de canon qui allait m’écrabouiller. Sandrine me lança un regard intéressé. Moi j’étais assis dans mon coin, triste comme un mois de Novembre, le regard perdu ailleurs que sur ses fesses… Et pour elle, soudain, je ne fus plus « l’homme invisible », hélas pour moi. Elle vint s’asseoir dans le fauteuil voisin du mien avec un sourire enjôleur. Elle était culottée quand même !

- Dis-moi Alain, je suis sûre que tu adores le cinéma ! me dit-elle avec des lèvres prometteuses…

Je la voyais venir avec ses gros sabots !

Il fallait que je me méfiasse de moi-même et que j’évitasse de dire n’importe quoi comme l’autre fois avec « l’affaire de la pizza ». A vrai dire, je n’apprécie que modérément le cinéma et surtout je déteste regarder passer toutes ces pseudos-vedettes qui paradent devant des spectateurs qu’elles méprisent finalement. Mais là, c’était l’affaire du siècle, c’était l’occasion de « renouer » avec Sandrine, même si je la soupçonnais de vouloir seulement m’utiliser. Après une réflexion intense, je ne pus que dire :

- Oui, c’est vrai, j’aime le cinéma !

Je mentais comme un arracheur de dents du marché de Bamako au Mali.

Elle eut un petit sourire de satisfaction, le sourire du pêcheur qui a ferré un poisson.

Elle se jeta à l’eau comme on lance une bouée à un demi-noyé qui gigote dans la mer des Sargasses.

- On pourrait aller ensemble au festival Samedi si tu veux. Ensuite on  se « ferait un restau », pas dans une pizzéria ne n’inquiète pas !

- Oui, répondis-je sans conviction.

Ca y est, j’étais le poisson qu’elle avait attrapé et qui vivait ses derniers instants dans le seau en plastique rouge  rempli d’eau de mer qui se trouvait à ses pieds.

- Samedi à dix heures ça te va ? J’ai hâte de monter dans ton Alfa-Roméo !

Dix-huit kilomètres en tête à tête avec elle dans ma voiture, cela me faisait fantasmer ! J’espérais tout simplement qu’elle portât une jupe courte ce jour-là…

La sonnerie de fin de récré vint interrompre notre dialogue. Elle se leva et m’envoya un sourire de femme…

C’est à ce moment-là qu’un grain de sable vint perturber toute cette belle mécanique de séduction…

 

A suivre…  


Notes :

 

* L’homme invisible (film 1933).

 

 

 

Jack Griffin, un scientifique, a trouvé le moyen de devenir invisible. Soucieux de trouver la formule qui lui permettra un retour à la normale avant d'annoncer sa découverte, il s'enroule le visage de bandeaux et se retire dans l'auberge d'un village isolé. Son aspect étrange ainsi que son comportement attirent la curiosité des gens et l'empêchent de travailler. Agacé, Griffin cherche à effrayer les villageois et se sert de son pouvoir à des fins de plus en plus mal intentionnées...

 


 


 
 
posté le 07-05-2014 à 08:37:14

Grasse (93).

 

 

 

Mais comment les aider?

 

Apparemment, Lola était encore vivante et c’était l’essentiel ! Ce pauvre Paulo avait survécu à sa tentative de suicide et je pensai que je devrais, un de ces jours, lui faire une petite visite dans sa prison. Depuis bien des semaines, je ne lui avais plus fait parvenir les cartouches de ses cigarettes préférées, par paresse, par le fait que le temps dilue les idées, les envies, les promesses…

Pendant mes nuits blanches, lorsque mes neurones semblaient baigner dans une mélasse intellectuelle, une idée farfelue avait germé dans les circonvolutions de mon cerveau ramolli : aller à Bamako, au Mali, pour retrouver Lola et la soustraire aux griffes de la prostitution locale. Mais quand ? Les vacances d’été approchaient et je pensais que c’était la période idéale pour organiser ce périlleux voyage vers l’Afrique. Mais tout me faisait peur : le climat, la misère, les bandes de malfrats politisés qui avaient le rapt facile, l’hygiène, les maladies... Et les vaccins !

Jeudi, pour récolter quelques informations sur le Mali, je m’installais avec mon  notebook à une table d’un Mac-Do de Cannes, histoire de passer incognito. Je le branchais en Wi-Fi et je commandais un big-mac, mais vraiment big, avec une double portion de frites et un demi-litre de Coca-Cola.

 

 

                             

 

Et je commençais à naviguer sur internet. Je recueillais ainsi quelques informations sur le Mali situé à près de 4000km de Nice, un peu loin quand même !

Les maladies d’abord :

Risques liés à l'environnement et au comportement du voyageur.

  • Tétanos

  • Maladies sexuellement transmissibles (infection par le VIH, hépatite virale B...)

  • Ankylostomiase et anguillulose (pieds nus)

  • Bilharziose (bain en eau douce, chaude et stagnante)

  • Histoplasmose (inhalation de spores)

  • Hépatite virale B : par contact sexuel ou utilisation de matériel de soins contaminé.

  • Risques liés aux insectes et aux animaux.

  • Paludisme (moustiques)

  • Arbovirose (syndrome dengue-like, fièvres hémorragiques)

  • Leptospirose

  • Rickettsiose

  • Borreliose (fièvre récurrente à tiques)

  • Rage (chiens, tous animaux sauvages)

  • Hydatidose (contact avec les chiens)

  • Trypanosomiase (mouche Tsé-Tsé)

  • Envenimations (piqûre ou morsure d'animaux venimeux).

    Risques liés aux aliments et aux boissons.

  • Poliomyélite

  • Diarrhée du voyageur

  • Hépatite virale A

  • Hépatite virale E

  • Ascaridiose

  • Giardiase

  • Typhoïde

  • Salmonellose

  • Shigellose

  • Tæniasis

  • Amibiase.

Bon, avec tout ça, comment vouliez-vous que je dégustasse mon succulent big-mac dégoulinant de tout ? Je l’abandonnais sans y avoir touché et il doit y être encore.

Même la gorgée de Coca-Cola que je bus, m’inquiéta. N’avait-il pas été fabriqué au Mali ?

Puis vint le moment de choisir une compagnie aérienne pour me rendre à Bamako. Ce que je trouvais alors me refroidit comme si j’avais passé une nuit dans une grotte de l’ère glaciaire. Il était question d’une liste noire des compagnies aériennes peu sûres et qui possédaient un pourcentage élevé d’incidents plus ou moins graves. Il y en avait plus d’une centaine. J’en indique quelques-unes :

 

Aero Benin (Bénin),   Afric Aviation (Gabon),   Air Baraka (République Démocratique du Congo),  Air Jet (Angola), Alfa Airlines (Soudan),

Guinea Airways (Guinée Equatoriale), Heavylift Cargo (Sierra Léone),  Helimalongo (Angola),   International Air Services (Libéria),  Mauritania Airways (Mauritanie),  Meridian Airways LTD (Ghana),   Nasair Eritrea (Erythrée), Safari Air (Mozambique), Silverback Cargo Freighters (Rwanda), etc… 

 

Source : http://fr.whattheflight.com/compagnies-aeriennes/liste-noire/

 

Autant dire que si j’échappais à un accident d’avion plus que probable, une maladie, un enlèvement, un assassinat pourraient m’achever.

De retour chez moi, je me demandais si j’aimais vraiment Lola…

                                                                                                    

                                                                                                                                                                                          A suivre


  

 


 
 
posté le 02-05-2014 à 07:25:48

Grasse (92).

 

 *

Bon, les nuits blanches, je connais ça ! Dormir deux heures seulement ne me dérange pas du tout. Mais là, c’était différent.

Brigitte devait m’annoncer une triste nouvelle apparemment, certainement liée à Lola. Hélas pour moi, elle en a été empêchée par l’arrivée d’un fidèle client qui l’a enlevée dans sa puissante voiture. Dans ma tête, elle avait injecté une sorte de virus mortel, celui de l’appréhension d’un malheur arrivé à ma pute chérie, Lola, qui avait toujours refusé de faire l’amour avec moi. Lola disparue depuis des mois, certainement enlevée par le gang des parfumeurs grassois, commandé par Mr. Gédebras, mon voisin, manchot de son état, qui l’avait « transférée »  à Bamako, au Mali, dans un bordel où les françaises blanches devaient avoir beaucoup de succès, hélas. J’imaginais Lola, morte, étranglée par un client schizophrène ou bien la gorge tranchée par un drogué qui en voulait à l’argent de ses nombreuses passes. Comment dormir avec cette idée dans la tête ? Je devais à tout prix revoir Brigitte, pour qu’enfin, elle me dît ce qu’il s’était vraiment passé.

Mon réveil numérique indiquait 0 :05 en gros chiffres lumineux rouges qui maintenaient un semblant de luminosité dans ma chambre. Elle devait en avoir terminé avec son client, Brigitte, et peut-être était-elle déjà de retour dans la rue, sur son trottoir, à tapiner, pour terminer sa nuit. Il suffisait que je la rejoignisse pour me vider la tête (oui la tête !) et retirer de mon cerveau cette vrille en acier qui s’était enfoncée dans mon crâne. L’incertitude, alliée au pessimisme, voilà ce qui mine une vie, qui la ramollit, qui la fait fondre et couler par terre comme un sirop gluant et nauséabond.

Je m’habillais en vitesse, sûr de ne rencontrer personne à cette heure de la nuit. Le hall de l’immeuble était éclairé et dehors la rue semblait sommeiller. Les voitures en stationnement dormaient sans ronfler, les chats menaient leur vie et peut-être les rats aussi. Je marchais, sur le trottoir étroit, le plus vite possible. J’avais quand-même peur de faire de mauvaises rencontres, des bandes de nazes qui sortaient des boîtes, souls et drogués, des boîtes de nuit de Cannes (située à 18km de Grasse) qui attiraient beaucoup de monde.

 *

 

 *

Au bout de la rue, je tournais à droite pour plonger sur une longue avenue mal éclairée. C’est là que tapinait Brigitte, à une centaine de mètres, adossée à un réverbère, plus lamentable qu’elle. Dieu seul sait ce qu’elle avait fait, avec l’autre, le conducteur de l’Alfa-Roméo. Moi, je m’en fichais, je voulais seulement savoir ce qui était arrivé à Lola ! Quand elle me vit, elle commença à se dandiner en avançant vers moi, un réflexe de pute…Quand je sentis son parfum (peut-être Shalimar ?), je sus que la pieuvre allait tenter de m’étouffer. Elle me proposa un petit jeu avec sa bouche pulpeuse, dans sa voiture. Je la suivis comme un âne que j’étais.

- C’est trente euros ! me dit-elle, sans capote.

Moi, je n’étais pas assez fou, pour tremper mon caramel encore mou dans sa bouche qui avait dû en connaître des tornades spermatiques !

Je lui donnais ses trente euros, mais juste pour savoir ce qui était arrivé à Lola, sa copine.

Elle me regarda comme si j’étais un moine défroqué de la paroisse voisine. Apparemment, elle ne savait pas ce que j’attendais d’elle. Elle avait l’air droguée, en plus. A quoi ? Allez savoir !

Elle se mit à rire quand je lui parlais de Lola.

Etait-elle devenue folle ?

Dans un éclair de lucidité, elle comprit ce que je voulais savoir.

- Mais, il s’agit de Paulo, cria-t-elle, ce qui effraya un chat qui passait par là.

Je devins plus hagard qu’elle, perdu dans cette nuit grassoise parfumée à l’essence de lavande.

Elle précisa :

- Paulo, le mac de Lola, a tenté de se suicider dans sa prison en se pendant à un barreau de la fenêtre de sa cellule avec son caleçon long !

Pauvre Paulo !

J’étais quand même rassuré : Lola était vivante et j’avais au moins encore une chance de la baiser !...

 

A suivre

 

 


 
 
posté le 27-04-2014 à 09:01:44

Grasse (91).

 

* 

- Quelle mauvaise nouvelle ? répondis-je à Brigitte en pressentant le pire.

Elle me lança un regard apitoyé qui voulait tout dire.

Il faisait nuit et l’air de Grasse avait conservé, quelque peu, les effluves qui s’étaient échappés, pendant toute la journée, des cheminées des usines qui synthétisaient les bases odorantes des parfums.

Elle voulait m’entraîner dans sa voiture, pour parler tranquillement avait-elle dit, mais aussi, certainement, pour me purger, avec sa bouche, d’un trop-plein glandulaire. Je n’avais pas la tête à ça et mon inquiétude avait provoqué une déprime testiculaire.

- Il s’agit de Lola, n’est-ce pas ? murmurais-je, dans cette rue sans nom, perdue dans la ville de Grasse, où tapinaient quelques filles victimes de la crise économique.

Elle ouvrit la bouche pour me répondre, un peu exagérément peut-être, trop habituée à l’utiliser à des fonctions non prévues par la nature.   

J’étais suspendu à ses lèvres, façon de parler…

Enfin décidée à me dire quelque chose, Brigitte cracha sur le trottoir humide, un chewing-gum en fin de vie. Quelques voitures circulaient sur le bitume en ralentissant quand elles passaient à notre niveau. Des futurs clients ?

Une Alfa-Roméo grise métallisée freina et s’arrêta à quelques mètres devant nous.

- C’est un habitué ! me cria Brigitte en courant vers la voiture dont la portière droite s’était mystérieusement ouverte. Elle pénétra dans le véhicule qui démarra en trombe en faisant crisser ses pneus.

- Et merde ! me dis-je, en voyant disparaître mon informatrice à talons aiguilles.

La nuit collait à ma peau comme du sparadrap récalcitrant. Il ne me restait plus qu’à retourner chez moi, l’âme inquiète et le regard perdu dans la perspective imparfaite de cette rue humide et odorante.

Le hall de mon immeuble était éclairé et j’eus le malheur de tomber sur madame Coqualo, l’experte en gâteries linguales. Elle eut un sourire carnassier en arrondissant ses lèvres pulpeuses. J’imaginais ce qu’elle voulait. Moi, pour une fois, je me laissais faire. Elle m’entraîna dans le local à poubelles, bien décidée à me faire cracher…Elle se mit à genoux devant moi et déballa tout mon matériel pédagogique, heu génésique*, je voulais dire.

En quelques mouvements buccaux, elle fit gicler dans sa bouche, l’encre blanchâtre de mon gros stylo, riche en protéines et en animalcules** frétillants.

Elle avala le tout comme si elle dégustait un petit verre de sirop d’orgeat***.

Plus tard, chez moi, plus léger de quelques centigrammes, j’allais commencer un nuit d’insomnie en pensant au sort réservé à la malheureuse Lola…

 

A suivre

 

Notes :

 

  * Génésique : lié à la reproduction.

 ** Animalcules : Animaux microscopiques. (spermatozoïdes ici)

*** Orgeat : sirop fait à partir d'amandes douces broyées, additionnées d'eau et aromatisées à la fleur d'oranger.

 


 
 
posté le 22-04-2014 à 07:07:16

Grasse (90).

 

 

Peut-être que pour cette pince à épiler, je m’étais fait un film dans ma tête ? Et que je devais m’orienter vers une autre hypothèse.

En fait, je pense, que le facteur déclenchant avait été la séance du mercredi précédent au club de poésie du lycée. Avec mon poème, je m’étais identifié à un cactus, plante pas très sympathique au demeurant. Hérissé d’épines, ce végétal n’avait pas un abord facile et accueillant. Tout comme moi peut-être ?

Sandrine m’avait « offert » cette pince à épiler certainement pour me transmettre un message : « tu dois changer, retirer toutes tes épines  et ainsi tu pourras approcher le ballon de baudruche, c’est-à-dire moi ».

Bon, je réfléchirai à cette question !

Les vacances de Pâques commençaient et je n’allais plus voir ma « muse » pendant quinze jours. Loin du lycée je me remis à penser à Lola, ma pute chérie, disparue on ne sait où. En faisant des recoupements, j’imaginais qu’elle se trouvait à Bamako, au mali, dans un bordel ou sur un trottoir de ce lointain pays d’Afrique. Et dans quel état ? J’en voulais beaucoup au sinistre Gédebras, mon voisin manchot qui, apparemment, avait séjourné à Bamako il y a une quinzaine d’années et qui avait dû garder des contacts avec la pègre locale. Je le soupçonnais même d’avoir organisé l’enlèvement de Lola avec l’aide de la bande des « parfumeurs grassois ». N’avais-je pas découvert, sur son vélo de course, une plaque gravée avec le sigle « UCB » qui signifiait « Union Cycliste de Bamako » ?

Je devais faire des recherches sur internet mais c’était impossible dans l’appartement que je louais à Grasse. J’étais obligé de me connecter à une borne Wifi dans un bar ou dans un restaurant. Pas dans cette ville en tout cas où je risquais d’y rencontrer des élèves ou des collègues profs légèrement « langues de putes ». Alors j’optais pour Cannes, la ville voisine où je savais trouver un « Macdo » connecté en Wifi. Je pouvais ainsi joindre l’utile (mon enquête concernant Lola) à l’agréable (la dégustation d’un énorme hamburger dégoulinant). Jeudi me semblait un bon jour pour aller faire mon escapade « gastronomique » à Cannes avant l’ouverture du festival, où la ville devenait alors un véritable enfer.

En attendant, je ranimais ma flamme nostalgique*, en sortant le soir, à la tombée de la nuit. Oh, je n’allais pas bien loin, juste dans une rue parallèle à celle de mon immeuble. C’est là que tapinait Lola ; c’était la belle époque. Elle avait été remplacée à « la cuisse levée » (au pied levé) par Brigitte, une autre pute, sa copine. J’aimais marcher dans cette longue rue assez étroite chichement éclairée par des réverbères en fin de vie et qui recelait pas mal d’encoignures, d’endroits un peu en retrait, de petits espaces tranquilles et qui avait l’honneur d’accueillir une boucherie chevaline, peut-être la dernière de la Côte d’Azur.

Perdu dans mes souvenirs nostalgiques, je n’entendis pas les talons-aiguilles qui martelaient le sol derrière moi. Une main se posa sur mon épaule et j’entendis dans mon oreille distraite :

- Tu viens dans ma voiture chéri ?

En me retournant, j’aperçus Brigitte, la pute, aussi étonnée que moi, qui me proposait ses services tarifiés.

Allez savoir pourquoi, mais dans mon pantalon, sous la braguette, s’érigea instantanément une tour en acier trempé.

Elle me reconnut et s’excusa :

- Ah c’est vous l’amoureux de Lola. Ça tombe bien et mal,  j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer…

 

A suivre 

 

Notes :

 

* Nostalgie :

Étymologie.

Du grec ancien νοστος nostos (« retour ») et λγος algos (« douleur ») soit « douleur ressentie à la pensée du retour à la maison familiale, mal du pays, du retour dans le passé ».

Définition.

 1. Souffrance causée par le regret obsédant de la patrie. Dans ce sens, on dit plus couramment « mal du pays ».

2. (Par analogie) Regrets, non seulement d’un pays, mais d’un milieu auquel on a cessé d’appartenir, d’un genre de vie qu’on a cessé de mener, d'amis qu'on a perdus, d'un passé qui ne reviendra pas.

 

 

 


 
 
 

Ajouter un commentaire

Pseudo : Réserve ton pseudo ici
Email :
Site :
Commentaire :

Smileys

 
 
 
Rappel article